« La chirurgie esthétique
est beaucoup mieux acceptée
par la société »

Raphael Brun
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Le docteur Rémi Foissac, chirurgien à la clinique Saint George de Nice et vacataire au CHU de Nice, décrypte pour Monaco Hebdo ce marché pas comme les autres.

La tendance dans la chirurgie esthétique ?

Actuellement, c’est l’utilisation de la graisse, une technique que l’on appelle la réinjection autologue de tissu adipeux. Cette opération consiste à récupérer du gras là où il y en a trop, puis à le préparer pour le greffer dans les zones où il en manque.

L’avantage de cette technique ?

Elle permet d’augmenter le volume des seins, tout en diminuant les rondeurs dans les zones où les femmes n’en veulent pas, comme la culotte de cheval par exemple.

Quoi d’autre ?

On va plus loin. Avec ce que l’on appelle la liposculpture, on aspire tout le gras qui se trouve autour des fesses et qui nuit à la définition. On récupère ce gras pour le réinjecter, à certains endroits, pour redessiner les fesses avec le plus de précision possible. On peut agir de la même façon pour la poitrine.

L’avantage de ce tissu adipeux ?

Ce tissu contient des cellules souches qui vont nourrir la peau et améliorer son éclat. De plus, le rendu reste très naturel.

Mais ça reste une greffe, donc la réussite est plus ou moins aléatoire !

Tout le monde ne peut pas recevoir une greffe. Une femme qui fume par exemple, n’est pas une bonne candidate pour ce genre de technique.

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Docteur Rémi Foissac, chirurgien à la clinique Saint George de Nice et vacataire au CHU de Nice.

Quelles sont les opérations les plus demandées dans votre service, pour les femmes ?

La chirurgie mammaire avec des prothèses reste très demandée. Il faut dire que les prothèses mammaires ont beaucoup évolué. Que ce soit en termes de texture ou de technique chirurgicale, en posant la prothèse derrière ou devant le muscle notamment, on arrive à des résultats qui sont de plus en plus naturels. Ce qui explique que ce type de chirurgie est toujours en pleine croissance.

Ceci malgré le scandale des prothèses PIP, qui a éclaté en mars 2010 ?

Les semaines qui ont suivi, il y a eu de l’inquiétude, forcément. Mais il y a finalement assez peu de praticiens qui ont posé ces prothèses, car leur prix était douteux. De plus, les patientes ont bien compris qu’il s’agissait surtout d’une entreprise qui avait essayé de frauder. À la clinique Saint George ou au CHU de Nice, on ne pose que des prothèses vendues par de grands laboratoires américains, qui garantissent une grande sécurité, grâce à de nombreux tests menés en amont.

Et chez les hommes, quelles sont les opérations les plus demandées ?

La chirurgie est peu à peu en train de s’ouvrir aux hommes. Aujourd’hui, sur 10 patients, environ 2 sont des hommes. Souvent, ils viennent pour une chirurgie des paupières, que l’on appelle la blépharoplastie. Ou bien pour un lifting cervico-facial.

D’autres nouveautés chez les hommes ?

De plus en plus d’hommes viennent aussi pour de la médecine esthétique avec de simples injections de toxine botulique [c’est-à-dire de Botox, N.D.L.R.] ou d’acide hyaluronique.

Comment expliquer cela ?

Certains hommes veulent un rajeunissement du visage, sans doute parce qu’ils subissent une certaine pression sociale. Ils sont donc en train de franchir le pas. Surtout qu’aujourd’hui, ce genre de démarche est beaucoup mieux accepté par la société.

Et la liposuccion ?

Après le visage, les hommes s’intéressent à la liposuccion. Le grand classique, c’est le cinquantenaire sportif, mais qui n’arrive pas à perdre du poids et qui est parfois complexé par son ventre et ses hanches.

Certains hommes veulent aussi faire rallonger et élargir leur sexe ?

Cette opération s’appelle la pénoplastie. Certains hommes veulent améliorer le diamètre de leur sexe, mais aussi son esthétique. Pour cela, on peut injecter de la graisse. Mais la graisse donne souvent un aspect qui n’est pas assez consistant. Du coup, on fait appel à la médecine esthétique, avec des injections d’acide hyaluronique.

Il y a aussi les implants capillaires ?

La première demande en médecine esthétique chez les hommes, ce sont les cheveux. Soit parce qu’il n’y en a pas assez, soit parce que les golfes temporaux apparaissent, ou parce que la texture n’est pas satisfaisante.

Les traitements qui sont à la mode ?

Le traitement par plasma enrichi en plaquettes (PRP) est très en vue. Ce traitement consiste à prélever dans le sang du patient des plaquettes et le plasma qui se trouve autour. Car dans ces plaquettes, il y a ce que l’on appelle les facteurs de croissance. Or, souvent, le problème vient chez l’homme des bulbes pileux qui sont au repos. Du coup, on injecte au niveau de ces bulbes pileux des facteurs de croissance pour faciliter la repousse du cheveux.

Et pour les hommes qui n’ont plus de cheveux du tout ?

On procède à une greffe capilaire, ce qui nécessite une intervention chirurgicale. On peut prélever des cheveux un par un, ou des bandes de cheveux, que l’on va ensuite regreffer.

Quelles sont les conditions à remplir avant de lancer une opération ?

Qu’on soit en France ou à Monaco, les interventions de chirurgie esthétique sont très encadrées. Lorsqu’un patient veut se faire opérer, il doit au minimum attendre 15 jours après son premier rendez-vous avec son chirurgien, avant d’obtenir un second rendez-vous pour programmer une date pour l’intervention. Ce délai permet d’éviter le coup de folie passager d’un patient.

Comment bien choisir son chirurgien ?

Tout simplement en regardant ses qualifications, mais aussi ses publications, ses éventuelles participations à des congrès… Car il est bien sûr primordial d’être opéré par quelqu’un de compétent. Enfin, il y a aussi le “feeling”, l’accroche qu’aura un patient avec son chirurgien, afin qu’il soit rassuré et en confiance.

Dans quel cas vous refusez d’opérer ?

Je refuse d’opérer les patients ou les patientes qui fument et qui ne veulent pas faire de concessions sur ce plan. Car on sait que le tabac a un rôle très néfaste sur la vascularisation de la peau. Or, une peau qui cicatrise mal, c’est une peau qui s’ouvre, c’est une peau qui va s’infecter ou faire un hématome… Ce qui entraîne des complications. N’oublions pas que nous sommes dans une chirurgie de confort. On ne peut donc pas se permettre de prendre des risques.

Vous opérez qui, alors ?

Des patients sportifs, qui ne fument pas, avec une bonne hygiène de vie. Sans ça, même si on opère, les patients reviennent quelques années plus tard, en estimant que l’intervention n’a pas été efficace…

Un exemple ?

Chez la femme, à cause de récepteurs particuliers, la culotte de cheval est une zone atypique. Car même lorsqu’une femme maigrit et fait du sport, elle a du mal à perdre la graisse dans cette zone. C’est pour ce genre de personne que la liposuccion est la plus adaptée.

Que peut espérer une femme ?

On aspire entre 2 et 4 litres au maximum. Au final, le patient perd 2 à 3 kg. Mais il faut bien comprendre que le but de la liposuccion, ce n’est pas de maigrir. On vient simplement aspirer le gras que l’on ne parvient pas à perdre, malgré tous les efforts déployés.

Les patients trop gros ne sont pas concernés par la chirurgie esthétique ?

Environ 1/4 de nos patientes sont en surpoids. On leur explique que la chirurgie esthétique ne leur fera pas perdre du poids. Donc on les envoie vers des confrères diététiciens ou endocriniens. Car parfois la prise de poids s’explique par des problèmes de thyroïde ou d’hypophyse.

Vous intervenez à quel moment ?

Après la pose d’anneaux gastriques, après un by-pass gastrique ou une gastrectomie. Ces patients ont perdu beaucoup de poids et ils ont parfois besoin de chirurgie réparatrice au niveau du ventre, des bras ou des cuisses, notamment. Mais tant que leur poids n’est pas stabilisé, on ne les opère pas.

Le profil type, féminin et masculin, des personnes qui font appel à vos services ?

Nous avons des populations très différentes. On a le patient qui va demander une lipoaspiration du ventre parce qu’il est en pleine crise de la cinquantaine, il y a le patient de 60 ans que son petit fils appelle « papy » mais qui se trouve encore jeune, ou encore le trentenaire complexé parce qu’il perd ses cheveux…

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Et chez les femmes ?

C’est un peu pareil. On a des jeunes femmes qui vont vouloir une augmentation de leur poitrine ou refaire leur ventre dès qu’elles ont 18 ans. Il y a aussi la patiente de 30-40 ans qui a perdu du poids et qui va vouloir une abdominoplastie, ou une intervention sur les bras ou les cuisses pour supprimer un excédent de peau relâchée.

Entre 2015 et 2016, plus de 200 filles britanniques de moins de 18 ans ont subi une labiaplastie, c’est-à-dire une réduction des petites lèvres : c’est inquiétant ?

La Société française de chirurgie plastique encadre tout et en dessous de 18 ans, on n’opérera jamais une jeune fille pour une labiaplastie. De plus, même si une patiente a 18 ans, mais qu’on estime qu’elle n’a pas la maturité nécessaire, on lui refusera l’opération. On lui expliquera qu’elle est « normale », on la rassurera en lui disant qu’elle a vu trop de choses dans les magazines, mais que la réalité ce n’est pas ça. Et qu’elle n’a pas besoin de cette opération.

Impossible de subir une intervention de chirurgie esthétique lorsqu’on est mineur ?

Il y a quelques cas exceptionnels, bien sûr. Comme une hypertrophie mammaire par exemple qui provoquerait une gêne pour les activités sportives. Mais même ce type de cas doit d’abord passer par un rendez-vous avec un psychologue et être validé par l’accord des parents. Et puis, il existe aussi des labiaplasties qui sont fonctionnelles.

C’est-à-dire ?

Il s’agit de patientes qui souffrent d’une hypertrophie des petites lèvres. Lors des rapports sexuels, ces petites lèvres rentrent dans leur vagin, ce qui provoque des douleurs qui sont extrêmement invalidantes. Dans ces cas-là, on opère. Et l’intervention est prise en charge par la sécurité sociale.

Comment expliquer ce phénomène ?

Désormais, les femmes ne regardent pas que leur visage ou leur poitrine. Elles regardent aussi leurs organes génitaux et il faut qu’ils aient un aspect esthétique satisfaisant. Comme avec la pénoplastie chez les hommes, il y a aujourd’hui beaucoup moins de tabou autour de ce type d’opération. Du coup, on a de plus en plus de demandes. Des techniques se sont développées, notamment avec des injections d’acide hyaluronique.

Et si après une opération, le patient n’est pas satisfait ?

On commence par faire un mea culpa. On essaie de comprendre s’il y a quelque chose qui n’a pas été fait ou qu’on pourrait faire mieux encore. Dans ce cas, on réopère le patient, sans lui facturer d’honoraires.

Et si vous êtes convaincu d’avoir fait du bon travail, avec un résultat que vous jugez positif ?

On propose au patient d’aller voir un confrère chirurgien, afin de recueillir un autre avis.

La pression de la concurrence étrangère augmente ?

C’est devenu un grand classique. Les patients viennent nous voir et nous expliquent qu’ils vont finalement aller se faire opérer en Tunisie, parce que c’est beaucoup moins cher.

Votre réaction ?

Nous avons pour nous la compétence, avec une formation longue et exigeante. Nous proposons aussi une vraie sécurité sanitaire et un suivi post-opératoire qui est complet. De plus, si on se fait opérer à l’étranger et qu’il y a des complications, il faut retourner dans le pays concerné, ce qui peut coûter finalement plus cher.

Les prix sont vraiment justifiés ?

Bien sûr. On donne aux patients un devis détaillé sur lequel apparaît tout : les frais de bloc opératoire, le prix des implants, de la nuit d’hospitalisation, de l’anesthésiste, du chirurgien, de l’infirmière… À Nice, une augmentation mammaire est généralement facturée entre 4000 et 4500 euros, et parfois un peu plus encore à Paris.

Vous ressentez cette pression liée au tourisme médical ?

Difficile à dire. J’ai surtout vu des patientes opérées ailleurs

qui reviennent nous voir parce qu’elles ne sont pas contentes.

Dans la chirurgie, je pense que les valeurs essentielles sont la proximité et le suivi. Surtout que, dans le cas d’implants mammaires, l’évolution se déroule sur 10 ou 15 ans…

Quelle est la durée de vie d’un implant mammaire ?

Avant c’était environ 10 ans. Désormais, c’est presque 15 ans. On voit la patiente après l’opération, puis 15 jours après, un mois après et trois mois après. Puis une fois par an, pour accompagner la chirurgie sur le long terme. Lorsqu’on a atteint la limite, il faut opérer à nouveau pour changer la prothèse.

Pourquoi ?

Le corps finit par considérer que la prothèse est un corps étranger. Du coup, il fabrique tout autour une coque, une sorte de capsule indurée, pour l’isoler. C’est à ce moment-là qu’il faut changer l’implant.

Quels sont les atouts de Monaco dans la guerre au tourisme médical, ouverte depuis plusieurs années déjà ?

Monaco attire le monde entier. Donc la Principauté peut tout à fait rivaliser dans le tourisme médical, y compris dans le secteur de la chirurgie esthétique.

 

Combien ça coûte ?

> Lifting cervico-facial

• 4 500-7 000 euros en France

> Rhinoplastie (nez)

• 3 000-5 000 euros en France

> Blépharoplastie (4 paupières)

• 2 800-4 000 euros en France

> Correction d’oreilles décollées

• 500-3 000 euros en France (très souvent, une prise en charge est possible avec la sécurité sociale française : il s’agit de dépassement d’honoraires, avec remboursement possible par les mutuelles)

> Augmentation mammaire

• 3 800-5 500 euros en France

> Liposuccion 3-4 zones

• 3 500-5 000 euros en France

> Abdominoplastie complète

• 3 500-5 000 euros en France

Source : Docteur Rémi Foissac.

 

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