Une performance de graffiti, “live”

Sophie Noachovitch
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Neuf artistes dont le talent est né dans la rue, s’illustreront en direct et devant le public les 15 et 16 juillet sur le port Hercule.

« C’est toujours à l’artiste de se remettre en question et de ne pas se rendre les choses trop faciles », Christoph Häßler, alias Stohead, n’est pas effrayé par le thème de la protection des océans proposé pour la première édition de l’Urban painting around the world (UPAW), une performance artistique en direct (1). Au contraire. « Je cherche toujours un moyen d’emmener le thème vers mon style, des lettres brutes à ce que j’appelle l’abstraction écrite. » Cet artiste allemand de 44 ans est en effet un graffeur spécialiste de la calligraphie urbaine. Stohead est l’un des 9 artistes que l’on pourra voir sur le quai Albert Ier, les samedi 15 et dimanche 16 juillet. Sur des toiles de grande taille (une de 6 fois 2 mètres ou trois de 2 fois 2 mètres) mises à leur disposition, ils devront s’illustrer sur le thème de la protection des océans. « C’est une thématique dont ils n’ont pas l’habitude, précise William Speerstra, de la galerie suisse Speerstra Gallery qui travaille avec ces 9 artistes. C’est un challenge qu’ils ont tous accepté. Ils ont plutôt l’habitude de travailler avec leur propre style. Mais là, ça les fait sortir de leur zone de confort. »

Urban-painting-around-the-world-(UPAW)-Stohead-(Allemagne)

Stohead © Photo DR

Urban-painting-around-the-world-(UPAW)-oeuvre-de-Stohead

« Impact »

Inspiré par la force des mots, Stohead les trace depuis l’âge de 14 ans sur les murs de sa ville d’origine, Shwäbisch Hall. Comme beaucoup d’autres graffeurs, il a commencé dans la rue. « Beaucoup ont travaillé sur les parois du métro, ils ont même eu quelques problèmes…, contextualise William Speerstra. Mais ils ont payé ce qu’ils ont fait à la société. Ils ont aujourd’hui 40-45 ans, ils se sont assagis. » De fait, si Stohead, habitant de Berlin désormais, confie conserver un lien avec la rue, comme beaucoup d’autres, il s’exprime principalement sur toile. « Le graffiti est toujours là. Et il est là où il appartient : dehors. Je ne parle plus de graffiti quand ça quitte la rue, même si l’origine est évidemment visible dans le style artistique. » Ce graffeur estime que chaque artiste doit, à un moment donné, trouver la bonne manière de « traduire » son graffiti de la rue vers l’intérieur, vers la toile. « Je ne savais pas que ça deviendrait mon travail, se souvient-il. Mais je ressentais un besoin énorme de pratiquer le graffiti, parce que cela avait un gros impact sur moi. »

« Freestyle »

Les 15 et 16 juillet, c’est avec plaisir que Stohead participera à l’UPAW. « C’est toujours bon d’avoir une capacité de “freestyle” en peignant en public, c’est-à-dire de réaction, parce que vous devez toujours régler des problèmes durant le travail sur la toile, comme la météo par exemple, décrit Christoph Häßler. Pendant le processus, vous avez besoin de vous concentrer sur le travail, comme si vous étiez devenu aveugle à la présence du public, mais une fois terminé, j’adore m’imprégner des impressions du public. » Car tout le but de cette expérience est de permettre une interaction entre le public et les neuf artistes. Ils créeront ainsi pendant deux jours. Les toiles seront ensuite vendues aux enchères et les profits seront reversés à la fondation Albert II.

(1) Urban painting around the world (UPAW) aura lieu samedi 15 et dimanche 16 juillet à partir de 10h et toute la journée. Dimanche 16 juillet, les 9 artistes, Alex Kuznetsov (Russie), Blancbec (Belgique), Etnik (Italie), Jazi (Suisse), John CRASH Matos (Etats-Unis), Mr Oneteas (Monaco), Mist (France), Sozyone (Espagne), Stohead (Allemagne) devront avoir terminé leurs œuvres à 16h, afin de permettre à la vente aux enchères organisée par Artcurial de se tenir. Cet événement se déroulera sur le quai Albert Ier, sur le port Hercule. UPAW est organisé par William Speerstra de Speerstra Gallery et de la Wizart Agency, ainsi que WSM Events.

journalistSophie Noachovitch