Boxe
Les ambitions de Laurent Puons

Sophie Noachovitch
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Depuis qu’il a pris la présidence de la fédération monégasque de boxe en 2014, Laurent Puons cherche à se développer localement, mais aussi et surtout internationalement. Dès septembre un nouveau gala de boxe aura lieu.

« La fédération monégasque de boxe (FMB) était un peu sous le contrôle de la fédération française quand on en a pris la tête avec André Micallef en 2014. On a décidé qu’on n’allait plus subir la volonté de la fédération française. » Laurent Puons, président de la FMB, a retrouvé avec passion le sport qu’il a pratiqué au niveau professionnel, alors qu’il était encore un jeune homme. Et comme il ne sait pas faire les choses à moitié de son propre aveu, il a décidé de rendre son indépendance à la boxe monégasque. « On faisait partie de la France. Aujourd’hui, la fédération monégasque de boxe est indépendante. »

Albator

Il faut imaginer Laurent Puons « en boxeur déterminé ». A 17 ans, une copine du lycée le surnomme Albator, du nom du personnage de manga balafré imaginé par Leiji Matsumoto en 1969, tant la boxe le marque physiquement. Il mène sa carrière en amateur, puis en professionnel jusqu’à 22 ans : pas moins de 40 combats et 30 victoires en amateur et 12 combats professionnels, dont seulement 4 défaites. Et après avoir raccroché ses gants il y a 22 ans, le président de la FMB, y revient avec plaisir, toujours aussi déterminé. « Je joue un peu avec plaisir. Et surtout, je suis heureux de transmettre. » Dans un pays où la boxe bénéficie de combats très médiatisés organisés depuis 2013 par la Société des bains de mer (SBM) après la période faste des années 1970-1980, Puons parvient peu à peu à imprimer sa marque et donne un cadre à la FMB. Règlements de boxe amateur et professionnel sont créés, des arbitres sont recrutés et des commissions sont créées. Un travail important, puisque la Fédération ne disposait en fait d’aucune réglementation.

Gala

« Une fois par an, la SBM associée à un promoteur organise un grand gala. Depuis 5 ans, ils sont complémentaires de ce que l’on fait », estime Laurent Puons. Selon lui, ils ne seraient donc pas en concurrence. « Nous n’avons pas les moyens de faire ce qu’ils font, insiste-t-il. C’est le promoteur Match Room qui organise leurs galas. Il s’agit du plus gros promoteur mondial. Ils font venir des boxeurs internationaux que nous ne pouvons pas payer. » Pour cet ex-boxeur, c’est même grâce à ce qu’ont mis en place Match Room et la SBM que la FMB bénéficie d’un tel engouement. L’ASM Boxe compte aujourd’hui 200 licenciés, et doit même refuser certaines nouvelles inscriptions, faute d’infrastructures. « Nous n’avons accès à la salle au stade Louis II que trois soirs par semaine. C’est un gros problème pour les entraînements. »

Contrôles

Néanmoins, le président de la fédération se démène. Aujourd’hui, aucun combat de boxe ne peut avoir lieu à Monaco sans la FMB. « Nous contrôlons que tout se passe dans les règles, précise-t-il. Quand Match Room arrête une date avec la SBM, ils nous contactent. Ils nous donnent les détails des combats et nous vérifions toute la partie administrative : que les boxeurs n’aient jamais été contrôlés positifs, etc. » De même, un arbitre de la fédération doit obligatoirement être présent à chaque gala, tout comme quelques boxeurs monégasques. « Comme en France, ou dans n’importe quel pays du monde, le promoteur sait qu’il doit passer par la fédération de boxe du pays pour organiser un combat. C’est désormais aussi le cas à Monaco », souligne Laurent Puons.

“Sanction fees”

Un passage obligé très important économiquement pour la FMB, puisque cela induit le versement de taxes, les “sanction fees”, par le promoteur. Un argent indispensable pour le fonctionnement de la fédération monégasque. En effet, un gala de boxe comme celui organisé en septembre par la FMB coûte plus de 10 000 euros. Location de la salle, médecins, tests anti-dopages, ambulances, hébergement des boxeurs, leurs cachets, sécurité… Autant de dépenses qui sont incompressibles. La FMB bénéficie aussi cette année d’une retransmission à la télévision sur SFR Sport, qui est donc partenaire des soirées de boxe à Monaco. « Heureusement, l’ASM Boxe touche une subvention de la mairie. Mais l’argent que nous avons vient des grosses organisations lorsqu’elles s’acquittent des “sanction fees”. Cela constitue le fonds de roulement de la FMB et permet le déplacement de nos boxeurs. » Ce qui est évidemment indispensable pour leur permettre de tenter de remporter des titres. Le Monaco Boxing Challenge du 22 septembre prochain permettra ainsi à plusieurs d’entre eux de se démarquer et, peut-être, de remporter un nouveau combat. C’est tout ce que souhaite le président de la FMB. Car « quand on vous lève le bras, c’est un moment magique ».

