Pêcher à Monaco : un vrai luxe ?

Anne-Sophie Fontanet
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Jusqu’en avril 2018, il sera interdit de pêcher sur la digue de Fontvieille. En cause : une pollution importante, notamment due à une pêche de loisir non réglementée. Les autorités espèrent que l’année écoulée permettra aux fonds marins de se refaire une santé.

Les espaces pour les pêcheurs se réduisent comme peau de chagrin en Principauté. Avec l’interdiction de pêche décrétée depuis mai sur la digue de Fontvieille, les amateurs de la discipline perdent l’un de leurs “spots” favoris. L’annonce n’a d’ailleurs pas particulièrement été bien accueillie par les aficionados qui ne la comprennent pas toujours. Pourtant, les arguments qui expliquent cette interdiction sont nombreux. « En octobre 2016, on a retiré 400 kg de déchets dans les roches naturelles de Saint-Nicolas », explique Raphaël Simonet, chef de la division patrimoine naturel à la direction de l’environnement. La zone, constituée de murs verticaux situés de 12 à 35 mètres sous la surface de l’eau, regorge d’espèces patrimoniales protégées. Gorgone, éponge, anémone y côtoient mérou, corb, daurade, rascasse et même barracuda. Pas étonnant que le spot soit réputé à l’échelle européenne pour les pélagiques. Il ne serait pas rare d’y rencontrer des pêcheurs venus spécialement d’Espagne ou d’Allemagne. « Notre grosse problématique, c’est une pêche quotidienne non réglementée » réagit Raphaël Simonet.

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© Photo Direction de la Communication

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L’an dernier, outre les fils en plomb ou en nylon, les plongeurs ont remonté un skateboard et de très nombreux pneus. © Photo Direction de la Communication

Pollution

Sous l’eau s’est formé un amas de fil de pêche « comme une grosse toile d’araignée ». L’an dernier, outre les fils en plomb ou en nylon, les plongeurs ont remonté un skateboard et de très nombreux pneus. « Comme les lieux de pêche se sont réduits, les amateurs se sont concentrés ici », résume Simonet. Et avec comme seule réglementation un code de la mer obsolète qui date de 1998, les autorités n’ont pas trouvé d’autres solutions que de fermer la zone jusqu’en avril 2018. « Notre objectif n’est pas d’interdire, mais d’accompagner, corrige Estelle Julien, administrateur à la direction des affaires maritimes de Monaco. On souhaite instaurer de bonnes pratiques de pêche en mer. On a encore des espaces de vie aquatiques qui sont beaux. L’impact sera réel, c’est une certitude. » Car la présence de nombreux déchets empêche les espèces de vivre correctement, alors qu’elles ont mis des années à s’installer. La direction des affaires maritimes compte bien profiter de la remise en route depuis mars par cinq jeunes du pays de la Fédération monégasque de pêche (FMP).

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© Photo Direction de la Communication

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« On souhaite instaurer de bonnes pratiques de pêche en mer. On a encore des espaces de vie aquatiques qui sont beaux. L’impact sera réel, c’est une certitude. » © Photo Direction de la Communication

« Education »

Cette « bande de potes », âgés de 25 à 27 ans, développe une vision de la pêche en parfaite adéquation avec la philosophie prônée par le Prince Albert II. « On espère remodeler la pêche à Monaco et proposer une autre approche de la pêche sportive » assure David Gamba, le responsable de la FMP. Selon ce Monégasque qui opère comme guide pour l’observation des cétacés dans le sanctuaire Pelagos, « le pêcheur du 21ème siècle » pourrait se révéler un très bon relai pour les scientifiques. « Le pêcheur récréatif est plus souvent sur l’eau que le scientifique. Il pourrait participer aux campagnes de marquage des thonidés, espadons ou autres pélagiques. La pêche sportive est un allié du scientifique », considère-t-il. Avec ses amis, il élabore un guide des bonnes pratiques que la FMP compte ensuite distribuer à tous ses adhérents. « L’interdiction de pêche aurait pu être évitée si une éducation avait été proposée à la base. On doit rappeler aux gens qu’ils se trouvent à côté d’un environnement sauvage. » Pour autant, compte tenu du niveau de pollution observée sous l’eau qui nécessitera une nouvelle plongée en septembre 2017, David Gamba se dit en faveur de l’interdiction. La fédération mise sur la pédagogie pour faire émerger de meilleurs comportements comme une bonne connaissance des périodes de reproduction et une prise de conscience autour du matériel utilisé, pas toujours respectueux de l’environnement.

« Voie »

D’ici peu, la FPM pourrait même mettre en place des compétitions de pêche sportive à Monaco. « On doit changer l’image négative que véhicule la pêche qui va utiliser des moyens invasifs » observe ce passionné, adepte de la pratique connue sous le nom de Catch and Release. « On est sur la bonne voie, assure le jeune homme. Ce sera très facile à contrôler finalement car c’est très petit ici. » Environ 1 000 à 2000 pêcheurs seraient présents chaque année sur les spots de pêche monégasques. A la FPM de tenter de les fédérer pour leur donner la possibilité d’exercer leur loisir de meilleure façon et encadrée. A l’heure actuelle, pour pêcher à Monaco, il ne reste plus que le côté extérieur de la nouvelle digue ainsi que les côtes rocheuses du fort Antoine avec le Solarium — cependant fermées durant toute la saison estivale sur la zone de baignade — pour la pratique de la pêche de loisir de bord. Pêcher à Monaco, ça se mérite !

 

journalistAnne-Sophie Fontanet