Jardins d’Apolline :
l’énorme casse-tête du relogement

Sabrina Bonarrigo
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Bloc après bloc, les 237 appartements des Jardins d’Apolline vont être entièrement rénovés. Pour les services de l’Etat, l’urgence est de trouver des logements-tiroirs pour héberger les familles le temps des travaux. Pas simple.

C’est un dossier qui va occuper — et surtout préoccuper — les services de l’Etat durant encore de longs mois, voire des années… La crise sanitaire aux Jardins d’Apolline est désormais, aussi, entre les mains d’Albert Croési. Le ministre d’Etat, Serge Telle, l’a en effet récemment chargé d’une mission : gérer « l’humain », et traiter ce dossier sensible au cas par cas. « La situation est insupportable pour ces familles de Monégasques, qui, depuis de longs mois déjà, subissent ces désagréments. Je vais donc rencontrer les occupants un à un et essayer de comprendre et d’analyser leurs besoins », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse, le 18 juillet. Il faut dire que les dégâts sanitaires colossaux constatés aux Jardins d’Apolline ont poussé les autorités à prendre des mesures radicales. L’Etat a en effet décidé de rénover et de reconditionner entièrement — et sans exception — les 237 appartements des quatre blocs. Un chantier qui obligera les autorités à reloger toutes les familles le temps des travaux.

4 ans de travaux

Côté calendrier, les choses se précisent. Chaque bloc sera rénové l’un après l’autre et nécessitera chacun, en moyenne, 10 mois de travaux. La rénovation de la dernière tour sera donc achevée « dans trois ans et demi ou quatre ans ». Une soixantaine de familles déménageront « avant la fin de l’année ». Quant aux travaux, ils devraient débuter dans le premier bloc dès le début de l’année 2018. « A la fin du mois de juillet, le département des travaux publics saura nous dire quelle tour sera d’abord déménagée. Ce sera le bloc le plus amoché… », précise Albert Croési, qui assure que tout sera fait pour rendre ces appartements « totalement » et définitivement « salubres ».

Appartements-tiroirs

Pour les services de l’Etat, c’est désormais un énorme casse-tête qui commence : trouver des appartements-tiroirs pour reloger toutes ces familles le temps des travaux. Et ce, sans pénaliser les autres Monégasques — hors Apolline — qui sont déjà en attente d’un logement domanial. Une équation très complexe dans un territoire qui fait face à une « pénurie de logements » selon les mots d’Albert Croési. « Il est encore un peu trop tôt pour dire où ces foyers seront relogés… Mais ce ne sera pas simple, reconnaît-il. Je suis en train de rechercher tout ce qu’il est possible de faire en ville pour éviter d’avoir à piocher dans les programmes immobiliers que l’Etat va livrer en début d’année prochaine. Des Monégasques ont besoin et attendent des appartements depuis longtemps. Il n’est pas question de déshabiller Jacques pour habiller Paul… Si possible, nous allons rechercher des appartements à l’extérieur de ces nouveaux programmes. Il ne faut donc pas affoler les Monégasques qui ont besoin de logements hors Apolline. Une réserve va être maintenue. Le stock n’est pas à zéro. »

Solidarité

Selon Albert Croési des gestes « de solidarité » se mettent aussi en place. « Des personnes m’ont déjà appelé pour m’indiquer qu’elles avaient des appartements disponibles, si besoin. Deux promoteurs immobiliers ont fait la même démarche. » Quant aux Monégasques qui ont des résidences secondaires dans les communes limitrophes, s’ils l’acceptent, ils seront invités à y vivre le temps des travaux. Pas question pour autant de faire de l’angélisme. Albert Croési le reconnaît. Ces travaux créeront forcément des nuisances. Et reloger 237 foyers ne sera pas une mince affaire : « Il n’y a pas de solution idéale. Il y aura bien évidemment des désagréments, et on le sait. Cela va être long, cela va être compliqué. Mais il faudra que tout le monde y mette un peu de bonne volonté… »

 

Des appartements déjà meublés

Pour que le déménagement soit le moins pénible possible pour les locataires d’Apolline, l’Etat a décidé de les reloger dans des appartements déjà meublés. « De façon à ce qu’ils n’aient que leurs effets personnels à transporter avec eux », indique Albert Croési. Les meubles appartenant aux résidents seront mis à l’abri dans des garde-meubles sécurisés et seront remontés dans les appartements une fois ces derniers rénovés. S.B.

La gratuité des loyers garantie

Bonne nouvelle pour le porte-monnaie des locataires d’Apolline. Les résidents relogés ailleurs, le temps des travaux, n’auront pas à payer de loyer. Rappelons qu’en raison de la non-potabilité de l’eau, une gratuité de trois mois leur a déjà été accordée. Une fois que ces trois mois seront passés, les locataires qui sont maintenus aux Jardins d’Apolline paieront 50 % de leur loyer. S.B.

Sortir d’une « démagogie monégasco-monégasque »

Les entreprises responsables de ce fiasco aux Jardins d’Apolline n’ont pas été nommément citées lors de la conférence de presse. En revanche, Albert Croési, ancien délégué à la cellule de veille pour la priorité nationale, n’a pas hésité à pousser un petit coup de gueule : « J’ai défendu la priorité nationale pendant longtemps. Je continuerai à la défendre. Mais il ne faut pas que ce soit au détriment de la qualité et du travail bien fait. Il y a une vraie prise de conscience à avoir. Qu’est-ce que l’on veut ? Du bon boulot ? Ou l’on veut uniquement aller dans une démagogie monégasco-monégasque ? ll faut tirer une leçon de tout cela. Le gouvernement et le Conseil national doivent en prendre la mesure. Il est temps de faire travailler les meilleurs et de viser l’excellence. » Sans doute une pique adressée à l’entreprise monégasque Squarelectric, qui a réalisé les réseaux de distribution d’eau… S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo