« La réfection de deux blocs
à la fois n’est pas réaliste »

Sabrina Bonarrigo
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Il a hérité d’un dossier ultra-sensible… Albert Croési, chargé de mission auprès du ministre d’Etat sur le dossier Apolline, estime que les propositions avancées par l’association ne sont pas réalisables. Et demande à ce jour que « l’on cesse de tergiverser et qu’on aille de l’avant ».

Pour réduire le délai des travaux et les nuisances des chantiers, l’association des résidents des Jardins d’Apolline propose de rénover deux blocs en même temps : cette solution vous parait-elle réalisable ?

Je pense très sincèrement que la réfection de deux blocs à la fois n’est pas réaliste, sauf à priver l’ensemble des Monégasques en attente d’attribution d’appartements dans les prochaines opérations immobilières de l’Etat.

Pour quelles raisons ?

D’abord, il est peu envisageable de trouver environ 140 appartements de substitution, essentiellement des 4 pièces, en 6 mois. Attendre la disponibilité d’autant d’appartements avant d’attaquer les travaux serait de nature à reporter encore et encore la mise en œuvre des travaux. Ensuite, comment pouvoir sérieusement imaginer que les entreprises monégasques pourront mettre à l’ouvrage suffisamment d’employés pour réaliser 120 à 140 appartements en 8 mois ? Lorsque nous avançons 8 mois de travaux par tour, c’est en prévoyant déjà énormément de monde à l’ouvrage. Pouvons-nous imaginer faire travailler, une fois encore, des sous-traitants venus d’on ne sait où, et privilégier, une fois encore, la rapidité d’exécution à la qualité des travaux ?

Cette proposition de l’association n’est donc pas du tout applicable ?

Elle est faite « à la va vite » et ne me semble pas sérieuse… Le gouvernement a décidé un modus operandi. À présent, il est temps de ne plus tergiverser et d’aller de l’avant. Surtout que les décisions du gouvernement vont dans le bon sens.

Mais cette association propose qu’une partie des résidents soit relogée dans le privé, alors qu’une liste de plus de 60 appartements disponibles a été envoyée à l’Etat ?

J’ai reçu cette liste et je la conserve précieusement, d’autant que le ministre d’Etat m’a clairement dit que tout pouvait être entrepris pour que les résidents des Jardins d’Apolline subissent les moins de désagréments possibles. Ceci dit, mon rôle est d’abord de me renseigner, et je le ferai rapidement, sur toutes les solutions qui peuvent être envisagées pour reloger les résidents.

L’association propose aussi que des indemnités de relogement temporaire (IRT) soient versées aux résidents qui parviennent à se reloger par eux-mêmes dans des résidences secondaires ou dans leur famille : que pensez-vous de cette idée ?

Toutes les solutions sont à étudier. Néanmoins, je n’inciterai pas le gouvernement à verser des indemnités à des personnes qui résident déjà, depuis des mois, dans leur résidence secondaire, pour qu’elles y restent à présent. Comme je vous l’ai indiqué, je suis en train d’étudier tous les cas, et je vous assure que rien ne sera laissé au hasard.

Les commerçants des Jardins d’Appoline, comme Starbucks ou Emilie’s Cookies, qui reçoivent de la clientèle, vont être nécessairement impactés par les travaux à proximité : vont-ils recevoir des indemnités pour le préjudice subi ?

Le moment venu, avec un constat évident de perturbation commerciale et de perte d’activité et de revenus dû aux travaux qui vont être réalisés, chaque cas sera étudié avec la plus grande attention.

Les professions libérales, notamment les dentistes, et les entreprises qui sont dans des bureaux aux Jardins d’Apolline seront également relogées ?

Absolument ! Tous doivent continuer à travailler dans les conditions les plus convenables.

 

« Il faudra que le gouvernement retire ses œillères administratives »

Le président de la commission logement du Conseil national, Jean-Michel Cucchi estime qu’il est « indispensable » de s’appuyer sur le secteur privé pour reloger les résidents d’Apolline.

Que pensez-vous de la solution avancée par l’association des résidents d’Apolline de rénover deux blocs à la fois ?

La meilleure solution est évidemment celle qui permet de remettre en état le plus rapidement possible tous les appartements des Jardins d’Appoline. Faire traîner les choses pendant au moins 4 ans si l’on peut faire autrement, serait inacceptable. L’Etat doit engager tous les moyens possibles afin que les résidents de ces immeubles puissent au plus vite revivre normalement. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : remettre les appartements dans l’état où ils devraient être !

Sauf que leur solution exige de trouver 120 logements d’un coup ?

Je suis bien conscient qu’il est plus difficile de reloger 120 foyers que 60 ! Mais vous imaginez dans quelles conditions vont vivre ces personnes pendant 4 ans si la solution de refaire un bloc à la fois devait être retenue. Plus on segmente les travaux, plus il y a de temps perdu en déménagements, préparation de chantier etc. Sans parler de l’accumulation des éventuels retards.

Des appartements du privé doivent être forcément réquisitionnés ?

Il est en effet indispensable de s’appuyer sur le secteur privé pour le relogement. Je me suis d’ailleurs rapproché, il y a déjà plusieurs semaines de la Chambre Immobilière Monégasque (CIM) à ce sujet, et je tiens à remercier son président, Michel Dotta, pour son implication et sa solidarité.

L’association propose que des indemnités de relogement temporaire soient versées aux résidents qui parviennent à se reloger par eux-mêmes : que pensez-vous de cette idée ?

C’est une piste intéressante sur laquelle nous travaillons avec les représentants de l’association, et ce n’est pas la seule. La solution ne pourra pas passer par un unique chemin. Là aussi, il faudra que le gouvernement retire ses « œillères administratives » et accepte de considérer que des idées qui ne viennent pas de chez lui peuvent être bonnes. Ce n’est pas toujours facile. Rappelez-vous du projet Ida…

 

journalistSabrina Bonarrigo