Les ratés du bistouri

Sabrina Bonarrigo
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Créée en 1995, l’association française, Arches, vient en aide aux personnes mutilées par des opérations de chirurgie esthétique ratées.

Recourir à une opération de chirurgie esthétique est loin d’être un acte banal. Comme toute intervention, elle comporte sont lot de risques chirurgicaux et médicaux. Mauvaise cicatrisation, hématomes, infections, et autres douleurs post-opératoires sont assez fréquents. Mais il y aussi les gros ratés qui entraînent parfois de profondes blessures physiques et psychologiques. Une réalité que Muriel Bessis connaît très bien. Cette orthophoniste, présidente de l’association des ratés et réussites de la chirurgie esthétique (Arches), a soutenu des centaines de patients victimes de chirurgiens peu scrupuleux. « Nécrose, paralysie faciale… Certains patients sont vraiment mutilés. Des ratages à la tronçonneuse », regrette-t-elle.

« 11 ans de calvaire »

Si Muriel Bessis a décidé de créer cette association, c’est qu’elle-même a vécu « un véritable calvaire ». En 1985, son chirurgien rate complètement son opération des seins. « Le chirurgien qui m’a opéré avait été interviewé à la télévision. J’ai été naïve… Je me disais que s’il était médiatisé, c’est probablement parce qu’il était le meilleur. Je n’ai pas mis en doute ses compétences ». Opérée en février, ses seins apparaissaient « en avril, pires qu’ils n’avaient jamais été. J’étais désemparée. Le chirurgien a même réussi à me faire culpabiliser. Il a refusé de retoucher son “œuvre” et estimé qu’on ne pouvait pas faire mieux »(1). Deux ans plus tard, autre mésaventure. Muriel Bessis souhaite faire une retouche de ses paupières. « Terrible loi des séries, le chirurgien me laisse le visage tuméfié avec l’impossibilité de fermer les yeux pendant près d’un an », se souvient-elle. Après ces deux opérations ratées, pendant 11 ans, Muriel Bessis va alors à nouveau multiplier les interventions… non pas par coquetterie, mais pour réparer les dégâts : « J’ai effectué ensuite cinq opérations mammaires et six opérations sur le visage pour retrouver figure humaine. Ces successions d’opérations ne sont pas le fruit d’un narcissisme exacerbé, mais bel et bien le dur chemin pour rattraper les ratages initiaux. Mon combat était de trouver le ou les chirurgiens capables de me restaurer. J’y suis arrivée au bout de 11 années. Onze années de calvaire pendant lesquelles j’ai dû à plusieurs reprises, suspendre mon activité d’orthophonie, affronter le regard de mes patients devant mon visage tuméfié. » Après cette douloureuse expérience, Muriel Bessis a donc souhaité venir en aide aux patients qui, comme elle, ont subi de lourds ratages.

« Aléa thérapeutique »

Difficile de connaître le nombre de personnes qui sont victimes d’opérations ratées. Selon l’Association française pour l’information médicale en esthétique (Aime), le taux d’insatisfaction atteindrait « 25 % à 30 % », et « près de 5 % » des interventions se solderaient par un véritable ratage. Que faire alors quand les conséquences d’une opération sont inesthétiques, ou pire, handicapantes ? Des recours existent, mais ils sont, bien sûr, longs et fastidieux. « La difficulté que l’on rencontre est que certains chirurgiens n’admettent jamais leur erreur. C’est inacceptable ! », peste la présidente de cette association. Certains brandissent l’argument de « l’aléa thérapeutique », d’autres se réfugient derrière « l’absence d’obligation de résultats ». Des arguments qui, souvent, suffisent « à tuer dans l’oeuf toute velléité de poursuite judiciaire ». Mais depuis sa création, l’association Arches, et ses 1 500 adhérents, se battent pour que les victimes aillent jusqu’au bout pour obtenir réparation. Il y a alors plusieurs options possibles. Si le chirurgien est de bonne foi et reconnaît son erreur (erreur également confirmée par deux ou trois autres chirurgiens), il fait appel lui-même à son assurance qui va alors indemniser la cliente. Parfois, ils acceptent même de payer de leur poche… Autre option : l’assurance accepte d’indemniser la victime sans passer par une procédure judiciaire. Dernière option : le chirurgien ne reconnaît pas son erreur. Une bataille devant les tribunaux — qui peut durer « jusqu’à trois ou quatre ans » — va alors commencer « entre avocats, médecins-conseil, et experts ».

