Stéphane Valeri
Le grand retour

Sabrina Bonarrigo
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L’ancien président du Conseil national et ex-conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Stéphane Valeri, repart dans une nouvelle bataille électorale. Il sera tête de liste aux prochaines élections nationales. Avec, derrière lui, un nouveau mouvement politique : Priorité Monaco !

Sa potentielle candidature aux élections nationales de 2018 a alimenté pendant des mois les conversations en ville. C’est désormais officiel. A 55 ans, Stéphane Valeri est candidat et tête de liste aux prochaines élections. Sur le ring électoral, il sera donc face à deux autres listes : celle de Jean-Louis Grinda d’Union Monégasque (UM) — premier à s’être déclaré — et celle de Béatrice Fresko-Rolfo pour Horizon Monaco (HM). Pour mener ce nouveau combat électoral et décrocher la mandature 2018-2023, Valeri a créé un nouveau mouvement baptisé Priorité Monaco !, soit Primo ! en abrégé. « Comme beaucoup de compatriotes, je considère que la vie politique de notre pays est à bout de souffle. Avec notre mouvement, je veux lui redonner de l’oxygène, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse, le 19 septembre. Les Monégasques m’ont dit qu’ils sont las des querelles stériles de personnes. Ils ont besoin d’unité autour d’un projet qui les rassemble. Nous allons dépasser les clivages anciens et les querelles du passé portées par les anciens partis politiques. »

« Manque de vision et de leadership »

Celui qui a passé sept ans et demi au gouvernement a désormais retrouvé sa « liberté de parole ». Et son diagnostic sur l’état actuel du Conseil national est sans appel : « Les divisions entre de multiples partis ont paralysé l’action du Conseil national depuis le début du mandat. Il y a un manque de vision politique et de leadership. Et donc, malheureusement, un effacement du Conseil national qui ne joue plus son rôle dans les institutions, malgré les efforts récents pour remettre l’assemblée au travail. » Stéphane Valeri veut donc retrouver son fauteuil de président… après l’avoir déjà occupé de 2003 à 2010. Et à ceux qui lui reprochent d’être « un homme du passé », lui répond qu’il est un « homme d’expérience » et qu’il a fédéré autour de lui un mix d’anciennes et de nouvelles têtes, ainsi que de nombreux jeunes : « Les Monégasques veulent une certaine autorité et de l’expérience à la tête du Conseil national. A 55 ans, je suis en pleine forme. J’ai fait mes preuves et je me suis entouré de beaucoup de jeunes qui ne se sont jamais engagés. Nous aurons des méthodes et des idées nouvelles. »

« Une cinquantaine de personnalités »

Depuis qu’il a démissionné du gouvernement en mai 2017, Stéphane Valeri est, certes, retourné dans le privé en devenant président-délégué du groupe Monaco Communication, mais il a aussi et surtout mis en place sa machine de guerre électorale. Derrière son parti Primo !,  une cinquantaine de personnalités, appelés « des référents », ont accepté de le rejoindre et de le soutenir. Une liste « qui va grandir et évoluer », assure le candidat, déjà visible sur le site officiel du parti www.primo-monaco.org. Les “valériens” sont d’âges et d’horizons divers. On y trouve des anciens candidats de la liste Horizon Monaco (HM) de 2013, à savoir Nathalie Amoratti Blanc, Daniel Boeri, Jean-Michel Cucchi, Christophe Robino et Thierry Crovetto. Mais aussi des anciens candidats de l’autre liste, Union des Monégasques (UDM), notamment Michèle Dittlot, Guillaume Rose, Pierre Lorenzi, Fabrice Notari, Philippe Orecchia, Raphaël Rigoli ou encore Claude Cellario.

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© Photo Monaco Hebdo.

Pas de primaire 

Des anciens conseillers nationaux comme Me Thomas Giaccardi et Brigitte Boccone-Pages ont aussi répondu présents, tout comme des avocats, des chefs d’entreprises, dont Franck Lobono (également président de l’association des résidents des Jardins d’Apolline). Mais aussi quelques membres de la Fédération des entreprises monégasques (Fedem) et de la Société des bains de mer (SBM). Sans oublier, un ancien membre du gouvernement : José Badia, 72 ans. « Notre doyen », précise Stéphane Valeri. Pour donner un coup de jeune à son mouvement, le candidat s’est aussi entouré d’une petite armada de trentenaires. Une « pépinière de jeunes talents », estime Valeri. Parmi eux, Pierre Van Klaveren, 32 ans, administrateur au sein de la direction de l’expansion économique. Reste à voir, qui parmi toutes ces personnalités, sera retenu sur la liste des 23. Liste qu’il devrait dévoiler dans le courant du mois de novembre. Seule certitude : il n’y aura pas de primaire. Ce sera un « comité d’investiture » qui les désignera. « La notion de primaire divise. Ce n’est pas la bonne solution. Je veux une équipe unie et soudée pendant 5 ans », justifie-t-il. Autre certitude : Stéphane Valeri ne parviendra pas à constituer une liste paritaire : « Je le regrette. J’ai contacté autant de femmes que d’hommes. Mais elles ont plus de difficultés à franchir le pas. Je m’engage donc, non pas à la parité, ce serait de la démagogie, mais à avoir au moins 1/3 de femmes dans notre liste. »

