Tour de vis sur la sécurité

Sophie Noachovitch
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Depuis l’attentat de la Promenade des Anglais, la Principauté a opéré un renforcement majeur de ses services de police et de surveillance. Aussi bien dans le public que dans le privé, il y a indiscutablement un avant et un après 14 juillet 2016.

Ils font désormais partie du paysage. Ces hommes en noir des différents services de sécurité sont devenus aussi courants dans les lieux publics monégasques que les voitures de luxe garées au pied du Casino. Depuis les événements dramatiques du 14 juillet 2016, Monaco ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé. « La Principauté n’est pas à l’écart et ne peut considérer qu’elle est nécessairement à l’abri de l’acte malveillant ». Cette déclaration du prince Albert II date d’avril 2016 et s’inscrivait dans le cadre de l’étude de la loi sur la préservation de la sécurité nationale. En amont de l’attentat de la promenade des Anglais donc, mais avec bien en tête ceux de Paris. Votée le 6 juillet 2016, cette loi modernise la législation monégasque en termes de sécurité et en particulier certaines lignes du code pénal. Elle comprend plusieurs chapitres relatifs aux terroristes, visant à introduire dans le droit de la Principauté une réponse pénale contres les personnes susceptibles de fomenter des actes terroristes.

Horizon 2020

Dans la foulée, la sûreté publique annonçait son plan à l’horizon 2020. Les effectifs de police sont passés 533 à 543 l’an dernier, accroissant de 8 le nombre de policiers en civils et de 2 les agents du service de renseignements. Le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, a d’ores et déjà demandé une nouvelle augmentation des effectifs. Le gouvernement a en outre renforcé trois domaines depuis les attentats français : la prévention, l’intervention et l’investigation. Patrice Cellario l’expliquait en décembre 2016 : « En parfaite collaboration avec les services de la direction générale, de la sécurité intérieure, la section des informations générales, des études et du renseignement a développé un travail remarquable tenant à identifier les menaces et limiter les risques terroristes en Principauté, développait-il dans Monaco Hebdo n° 995. Cette coopération devrait encore se renforcer en 2017, avec les moyens donnés par la loi portant diverses mesures relatives à la préservation de la sécurité nationale. » Ainsi, la coopération avec les services de sécurité français a notamment été renforcée, avec la possibilité pour l’Unité spécialisée d’intervention et de voie publique (USIVP) d’être renforcée par le Raid français.

Exercice

Les enquêteurs de la sûreté publique, les fonctionnaires de la police technique et scientifique monégasques ont tous été formés aux nouvelles techniques de constatation des scènes en collaboration avec la sous direction anti-terroriste (SDAT) française. Ce travail a été mis à l’épreuve le 3 avril dernier dans un exercice grandeur nature d’attentat. L’auditorium Rainier III avait été choisi comme cadre et 440 personnes ont été mobilisées afin de vérifier que tous étaient à même de réagir en cas d’attaque terroriste.

Contrôles

En Principauté, la Société des bains de mer (SBM) a aussi fortement renforcé ses services de sécurité. Aujourd’hui, impossible de pénétrer dans l’un des établissements de la SBM sans passer au détecteur de métaux et sans voir son sac fouillé. « Dès l’année dernière, après l’attentat, nous avions mis en place une filtration de la place du casino, rappelle Agnès Puons, secrétaire générale de la SBM. Nous avons également réorganisé le stationnement dans certains endroits où l’accès était trop libre comme au Buddha-Bar ou au Sporting d’été. » La SBM a depuis réorganisé son organigramme en termes de sécurité. Dorénavant, la société possède une direction de la sûreté et de la sécurité. Elle a mis l’accent sur la formation de ses équipes de sécurité et l’ensemble de ses personnels. « Ils ont été formés pour avoir les bonnes pratiques et les bons réflexes, indique Agnès Puons. Il s’agit d’apprendre à identifier des individus au comportement inhabituel, comme une personne qui pose beaucoup de questions, etc. »

+ 20 %

Il a aussi été procédé à des recrutements. Le service de sûreté et de sécurité a vu ses effectifs gonfler de 20 % et le nombre d’agents devrait atteindre 130 à la fin du processus de recrutement toujours en cours. « Nous avons créé un métier de surveillant spécial. Ces personnels sont quasiment tous issus d’anciennes forces spéciales », indique la secrétaire générale. L’organisation des événements en extérieur, grosse part de l’activité de la SBM, a également fait l’objet d’un renforcement. « Nous travaillons en collaboration très importante avec la direction de la sûreté publique », insiste Agnès Puons. Un événement comme la F(ê)aites de la danse, le 1er juillet dernier, a mobilisé environ 40 agents de la SBM et 60 agents de sécurité privée. La place du casino et ses abords avaient été entièrement cloisonnés, permettant de créer des points d’accès et des points de contrôle pour les près de 12 000 spectateurs qui ont transité pendant toute la soirée et toute la nuit.

Vidéosurveillance

Bien évidemment, le Grand Prix 2017 a fait l’objet d’une attention tout particulière. Il faut dire que 200 000 personnes ont transité sur les quatre jours de cette 75ème édition et la sécurité a mobilisé 1 500 personnes, soit une augmentation de 30 % des effectifs. Côté police, là aussi, il y a eu un renforcement des effectifs : 330 policiers se trouvaient sur le terrain chaque jour, dont un détachement d’une compagnie de CRS français. Le dispositif comptait également 200 sapeurs pompiers et 850 agents de sécurité. Afin de prévenir tout risque, les 742 caméras de vidéosurveillance de la Principauté constituent un atout non négligeable qui permet aux policiers monégasques de suivre les mouvements de foule en direct en tout point de la principauté en cas d’événement majeur. Si la Principauté table sur un renforcement de la sécurité, il n’est pourtant pas question de s’alarmer. « Je pense qu’il n’y a pas de menace sur la Principauté. Il n’y a aucun signe, aucune information qui permettent de le penser, déclarait en avril Patrice Cellario au moment de l’exercice attentat. Mais il serait criminel de ne pas prendre en compte cette possibilité. »

 

La promenade des Anglais barricadée

20 millions d’euros d’investissement ont été consacrés à la sécurisation de la promenade des Anglais. Afin de protéger ce site emblématique de Nice, la municipalité a lancé voilà six mois un chantier d’importance le long de son littoral. Si à terme, le maire Les Républicains (LR) Christian Estrosi, aspire à rendre « hermétiques » les 4 kilomètres de la promenade, ce sont d’ores et déjà 3 kilomètres qui le sont à ce jour. Le dispositif mis en place a ainsi permis de diviser la promenade des Anglais en 4 zones indépendantes, fermées par des plots. Chacune de ces zones est elle-même séparée de la circulation automobile par d’autres plots et un système de filins anti-intrusion. Ces câbles, utilisés en montagne pour retenir les roches, s’étirent sur deux lignes entre des plots espacés de 10 mètres sur une longueur de 3 kilomètres. Afin de préserver l’image carte postale du site, la mairie a, en outre, fait planter 400 palmiers le long de la Promenade. Celle-ci dispose désormais d’une piste cyclable en site propre et seuls les véhicules autorisés (voitures de nettoyage municipales, livraison) pourront circuler sur la zone piétonne.

 

journalistSophie Noachovitch