Terre de Monaco, un an après

Raphael Brun
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Lancée en avril 2016, Terre de Monaco est devenue en une année la plus grande exploitation urbaine privée du monde, avec 1 400 m2 de maraîchage. Explications.

On avait quitté Jessica Sbaraglia en avril 2016. Cette jeune chef d’entreprise suisse, née le 20 février 1988, venait alors de lancer son entreprise, Terre de Monaco. Avec un objectif à la fois simple et ambitieux : créer des jardins partout où c’est possible, sur les toits des immeubles de la Principauté. Pour financer une partie de ses frais, une campagne de crowdfunding bouclée en juin 2016 avait permis de lever 26 550 euros, soit 1 550 euros de plus qu’espéré. Un an après, où en est Terre de Monaco ?

Production

« Nous avons actuellement 1 400 m2 de maraîchage à Monaco (voir notre encadré par ailleurs). Ce qui fait de nous la plus grande exploitation urbaine privé du monde, sur un des plus petit pays au monde. C’est très paradoxal, non ? », sourit Jessica Sbaraglia. Le principe est toujours le même : pour les surfaces de moins de 100 m2, Terre de Monaco aménage le toit avec des bacs, un système d’arrosage solaire et programmable… Sans oublier, bien sûr, la plantation de fruits et légumes issus de la filière bio. L’équipe de Jessica Sbaraglia assure l’entretien pour 30 à 60 euros selon l’intervention et la récolte est remise au propriétaire. Au-delà de 100 m2, si le client finance là encore l’aménagement, les récoltes sont ensuite revendues sous la forme de paniers garnis. Le client profite des paniers de fruits et légumes et ne verse la plupart du temps aucun frais pour l’entretien. La vente des fruits et légumes se déroule pour l’essentiel dans les potagers, le restant étant écoulé auprès de quelques restaurants ou à des particuliers. « Nous produisons nous-même tous les plants dont nos potagers ont besoin et nous proposons ses plants aussi à nos clients au marché de la Condamine le mercredi, le samedi et tous les jours chez BricoCenter », ajoute Jessica Sbaraglia. Et peu à peu, la production décolle : « Actuellement, nous produisons 0,5 à 1 kg de fruits ou légumes tout confondu par m2 et par mois. » Car bien sûr, il y a des pertes : « Pour la culture faite selon les valeurs du bio, il faut compter au moins 10 à 15 % de produits perdus, soit mangés par les insectes, soit détruits par les maladies plus fréquentes dûes à l’embrun marin. Comme l’oidium, un champignon qui n’est pas nocif pour l’humain, mais ravageur pour les plantes », explique Jessica Sbaraglia. Du côté de la tour Odéon, huit poules et quatre ruches ont été installées, en plus d’un potager.

Potager-Tour-Odeon-@-Terre-de-Monaco Potager-Hopital-CHPG-@-Terre-de-Monaco

Cocktails

Depuis quelques temps, Terre de Monaco travaille aussi avec l’Education nationale. « Six ou sept écoles de la Principauté seront concernées par nos cours d’ici la prochaine année scolaire », indique la fondatrice de Terre de Monaco. Pour doper son chiffre d’affaires, de nouveaux services ont été lancés, comme la tour d’aromates roulante pour les restaurants et les bouquets de légumes pour les événements. Aujourd’hui, les cours de jardinage, les conférences et les cocktails autour de ces potagers représentent environ 15 % du chiffre d’affaires de cette jeune entreprise. Quant aux effectifs, ils s’étoffent. En plus de la fondatrice-maraîcher, un maraîcher-pépiniériste spécialiste de la production de plants a rejoint Terre de Monaco. Et d’ici la fin de l’année, deux autres embauches devraient avoir lieu : un maraîcher et un ouvrier agricole. « Nous avons une progression de + 72 %. Un chiffre positif, mais qui vient également du fait que nous partons d’une feuille blanche. Nous arrivons progressivement à l’équilibre. Cela reste néanmoins une année avec beaucoup d’investissements de départ, qu’il faut donc gérer avec beaucoup d’attention. En outre, nous avons su nous adapter et répondre aux besoins, tout en maintenant des prix compétitifs », estime Jessica Sbaraglia.

Jessica-Sbaraglia-Nos-poules-@-Terre-de-Monaco

« Culture »

Sans communiquer de chiffre précis, l’objectif est d’atteindre l’équilibre financier en 2017. 2018 devrait être une année de consolidation, avant d’espérer générer des bénéfices en 2019. Derrière Terre de Monaco, « il y a un seul investisseur, mais il souhaite rester anonyme », ajoute la directrice de Terre de Monaco. « Nous n’avons pas de frais de stockage, ni d’emballage, ni de transport. Mais notre culture n’est pas mécanisée, donc le coût de la main d’oeuvre est plus élevé. De plus, nous veillons à ce que nos potagers soient, en plus d’être de haute qualité gustative, également agréable visuellement. Cela demande donc beaucoup de travail… », souligne la responsable de Terre de Monaco. En tout cas, pour 2018, les objectifs sont déjà affichés. Il s’agira de « pérenniser notre charte de grande qualité, de dénicher encore plus de m2 à cultiver, de continuer notre contribution à l’éveil éducatif, de développer l’aménagement de potager pour les particuliers, et enfin, de stabiliser l’équipe de travail », glisse Jessica Sbaraglia qui garde un œil sur le salon de la gastronomie de Monte-Carlo. Un salon auquel elle pourrait participer dans les années à venir, afin de pouvoir mettre en valeur son savoir-faire et les produits de Terre de Monaco auprès des milliers de visiteurs que draine ce salon chaque année. Autre objectif : « 1 000 m2 » de jardins supplémentaires pour 2018 « sur Monaco ou sur les communes limitrophes », précise la fondatrice de Terre de Monaco. Histoire d’asseoir un peu plus son tout nouveau statut de plus grande exploitation urbaine privée du monde.

 

Un an de Terre de Monaco en chiffres

• Juin 2016 : 30 m2 de jardin à la fondation Prince Albert II de Monaco.

• Juillet 2016 : 400 m2 de jardin sur le toit de la conférence du Casino au Monte-Carlo Bay.

• Octobre 2016 : 300 m2 de jardin au pied de l’immeuble Escorial, (le potager le moins accessible, nous avons donc axé sur des fruits rouges surtout comme framboises, mûres, myrtilles et groseilles).

• Avril 2017 : 250 m2 de jardin au pied du Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG), avec 50 m2 de fraisiers inclus.

• Juin 2017 : 450 m2 de jardin au pied de la tour Odéon, avec en plus 30 fruitiers, 7 poules et 4 ruches.

Source : Terre de Monaco.

 

journalistRaphael Brun