Démocratie participative

Pour donner de l’épaisseur à son parti et faire adhérer un maximum de personnes, une lettre explicative de sa démarche, ainsi qu’un bulletin d’adhésion ont aussi été envoyés le 20 septembre dans les boites aux lettres des Monégasques. « Nous avons lancé une grande campagne d’adhésion et j’invite tous les Monégasques à nous rejoindre », indique-t-il. Des Monégasques qu’il souhaite aussi intégrer à son programme électoral. Sa méthode tient en quatre lettres : les « PEPS » à savoir les « pôles d’écoute et de propositions ». Il y en a 12 au total, sur différentes thématiques : la jeunesse et l’insertion professionnelle, le social et la santé, la qualité de vie, l’environnement et la vie quotidienne des Monégasques, l’éducation, le logement, la culture et le patrimoine, ou encore le droit des femmes. Stéphane Valeri invite ainsi les nationaux à s’exprimer et à donner leur avis en ligne sur tous ces thèmes : « Primo ! va créer un formidable élan de démocratie participative. Notre parti sera un laboratoire d’idées nouvelles. Je veux remettre les Monégasques au cœur des décisions. Loin des solutions toutes faites prises dans les bureaux par des technocrates éloignés des réalités. » Quant aux élus actuels du Conseil national, la porte n’est pas fermée, pourvu qu’ils affichent un positionnement constructif et qu’ils adhèrent aux idées défendues par Primo ! : « Il faut partager un socle commun de valeurs et adhérer à l’essentiel : à savoir la défense des droits des nationaux et avoir des parcours personnels de qualité et irréprochables. »

« Nous n’avons pas d’ennemis »

Pour Stéphane Valeri, pas question non plus de faire un remake de la campagne de 2013 où les coups bas en tous genres se sont multipliés : « Il n’y aura pas d’attaques personnelles chez nous. Nous n’avons pas d’ennemis dans la communauté monégasque, mais que des compatriotes. Vous ne m’entendrez pas parler de mes concurrents. C’est une très bonne chose pour la démocratie monégasque qu’il y ait plusieurs listes. Je ne critiquerai donc pas des compatriotes qui s’engagent et qui donnent de leur temps et de leur énergie pour servir leur pays, explique-t-il. Le débat d’idées et les critiques sur un projet sont légitimes en démocratie. En revanche, ce qui est inacceptable, ce sont les attaques personnelles, les invectives et les querelles de personnes. La première équipe qui va se permettre de porter les débats en dessous de la ceinture, au niveau du caniveau, sera rejetée massivement par les Monégasques. »

 

Une ébauche de programme ?

Le programme électoral porté par Stéphane Valeri n’est bien sûr par encore connu, ni finalisé. En revanche, on connaît déjà les sujets qui seront prioritairement abordés. « Ces derniers mois, j’ai entendu les préoccupations des Monégasques », assure-t-il. Et parmi ces préoccupations figure « la dégradation de la vie quotidienne » des résidents. « Il y a trop de bruit, trop de circulation » résume le candidat. L’avenir des casinos au sein de la Société des bains de mer (SBM), le respect de la priorité nationale « pour tous », dans le privé et dans le public, « la pénurie de logements domaniaux », les retraites des fonctionnaires ainsi que l’accord avec l’Union européenne (UE) font aussi partis des sujets prioritaires : « Les Monégasques sont très soucieux de ce que va devenir leur identité. Ils tiennent à ce que leurs spécificités soient parfaitement défendues. »

 

Les petites phrases :

Sur le rôle du Conseil national :

« Ceux qui veulent que le Conseil national soit une chambre d’enregistrement du gouvernement, ou, à l’inverse, une chambre d’opposition, n’ont rien compris aux institutions monégasques. Si nous gagnons, je ferai de cette assemblée un partenaire, fort et indépendant. »

Sur les négociations entre Monaco et l’Union européenne :

« Je vois autour de moi des europhobes et des eurobéats. Nous serons des europragmatiques. »

« Le nom de mon mouvement n’est pas Priorité Bruxelles, mais Priorité Monaco ! »

Sur le financement de la campagne électorale :

« Je tiens à ce qu’une partie des dépenses électorales soit prise en charge par les candidats. Ce serait malsain qu’une liste dépende entièrement du financement public. Quand on s’engage pour son pays, quand on est prêt à le servir, on peut investir quelques petits milliers d’euros. »

« On ne doit pas être dans l’opulence mais pas non plus dans des petits tracts photocopiés à la dernière minute. »

Sur le parti politique qu’il a créé en 2001 l’Union pour la Principauté (UP) :

« Je suis très fier de ce parti. Il a incarné un moment de la vie politique. Ce moment est derrière nous. Par respect pour cette union nationale que j’appelle de mes vœux, il était indispensable que je dépasse ma famille politique d’origine. »

 

journalistSabrina Bonarrigo