Travail dominical « Le gouvernement doit se positionner »

Sabrina Bonarrigo
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Le syndicat de l’encadrement du commerce de Monaco est favorable à une extension de l’ouverture des commerces le dimanche, du 15 juillet au 15 septembre. Une ouverture basée « sur le volontariat », et avec des conditions de rémunération avantageuses pour les salariés.

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l suffit de flâner dans les rues de Monaco le dimanche pour s’en rendre compte. La Principauté n’est pas franchement une destination shopping très prisée… Si les plages sont prises d’assaut, les boutiques, beaucoup moins. Il faut dire que la concurrence voisine est très rude. Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer, Cap 3 000 à Saint-Laurent du Var ou encore Nice Étoile sont désormais ouverts 7 jours/7 et proposent une offre pléthorique. Pour tenter d’insuffler une dynamique commerciale les dimanches d’été à Monaco, le gouvernement a pourtant mis en place un dispositif auprès des commerçants depuis 2006. Ceux qui le souhaitent sont autorisés à ouvrir 7 dimanches au maximum. Cette année, la période va du 9 juillet au 10 septembre inclus. Les autorités leur donnent aussi un coup de pouce financier. Les commerces volontaires bénéficient du remboursement de 75 % des charges patronales pour chaque dimanche ouvert durant cette période, à condition d’ouvrir au minimum 5 dimanches, et d’avoir fait les démarches nécessaires auprès de l’inspection du travail. Un site internet dédié — www.monacosundayexperience.com — a aussi été mis en ligne et recense les commerces, les restaurants et les musées ouverts ce jour-là.

« Déconnecté »

Mais, pour certains, ce dispositif est largement insuffisant et ne répond pas aux besoins des clients et des touristes très nombreux durant l’été : « On ne peut pas être déconnecté à ce point-là du monde qui nous entoure. Il ne faut pas oublier que le client est la priorité. C’est lui qui fait vivre le commerce à Monaco », constatent Cédrick Lanari et Hubert Dupont-Sonneville, qui ont lancé en décembre 2015 le syndicat de l’encadrement du commerce de Monaco (SECM) (voir encadré). Ces deux cadres de Carrefour à Fontvieille se disent donc favorables à une suggestion faite à l’origine par le conseil économique et social (CES) : étendre la période d’ouverture dominicale du 15 juin au 15 septembre. Soit trois mois d’ouverture, au lieu de deux actuellement. Et ce, pour tous les dimanches, sans exception. Pas question pour autant que cette journée soit considérée comme un jour de travail traditionnel de la semaine.

Double ou triple

Pour ce syndicat, des garde-fous doivent être prévus par la loi : le travail le dimanche ne peut se faire que sur « la base du volontariat » du salarié. « Un employé qui, pour des convictions religieuses ou pour préserver son cercle familial, ne souhaite pas travailler le dimanche, doit en avoir tout à fait le droit. Personne ne doit évidemment l’obliger à travailler. » Autre condition sine qua non : la rémunération doit être avantageuse. Eux plaident pour que l’employé soit payé double — avec un jour de récupération — ou triple. « Il faut que, d’une manière ou d’une autre, on sente que le dimanche reste un jour exceptionnel. Et cela exige une rémunération. Le salarié doit y trouver son compte. À Carrefour, par exemple, pendant l’été, les salariés qui travaillent le dimanche sont payés triple. Certaines hôtesses de caisse travaillent ainsi tous les dimanches. Cela représente un demi mois de salaire en plus. »

Une ouverture « à la carte »

Pour le moment, la rémunération autour du travail dominical est un peu floue et surtout laissée au bon vouloir de l’employeur… Rien dans la législation monégasque n’oblige en effet à payer double ou triple un salarié qui travaille ce jour-là. Les dimanches d’été sont considérés comme des jours de la semaine traditionnels. A partir du moment où l’employeur peut accorder deux jours de repos à son salarié, il n’est pas légalement obligé de le payer davantage. Autre constat : la liberté laissée aux commerçants d’ouvrir ou non le dimanche, ne crée pas de dynamique. Résultat, selon les rues ou les quartiers, les passants verront certaines boutiques ouvertes d’autres non. C’est le cas notamment à la galerie commerciale de Carrefour. Si la grande surface sera ouverte 7 jours sur 7 du 24 juillet au 10 septembre, ce ne sera pas forcément le cas des boutiques Camaïeu, Naf Naf, ou Jules, positionnées aux alentours. « Si tout le monde jouait le jeu, cela créera une dynamique. Cette galerie serait pleine le dimanche », estiment ces deux cadres, qui encouragent donc le gouvernement « à se positionner » et à légiférer plus clairement : « Il faut que cela vienne d’en haut, et ne pas laisser uniquement ce sujet entre les mains des commerçants entre eux. Il faudrait aussi que l’ouverture dominicale soit accompagnée d’une campagne de communication aux alentours de Monaco. » Reste à voir si le gouvernement sera sensible aux arguments du SECM et du CES. Et si l’Union des syndicats de Monaco (USM) serait favorable à cette proposition.

 

« La grève, en tout dernier recours »

« Est-ce que l’image du syndicalisme à Monaco peut être uniquement représentée à Monaco par l’USM ? Nous ne le pensons pas. » Pour les deux fondateurs du SECM affilié à la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), pas de doute : « Le pluralisme syndical est salutaire. » Ceux qui se revendiquent « comme un syndicat progressiste ouvert au dialogue », considèrent que la grève et les vuvuzelas doivent être utilisés « en tout dernier recours. Cela ne veut pas dire que l’on n’avance pas sur les dossiers ». Créé en décembre 2015, le SECM a pour vocation de défendre les cadres travaillant dans le commerce. S.B.

Harcèlement au travail : « Libérer la parole »

Un projet de loi sur le harcèlement au travail est actuellement à l’étude au Conseil national. Les élus ont demandé aux deux fondateurs du SECM de donner leur avis sur ce sujet sensible. « Nous avons d’abord été étonnés de voir qu’il n’y avait pas encore de législation spécifique sur ce sujet à Monaco », avouent Cédrick Lanari et Hubert Dupont-Sonneville. Lors de cette commission de travail, les deux hommes ont pu émettre quelques souhaits. Notamment le fait « de pouvoir ester en justice » à la place du salarié qui serait harcelé « car il n’est pas forcément évident d’y aller seul et de se défendre… » Autre suggestion : avant de porter plainte, le SECM estime qu’il serait « judicieux de créer une commission composée d’un représentant du personnel, d’un représentant de la direction et d’un représentant de l’inspection du travail. » Histoire, notamment, d’évaluer si un règlement à l’amiable est envisageable. Une fois la loi votée, ce syndicat encourage aussi à ce que les directions des entreprises communiquent aux salariés l’existence de cette législation « pour libérer la parole ». À noter que le projet de loi à l’étude considère dans son article 2 que le harcèlement au travail « est le fait de soumettre, sciemment et par quelque moyen que ce soit, une personne physique à des actions ou omissions répétées ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale. » Le texte sanctionne aussi le chantage sexuel ainsi que la violence au travail, c’est-à-dire « le fait de menacer ou d’agresser, physiquement ou psychiquement, une personne physique dans le cadre d’une relation de travail. » Inonder un salarié de courriels pendant ses vacances pourrait aussi être intégré dans le texte… « Le harcèlement numérique a en effet été évoqué en commission », expliquent les deux fondateurs du SECM, qui se disent favorables « à un droit à la déconnexion ». S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo