« On y va pour la gagne »

Raphael Brun
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C’est la première candidature en vue des élections de février 2018. Jean-Louis Grinda dirigera la liste Union Monégasque, aux côtés de Bernard Pasquier et de Jean-François Robillon.

Il n’était pas présent, retenu pour des raisons professionnelles. Mais l’élu Union Monégasque (UM) et cardiologue, Jean-François Robillon, a tenu à participer à distance, par téléphone, à cette conférence de presse exceptionnelle, donnée par son groupe politique dans la matinée du 21 juillet. Pour justifier l’annonce de la candidature en tant que tête de liste du directeur de l’opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange, il a estimé que « Jean-Louis Grinda apporte une vision plus moderne du Conseil national. Il a désormais l’expérience de son premier mandat. Il peut nous permettre d’éviter les vieux mammouths de la politique monégasque et les réflexes politiciens que nous avons tous. Il peut nous permettre de faire de la politique autrement. Et surtout, dans l’intérêt général. »

Statu quo

Dénonçant un « surplace » qu’il a jugé « réfrigérant », Jean-Louis Grinda a parlé, sans le nommer, de la possible candidature de l’ex-président du Conseil national et ex-conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri : « Personne ne sort de ses marques. Il y a celui qui dit : « Peut-être que je serai candidat », qui met tout en œuvre pour l’être, mais qui ne s’est pas encore déclaré. Or, ça fait presque 2 ans qu’on suppose qu’il sera candidat… » Et puis, il y a le cas de l’actuel président du Conseil national, l’élu Nouvelle Majorité (NM), Christophe Steiner. « Nous sommes allés le voir en janvier et en février 2017, a raconté Grinda. Nous lui avons dit que s’il faisait une liste, on se rallierait à lui. Le tout, sans aucune condition, si ce n’est un programme politique à mettre en place, bien sûr. Depuis, nous n’avons pas eu la moindre nouvelle. » Estimant que ce statu quo ne pouvait plus durer et que quelqu’un devait bouger le premier, les trois élus UM ont donc décidé de se déclarer.

« Illégalité »

Sans surprise, le programme sera construit autour des prises de positions affichées dans et autour de l’hémicycle, depuis l’élection des trois membres d’UM, en février 2013. Budget, dépenses publiques, retraites des fonctionnaires, sujets de société… UM continuera à défendre aussi l’amendement budgétaire, que ses élus réclament depuis des années. « Notre programme met l’humain au centre de tout, a poursuivi Grinda. Nous voulons aussi changer les rapports avec le gouvernement. On ne peut pas continuer comme ça. » Pour appuyer ce propos, Bernard Pasquier est revenu sur l’exemple du chantier de Testimonio : « C’est un chantier à 400 millions d’euros. Et le conseiller-ministre pour les finances, Jean Castellini, m’a dit que cette opération serait dans le budget lorsque les travaux seront finis. Et si on ne vote pas en faveur de cette opération ? Que fera le gouvernement ? Il faudra tout détruire ? Le gouvernement n’a pas conscience que c’est aux élus du Conseil national de voter, ou non, ces dépenses publiques. Et qu’ils sont dans l’illégalité, car en agissant ainsi, ils vont contre la Constitution. »

Internet

À 57 ans, Jean-Louis Grinda, n’écarte aucune hypothèse, y compris celle d’un échec : « Je ne serai peut-être pas élu. Mais nous profiterons de cette campagne pour continuer à diffuser nos idées. » Et c’est promis : UM dépensera le minimum pour cette campagne. « Ne comptez pas sur nous pour dépenser 600 000 euros et épater tout le monde, a lancé Grinda (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1025). On publiera régulièrement nos comptes de campagne dans la presse. Car les sommes dépensées dans le passé sont indécentes. » Reconnaissant avoir « complètement délaissé » les réseaux sociaux lors de la campagne de 2013, UM devrait largement investir ce secteur cette fois. Le site internet d’UM devrait d’ailleurs publier « sous peu » toutes les interventions publiques des élus, « pour que les gens puissent juger sur pièces ».

« Jupiter »

La liste UM n’est pas complète, ont assuré les trois élus de ce groupe politique. Ils restent donc ouverts à des propositions, en plus de celles qu’ils ont déjà reçues. « Nous n’avons noué d’alliance avec personne. Mais on sait que notre conférence de presse d’aujourd’hui [21 juillet 2017, N.D.L.R.] est attendue par certains. À la rentrée, le moment sera venu de montrer les gens qui nous rejoignent », a ajouté sans plus de précision la tête de liste UM. Lorsque Monaco Hebdo insiste, Jean-Louis Grinda ajoute : « Il y aura des élus actuels, il y aura des gens qui ne sont pas élus… Mais ma candidature ne sort pas de la cuisse de Jupiter. J’ai été sollicité en interne, au Conseil national, mais aussi en externe. » Et l’objectif serait de monter une liste de 24 personnes avec une vraie parité homme-femme, sans que ce « soit une parité gadget. On ne va pas prendre n’importe qui, sous prétexte que c’est une femme », a souligné Grinda, tout en souhaitant s’entourer « de jeunes, car c’est pour eux qu’on travaille. On en a déjà identifié quelques-uns. »

« Régime »

Lucide, Jean-Louis Grinda s’attend à une véritable bagarre et à des débats compliqués : « Cette élection sera difficile. La pente sera très, très dure. Ce sera le Galibier, l’Izoard et l’Alpe d’Huez. Mais si c’était facile, où serait le mérite ? À nous de convaincre. On y va pour la gagne. » Quelle que soit l’issue de cette élection de février 2018, Grinda en est persuadé : « Nos idées aboutiront de toute façon, avec ou sans nous. Notre premier texte de loi sur le contrat de vie commune, déposé en juin 2013, vient d’être voté. Et ce, alors qu’on nous avait dit que c’était impossible… Ce texte est comme l’amendement budgétaire : c’est quelque chose d’inéluctable. » L’occasion pour cet élu de rappeler que l’amendement budgétaire existait déjà au début du siècle dernier avant d’être « supprimé en 1962 » et que « nous n’avons pas changé de régime entre temps ». Avant d’ajouter : « Il nous faut l’amendement budgétaire pour passer à l’âge adulte. Le refuser, c’est vouloir rester infantilisé. »

 

« Une campagne UM sur les idées développées depuis 2013 »

Bernard Pasquier en est persuadé. Pour cet élu UM, les idées de son groupe seraient suffisamment fédératrices pour bâtir une liste solide et remporter les élections de février 2018 : « Notre campagne se fera sur les idées développées par UM depuis 2013. La dynamique vue en France avec Emmanuel Macron, qui a réussi à gagner une élection de manière assez improbable, sur des idées, est très intéressante. » Pour Jean-Louis Grinda, tout est clair : « Nous n’avançons pas masqués. Depuis notre élection en février 2013, les gens nous connaissent. Ils connaissent nos idées. Ils savent ce qu’on veut et ce qu’on défend. » Constitution, rôle du Conseil national, étudiants monégasques à l’étranger, retraite des fonctionnaires « qui doit être garantie »… « Tout ça, ce sont de vrais sujets d’avenir », souligne Grinda, qui promet une campagne apaisée : « De notre côté, cette campagne se fera avec le sourire. » R.B.

 

Les réactions :

Pour le président de l’Union pour la Principauté (UP), Patrick Rinaldi, « Cette annonce n’est pas vraiment une surprise quand on sait la motivation de certains à se mettre en avant ou à s’improviser leader politique. Pour le moment, je ne vois pas d’idées pour les Monégasques. Ces derniers attendent une campagne digne de ce nom avec l’envergure qu’elle mérite pour un Conseil national fort à travers les élections. Il faut souahiter que les candidatures diverses se fassent pour un projet, et non pas contre telle ou telle personne. »

Pour le leader d’Horizon Monaco (HM), Laurent Nouvion, « la tectonique des plaques électorales est en train de se mettre en place. Cela rend le paysage politique plus lisible pour nos compatriotes, et pour les enjeux électoraux à venir. L’assemblage majoritaire a donc volé en éclat en 14 mois. Tout ça pour ça ! »

 

journalistRaphael Brun