Culture Sélection de juillet

Raphael Brun
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I-am-not-your-negro-de-Raoul-Peck

I am not your negro

de Raoul Peck

Droits. Le documentaire de Raoul Peck est remarquable à plus d’un titre. Basé sur des images d’archives rares et le plus souvent inédites, I am not your negro n’est pas un énième film moralisateur autour des questions raciales. Inspiré par les écrits de l’écrivain américain James Baldwin (1924-1987) dans lesquels il faut absolument se replonger, ce documentaire met le spectateur dans la peau d’un Noir aux Etats-Unis. Peck part de notes d’un livre que Baldwin devait écrire autour de Medgar Evers (1925-1963), Malcolm X (1925-1965) et Martin Luther King (1929-1968), trois leaders des droits civiques aux Etats-Unis assassinés dans les années 60. Esclavage, abolitionnisme, lutte des Afro-Américains pour l’égalité des droits, mais aussi lynchages et humiliations, le cinéaste haïtien Raoul Peck n’oublie rien, ce qui est une véritable prouesse en seulement 1h34. Les voix off de Samuel L. Jackson, en version originale (VO), et de Joey Starr, en version française (VF), fonctionnent aussi bien l’une que l’autre.

I am not your negro de Raoul Peck, avec Joey Starr, Samuel L. Jackson (documentaire, USA, 2017, 1h34). 19 euros (DVD, pas de sortie blu-ray). Sortie le 14 août.

L-Autre-Cote-de-l-Espoir-de-Aki-Kaurismaki

L’Autre Côté de l’Espoir

de Aki Kaurismäki

Fraternité. Lorsque Wikhström trouve Khaled, un jeune réfugié syrien, dans la cour de son restaurant, il décide de l’aider. La demande d’asile de Khaled a été rejetée, mais il veut rester à Helsinki, malgré tout. Wikhström, la cinquantaine, est en pleine crise existentielle. Il vient de quitter sa femme alcoolique et ne veut plus exercer son métier de commercial pour ouvrir son restaurant. Entraide, fraternité, générosité… C’est de tout ça dont il est question dans ce très bon film du Finlandais Aki Kaurismäki. Wikhström offre un boulot à Khaled, l’exploite même un peu, avant que la compassion ne l’emporte. On rit aussi beaucoup dans L’Autre Côté de l’Espoir, et c’est très important. Car même si la situation est difficile, la légèreté permet de résister et d’espérer encore et toujours.

L’Autre Côté de l’Espoir de Aki Kaurismäki, avec Sherwan Haji, Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula (FIN, 2017, 1h40), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 22 août.

Apres-la-tempete

Après la tempête

de Hirokazu Kore-eda

Fêlures. Ryota pensait s’imposer comme écrivain, mais ce sont plutôt les ennuis qui le rattrapent. Il doit faire face à un divorce et se rabattre sur un travail de détective privé. L’argent gagné est vite perdu dans les courses. Incapable de payer la pension alimentaire de son fils, Ryota essaie de remonter la pente. Mais il passe une partie de son temps à espionner son ex-femme Kyoko (Yoko Maki), sur le point de se remarier, et son jeune fils Shingo (Taiyo Yoshizawa). Un jour, alors qu’un typhon approche, Yoshiko, la mère de Ryota, demande à son fils et à son ex-belle-fille de passage chez elle, de rester à ses côtés, car elle a peur. L’occasion d’un huis-clos pour remettre les choses à plat et tenter un nouveau départ pour Ryota. Hirokazu Kore-eda visite les fêlures, les blessures les plus intimes le temps d’une soirée qui réunit cette famille disloquée. L’auteur de l’excellent Nobody Knows (2004) nous livre un film beau, simple et intimiste.

Après la tempête de Hirokazu Kore-eda, avec Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo (JAP, 2017, 1h58), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 31 août.

Get-Out-de-Jordan-Peele

Get Out

de Jordan Peele

Horrifique. Couple mixte, Chris et Rose sont très amoureux. Rose décide de présenter son petit ami à ses parents, Missy et Dean à l’occasion d’un week-end chez eux. Soucieux, Chris aurait aimé que Rose annonce à ses parents qu’il est noir. Inutile, « mes parents ne sont pas racistes », lui répond sa petite amie. Mais plus Chris regarde autour de lui et plus il sent la menace se rapprocher… Tourné sous Obama, Get Out est le premier film en tant que réalisateur de Jordan Peele, tout juste 38 ans. Venu de la comédie, avec notamment la série télévisée à sketchs Key & Peele diffusée sur Comedy Central, Jordan Peele est aussi présenté comme un fan de Peter Sellers. Loin, très loin du film d’horreur, donc. Mais comédie et conte politico-horrifique peuvent parfaitement cohabiter dans l’esprit d’un réalisateur. Get Out en fait la démonstration en 1h44.

Get Out de Jordan Peele, avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener (USA, 2017, 1h44), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 5 septembre.

On-l-appelle-Jegg-Robot-de-Gabriele-Mainetti

On l’appelle Jeeg Robot

de Gabriele Mainetti

Radioactif. Lorsque Enzo Ceccoti plonge dans le Tibre pour échapper à la police, il ne pense pas en ressortir avec des pouvoirs de super-héros. C’est pourtant ce qui lui arrive, après avoir été contaminé par une substance radioactive, sans doute issue du traitement frauduleux des déchets par la mafia. Enzo utilise ses pouvoirs pour ses activités criminelles, jusqu’à ce qu’il ne sauve Alessia de Fabio « le Gitan », un dangereux mafieux. La jeune femme, très perturbée, voit en Enzo le héros de manga japonais Jeeg Robot. Enzo va tenter de ne pas décevoir Alessia, alors que Fabio veut s’emparer de ses pouvoirs. Gros succès en Italie, On l’appelle Jeeg Robot est un film d’action qui carbure au fantastique et aux justiciers dotés de superpouvoirs pour offrir une joyeuse alternative aux productions Marvel. Un million d’entrées en Italie, 7 Donatello, l’équivalent des César, et le prix du jury 2017 à Gérardmer : autant de victoires méritées pour cet ovni transalpin.

On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti, avec Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli (ITA, 2017, 1h58), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 6 septembre.

Le-diable-en-personne-de-Peter-Farris

Le diable en personne

de Peter Farris

Prostituée. Toujours tournées vers les Etats-Unis, les éditions Gallmeister proposent une rentrée littéraire 2017 dans laquelle on sent la présence de François Guérif, l’ancien grand patron du catalogue noir des éditions Rivages. Deuxième parution dans la collection Néo Noire pour Peter Farris, avec ce roman sombre qui se déroule en Géorgie du Sud. C’est là que Maya, une prostituée qui travaille pour Mexico, parvient à échapper à une tentative de meurtre. Elle tombe sur Leonard Moye, un solitaire, peu causant. Devenue la favorite du maire de la ville, Maya a découvert ses plans. Du coup, elle doit mourir. Mais Leonard décide de l’aider. Peter Farris livre le passionnant portrait d’une Amérique désincarnée, corrompue et violente, dans laquelle tout est à vendre.

Le diable en personne de Peter Farris (Gallmeister, collection Néo Noire), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anatole Pons, 272 pages, 20,50 euros. Sortie le 17 août.

Ne-fais-confiance-a-personne-de-Paul-Cleave

Ne fais confiance à personne

de Paul Cleave

Alzheimer. Né à Christchurch en Nouvelle Zélande en 1974, Paul Cleave s’est fait remarquer avec un premier roman très réussi, Un employé modèle. Cette fois, on suit les aventures de Jerry Grey, un célèbre romancier, qui imagine des histoires toutes plus abominables les unes que les autres. Mais à force d’écrire autour du meurtre parfait, il ne sait plus très bien s’il n’a pas fini par passer à l’acte. Lorsqu’il se retrouve traité pour un alzheimer précoce, l’inquiétude monte d’un cran. Sa mémoire le trahit et il y a des blancs. Est-ce qu’il a tué ? Et pourquoi ? En parallèle, la police ouvre une enquête, car elle soupçonne les fictions de Jerry Grey d’avoir pour origine des faits réels. Paul Cleave multiplie les faux-semblants avec habileté, dans ce polar idéal pour l’été.

Ne fais confiance à personne de Paul Cleave (Sonatine), traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau, 462 pages, 21 euros. Sortie le 31 août.

Crache-trois-fois-de-Davide-Reviati

Crache trois fois

de Davide Reviati

Roms. Pour tromper l’ennui, une bande d’adolescents traîne. Ils fument, jouent au billard, font des virées en voiture en bord de mer… Ils vivent à la campagne et à proximité de leur village est installée une famille de Tsiganes. C’est là que grandit Loretta, une jeune fille un peu sauvage. L’auteur italien Davide Reviati nous fait vivre cette histoire adolescente à travers le point de vue de Guido. Comment coexister avec les Tsiganes, comment nouer quelques liens, même fragiles, avec eux ? En creux, Davide Reviati raconte la tragédie vécue par les Roms pendant la deuxième guerre mondiale. Entre violence et amitié, entre espoirs et déceptions, Crache trois fois s’appuie sur un superbe noir et blanc, porté par quelques planches contemplatives d’une grande beauté. Une BD sur la tolérance et l’acceptation de la différence à ne pas rater.

Crache trois fois, de Davide Reviati (Ici Même), traduit de l’italien par Silvina Pratt, 568 pages, 34 euros.

La-petite-couronne

La Petite Couronne

de Gilles Rochier

TMLP. Certains se souviennent sans doute des gamins présentés dans TMLP, ta mère la pute, publié en 2011 par Gilles Rochier. Les gamins ont grandi. Ils sont désormais parents ou « grands frères » dans le quartier. Après TMLP, puis Temps Mort (2008) qui évoquait les jeunes adultes en proie avec la crise sociale, Gilles Rochier continue de suivre les gens de sa génération. Comme lui, ils approchent la cinquantaine et, désormais, ce sont eux qui veillent à maintenir un équilibre pour leur famille. Bref, ils ont changé. Désormais, quand ils ont rendez-vous dans une barre d’immeuble, c’est pour acheter une édition limitée du premier album de Kool and the Gang. Mais les galères demeurent. Car lorsque l’un d’entre eux se résout à aller « bosser à l’usine », c’est pour se rendre compte qu’il n’y a plus d’usine. Une nouvelle édition de Temps Mort accompagnera la sortie de cette très réussie Petite Couronne.

La Petite Couronne de Gilles Rochier (6 Pieds Sous Terre), 96 pages, 16 euros.

United-States-of-Horror-Ho99o9

United States of Horror

Ho99o9

Rage. Sur scène, ils ont l’air très énervé. Le duo américain Ho99o9 (prononcez « horror ») est la sensation de l’été 2017. Leur fusion de punk et de rap est une véritable tornade, un souffle puissant, auquel il semble impossible d’opposer la moindre résistance. TheOGM et Eaddy, les deux Afro-Américains qui composent cet improbable groupe, empruntent au punk la contestation politique et la rébellion, et au rap un “flow” imparable. En concert, l’un se produit torse nu, pendant que le second porte une robe, histoire de mieux piétiner les codes. Déboussolant mais enivrant, leur premier album, plein de rage, n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Mais il vaut largement le détour.

United States of Horror, Ho99o9 (Caroline Records/Universal), 13,99 euros (CD).

Ride-Weather-Diaries

Weather Diaries

Ride

Reformation. Vingt-et-un ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que ce nouvel album de Ride débarque. Autant dire une éternité pour ce groupe originaire d’Oxford, structuré autour de Mark Gardener et Andy Bell. Créé en 1988, Ride a publié quatre albums entre 1990 et 1996. On retiendra surtout le très bon Nowhere (1990) et son successeur, Going Blank Again (1992). Et puis, après Tarantula (1996), c’est la séparation. En 2015, Ride se reforme pour quelques concerts. C’est de là qu’est parti le projet d’un nouvel album dont Erol Alkan assure la production et Alan Moulder le mixage. Les fans de shoegaze et de dream pop en auront pour leur argent. Porté par ses guitares aériennes, Home is a Feeling rappelle que Gardener et Bell n’ont rien perdu de leurs talents d’écriture. D’autres titres, comme Lannoy Point, très pop, évoquent le meilleur de New Order.

Weather Diaries, Ride (Wichita/Pias), 14,99 euros (CD), 24,99 euros (vinyle).

Hymns-to-the-Night-Lea-Porcelain

Hymns to the night

Lea Porcelain

Aérien. Premier album pour Lea Porcelain, et première claque. Leur Hymns to the Night distille un rock à la fois entêtant et sombre. Notre attention avait déjà été attirée en 2015 par la sortie d’un EP de quatre titres, Similar Familiar, qui posait les fondations de ce qui allait suivre, dans un style élégamment teinté de cold-wave. En 12 titres et seulement 48 minutes, on se laisse happer par la noirceur et la poésie déployées par des titres comme Remember ou Bones qui lorgnent vers Disintegration (1989) de The Cure. Originaire de Francfort, ce duo mixe à merveille synthétiseurs et guitares, pour se placer quelque part entre Joy Division et The XX.

Hymns to the Night, Lea Porcelain (Kobalt), 9,99 euros (MP3), 14,99 euros (CD), 22,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun