Purple drank : « Une pratique
potentiellement mortelle »

Sabrina Bonarrigo
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En France et à Monaco, plusieurs dizaines de médicaments contenant de la codéine, du dextrométhorphane ou de la noscapine, sont désormais délivrés uniquement sur ordonnance. Objectif : éviter que les jeunes ne pratiquent le purple drank.

Humex, Euphon, Migralgine, Rhinatiol ou encore Vicks… Ces médicaments extrêmement courants utilisés pour soigner une toux, une fièvre, des douleurs ou un rhume étaient jusqu’à présent vendus librement en pharmacie, sans prescription médicale. Mais depuis la mi-juillet en France et début août à Monaco, les autorités sanitaires ont décidé que des dizaines de médicaments de ce type seraient uniquement délivrés sur ordonnance. Le gouvernement monégasque a, en effet, suivi les recommandations de son voisin et annoncé que ceux « contenant de la codéine, du dextrométhorphane, de l’éthylmorphine et de la noscapine » nécessiteront une prescription d’un médecin.

Des boissons-défonce

Cette décision a été prise suite à un constat très alarmant. De plus en plus de jeunes craquent en effet pour le purple drank ou “cocktail violet”, une boisson à base de soda, d’alcool et de sirop contre la toux ou de comprimés codéinés. Les consommateurs y ajoutent souvent de la grenadine ou des bonbons, et parfois de l’alcool. Sauf que les effets de ces mélanges peuvent être très graves. Les spécialistes de santé évoquent des troubles de la vigilance — somnolence — et du comportement — agitation, délires — jusqu’à des crises de convulsion généralisée. On parle aussi d’altération du sommeil, de problèmes de transit, de risque de dépendance, et d’overdose pouvant entraîner la mort.

« Extrêmement nocif »

Pour le ministère français de la santé, il fallait donc « mettre un terme à des pratiques addictives dangereuses et potentiellement mortelles ». À Monaco, l’approche est la même : « La mode du purple drank est en effet extrêmement nocive, alerte à son tour le conseiller aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. En France, deux adolescents en sont morts et plusieurs ont présenté des pathologies graves. Nous avons pris cette mesure à Monaco pour protéger nos jeunes et éviter que ceux du département voisin viennent s’approvisionner chez nous. »

« Effets planants »

Selon l’observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) — qui se base sur des témoignages de jeunes consommateurs — ces cocktails provoquent des « effets planants, proches de ceux du cannabis, mais avec une détente plus accentuée et une sensation de ralentissement du rythme cardiaque ». Ces derniers entrainent aussi des « sensations d’ivresse analogues aux effets de l’alcool ». Quant au profil des jeunes consommateurs, ils ont en moyenne entre 17 et 25 ans. Ils consomment généralement de l’alcool mais pas de drogues illicites, hormis le cannabis. Ce qu’ils apprécient, c’est le faible coût de ces médicaments et leur accessibilité. Par ailleurs, le fait d’éviter les dealers leur donne également la sensation de se procurer des substances moins puissantes que les drogues. Et donc, moins graves.

 

journalistSabrina Bonarrigo