 

Des jeunes et des espoirs

« Nous avons des boxeurs formés au club. » L’information lâchée par le président de la fédération monégasque de boxe (FMB) n’a rien d’anodin. Car cela permet à Monaco d’asseoir sa légitimité en tant que fédération indépendante. Avec 200 licenciés, l’ASM Boxe tourne à plein et doit même refuser des inscriptions. Elle compte surtout six boxeurs amateurs au futur prometteur. Laurent Puons espère ainsi que le poids léger Idriss Barkat passera pro. « En poids moyen, Lorenzo Fernandez devrait boxer encore une année ou deux en amateur. On pense pouvoir le passer professionnel, s’il a le niveau », confie Laurent Puons. Et puis, il y a Hugo Micallef. Il comptabilise 62 combats, dont 52 victoires et 10 défaites. C’est lui qui portera les couleurs monégasques pour les Jeux Olympiques (JO) de 2020. « J’aimerais que ce soit le premier monégasque médaillé des JO », se plait à rêver Laurent Puons. Médaillé d’or lors du tournoi qualificatif pour les championnats du monde de la jeunesse en Russie en 2016, Micallef en a les capacités.

Chez les professionnels, l’ASM Boxe compte dans ses rangs depuis 2016 Adriani Vastine (lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 987). Le grand frère d’Alexis Vastine, tragiquement décédé en 2015 sur le tournage de l’émission Dropped, avait pourtant failli abandonner la boxe. « Son père m’a appelé pour me prévenir qu’il n’était pas pré-sélectionné pour les JO de Rio, ce qui est incompréhensible, estime Laurent Puons. La famille Vastine a beaucoup donné pour la Fédération française de boxe (FFB). Son fils a été écarté du jour au lendemain et Adriani était à deux doigts d’abandonner la boxe. Je lui ai dit qu’il était dommage que quelqu’un comme lui arrête. Alors, je lui ai proposé de venir à Monaco. » Ce boxeur de 32 ans a accepté de rejoindre la Principauté. Le 30 septembre 2016, il décrochait son premier titre sous les couleurs monégasques. « Avec Adriani Vastine, on vise désormais un titre international d’ici un an ou deux. Il représente bien ma vision de la boxe à Monaco. C’est un bon gars, intelligent, qui boxe très bien », ajoute le président de la FMB. Enfin, l’autre boxeur professionnel de l’ASM boxe est Houari Bessah « au palmarès impressionnant en Algérie ». Car le développement de la FMB passe aussi par des boxeurs extérieurs à la Principauté. S.N.

 

Vastine contre Duchemin le 22 septembre

C’est le 22 septembre que se déroulera le 9ème Monaco Boxing Challenge à l’espace Léo Ferré. La soirée débutera dès 19 heures, avec les combats amateurs. L’occasion de voir quelques boxeurs monégasques, comme Sacha Di Lauro, Lorenzo Fernandez, Idriss Barkat ou Hugo Micallef. Puis, ce sera au tour des boxeurs professionnels. En poids mi-lours 4×3, Marion Brun (PC Nice) afffrontera Romualdo Caso (Italie), en poids super léger 6×3, Bastien Ballestra (Béziers) combattra contre un adversaire à déterminer, en poids lourds légers 5×3, Houari Bessah (ASM) sera opposé à Nicolas Salsi (Grenoble), en poids moyens, Adriani Vastine (ASM) boxera contre Joël Duchemin (Perpignan) et en poids mi-lourd 6×3, Pierre Dibombe (Nantes) rencontrera un adversaire à déterminer. Enfin, un combat WBA Intercontinental verra s’opposer Andrew Francillette (Red Star Olympique Audonien – Saint-Ouen) et Alessandro Goddi (Italie). Tarifs : à partir de 20 euros et jusqu’à 300 euros. + d’infos sur contact.fmboxe@gmail.com. S.N.

journalistSophie Noachovitch