Bistouri “low cost”

Parmi les victimes suivies par cette association française, nombreuses sont celles qui ont été opérées dans des pays pratiquant des prix très bas… Du Maroc à la Tunisie, en passant par la Roumanie ou la Hongrie, les tarifs y défient toute concurrence. Mais les risques de ces opérations “discount” sont bien réels. « Je connais bien le cas de la Tunisie. Le problème, ce n’est pas tellement les chirurgiens, car ils sont formés en France et sont généralement très compétents. Le problème, ce sont les tours opérateurs qui gèrent tout cela et touchent un argent fou. Les chirurgiens sont payés au lance pierre, opèrent jusqu’à 10 fois par jour, et il n’y a aucun suivi opératoire. C’est un scandale ! » Malgré toutes ses mésaventures, Muriel Bessis, n’est pas farouchement opposée à la chirurgie qu’elle qualifie comme étant de la « psychanalyse inversée. La psychanalyse s’intéresse à l’esprit pour que le corps aille mieux. La chirurgie esthétique s’intéresse au corps pour que l’esprit aille mieux… »

(1) extrait d’une interview accordée à doctissimo.fr.

 

10 conseils avant une opération

Quels conseils donner à une personne qui envisage de recourir à une opération de chirurgie esthétique ? Premièrement, de ne pas banaliser cette intervention : « On assiste actuellement, à une médiatisation à outrance de la chirurgie esthétique qui risque de banaliser l’acte en le transformant en un produit de consommation. Or, il s’agit d’un acte chirurgical avec, souvent, une anesthésie, donc, avec des risques », insiste Muriel Bessis qui a publié sur le site internet de son association (www.assoarches.com) les « 10 commandements » avant de passer à l’acte. Parmi eux : « être en bonne santé physique ; être en bonne santé psychologique ; ne pas se faire opérer pour quelqu’un d’autre ; ne pas se faire opérer trop vite à la suite d’une rupture ou d’un deuil ; ou encore, exiger un suivi opératoire. » Muriel Bessis conseille aussi de vérifier auprès de l’ordre national des médecins la compétence statutaire du praticien. Mais pas seulement. « Il doit aussi bénéficier d’une bonne expérience pour l’intervention choisie. Car il peut être très compétent en rhinoplastie et débutant en liposuccion… » Selon elle, l’idéal est de consulter trois chirurgiens en amont pour se faire une opinion et « avoir le choix ». Mieux encore : si vous en avez la possibilité, rencontrez des patientes déjà opérées par le même chirurgien, pour, en quelque sorte, « juger sur pièce ». Soyez également alerte lors de la première consultation, au cours de laquelle le praticien doit vous informer clairement sur l’intervention, les suites opératoires et le prix. Méfiez-vous des chirurgiens qui vous recommandent des opérations auxquelles vous n’aviez pas pensé. La présidente de l’association insiste également sur un point : les « personnes psychologiquement faibles, ne doivent jamais être opérées », en particulier celles qui souffrent de dysmorphophobie. Ces individus ont la conviction erronée d’avoir une ou plusieurs difformités physiques. Un trouble obsédant qui les conduit à ressentir une peur maladive d’être disgracieux. Et à tenter une opération de chirurgie esthétique. S.B.

La chirurgie des fossettes cartonne

La jeune génération entretient une relation assez décomplexée avec la chirurgie. Muriel Bessis constate en effet que de « plus en plus d’adolescentes et d’étudiantes » y ont recours, malgré leur très jeune âge. Essentiellement pour des « liposuccions, des rhinoplasties ou des chirurgies mammaires ». Les chirurgiens ont également noté la montée en puissance de plusieurs phénomènes : la réduction des tétons, l’augmentation des fessiers ou encore la labioplastie, la chirurgie de la vulve. Mais la dernière tendance en vogue aux Etats-Unis mais aussi en France est la « dimpleplasty ». Cette opération de chirurgie esthétique consiste à se faire creuser des fossettes dans les joues. Effectuée sous anesthésie locale, l’intervention dure un peu moins d’une demi-heure. En France, les tarifs vont de 1 500 à 1 800 euros. À noter, cependant, que les effets s’estompent le plus souvent sous un à deux mois. S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo