Jardins d’Apolline :
des résidents inquiets

Sabrina Bonarrigo
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Ils ne savent pas encore quand ils vont déménager, ni où… Les 800 résidents des Jardins d’Apolline sont actuellement dans le flou. L’association qui les représente réclame qu’un plan d’action précis leur soit présenté en septembre.

En intégrant des bâtiments flambant neufs, les 800 résidents des Jardins d’Apolline n’imaginaient certainement pas qu’ils se retrouveraient avec des murs et des cloisons remplis de moisissures, des chambres ou des salles de bain condamnées, une eau non potable, et des tas de packs d’eau Cristalline stockés dans leur salon… C’est pourtant ce que les occupants de cette résidence domaniale vivent depuis des mois. Quotidiennement, l’association des résidents reçoit dans une boîte mail dédiée les photos des sinistres et les doléances multiples de ceux qui vivent dans ces quatre blocs. « Chaque jour, il y a des nouveaux cas. Ça n’arrête jamais ! », peste l’une des membres. Une situation sanitaire qui a poussé les autorités à prendre une décision radicale : l’Etat a décidé de rénover entièrement les 237 appartements et de reloger toutes les familles dans des appartements déjà meublés, le temps des travaux (lire Monaco Hebdo n° 1025).

« C’est l’inconnu »

Sauf que, pour le moment, les informations arrivent au compte-gouttes : « C’est une période de flou total. On ne peut pas vraiment faire de projet. Notamment pour les vacances d’hiver, confie une résidente du bloc A qui a déjà dû déménager deux fois. On ne sait pas à quel moment il faudra partir. Si on devra faire nos cartons à Noël ou avant. Quel sera le bloc prioritairement déménagé ? Où irons-nous habiter ? C’est l’inconnu. Les résidents partent en vacances cet été en se demandant ce qui va leur arriver en septembre ». Pour les membres de l’association, il est donc temps « d’y voir clair » et de « passer aux actes ». Son président, Franck Lobono, a ainsi demandé qu’un « plan d’action précis » — autant sur le relogement que sur les travaux — soit présenté aux résidents « en septembre, lors d’une grande réunion publique ».

« Inacceptable »

Pour le moment, l’exécutif a prévu d’effectuer les travaux un bloc après l’autre, chaque tour nécessitant en moyenne 8 à 10 mois de travaux. La dernière serait ainsi rénovée dans trois ans et demi ou quatre ans. Pour l’association, cette durée est tout bonnement « inacceptable ». Pour la réduire, l’association a donc proposé un plan B au gouvernement. Son idée ? Rénover deux blocs à la fois. D’abord les bâtiments situés sur la partie gauche, puis ceux situés sur la partie droite (ou inversement). Cette alternative aurait l’avantage de réduire la durée du chantier « à deux ans et demi au lieu de quatre ans », estime l’association. Seul hic : cette piste exigerait de trouver des appartements pour environ 120 foyers, au lieu de 60 dans la proposition du gouvernement. Mais, là encore, ces résidents très impliqués dans ce dossier, avancent des solutions.

Indemnité

Au-delà des logements domaniaux, cette association suggère qu’une partie des familles soit relogée dans le privé : « Nous avons envoyé une liste de plus de 60 appartements à l’Etat qui sont aujourd’hui disponibles », assure Franck Lobono. Autre piste : verser des indemnités de relogement temporaire (IRT) aux résidents qui ont les moyens de se loger par eux-mêmes. Soit dans leur famille, soit dans leur résidence secondaire. Une indemnité — basée pourquoi pas sur les plafonds de l’aide nationale au logement (ANL) — destinée à « inciter » les résidents à choisir cette option. « Les trois solutions combinées, on arrive très facilement aux 120 logements, affirment les membres de l’association. Le gouvernement a pris le problème à bras-le-corps… mais il le fait à sa manière. Il faut sortir des choix purement technocratiques et des choix de confort pour l’administration. » Seule certitude pour cette association : le dossier Apolline aura forcément des conséquences sur les futures attributions de logements domaniaux à Monaco. « À partir de là, il faut revoir l’ensemble des procédures. On ne peut pas se voiler la face ! La décence imposerait toutefois que les appartements à L’Engelin ne soient pas attribués avant que le problème d’Apolline ne soit résolu… » À suivre.

 

Des commerçants indemnisés ?

Il n’y a pas que les résidents qui vont subir de plein fouet les travaux aux Jardins d’Apolline… Il y a aussi les commerçants, les entreprises et les professions libérales — notamment les dentistes — qui travaillent sur place. Certains d’entre eux craignent une baisse de leur chiffre d’affaires. C’est notamment le cas de Starbucks et d’Emilie’s Cookies qui reçoivent de la clientèle en terrasses et qui craignent d’être fortement perturbés par le bruit des travaux et le va-et-vient des camions. Pour tenter de les rassurer, le conseiller-ministre aux finances Jean Castellini, le chargé de mission Albert Croési, l’administrateur des domaines Rémy Rolland, et Alain Laurent, du département des travaux publics, sont allés à leur rencontre, le 25 juillet. « Nous ferons tout notre possible pour que la gêne soit la moins impactante pour chacun et que chaque situation soit traitée au cas par cas », a assuré Jean Castellini. La piste de leur verser des indemnités pour le préjudice subi, n’est pas exclue par le gouvernement. S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo