Jumping de Monaco
« C’est un sport de notre temps »

Raphaël Brun
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La 12ème édition du jumping de Monaco se déroule du 23 au 25 juin sur le port Hercule. Monaco Hebdo explique comment tout a commencé et comment tout, ou presque, a changé, depuis les débuts, en 1995.

C’est une rencontre avec Marie-Pierre Gramaglia et le cavalier belge Éric Wauters qui a conduit à la création d’une fédération monégasque de sports équestres. « Éric m’a expliqué que pour créer un jumping à Monaco, il fallait au préalable lancer une fédération équestre en Principauté. C’est ce qu’on a fait », raconte celle qui la dirige depuis 22 ans, Diane Fissore. La fédération équestre de Monaco (FEM) est agréée par la fédération équestre internationale (FEI) et, quelques mois après seulement, le premier jumping a lieu. On est en 1995. Depuis, « tout a changé », confie Diane Fissore : « On ne parle plus du même sport ». Le nombre de cavaliers, la qualité des chevaux… « Tout est devenu beaucoup plus professionnel. Tout doit être parfait. L’à peu près n’a plus sa place. À l’époque, c’était un peu artisanal. Les chevaux d’il y a 20 ans auraient sans doute du mal à sauter les obstacles d’aujourd’hui », poursuit la présidente de la FEM. Les sommes en jeu, elles aussi, ne sont plus les mêmes. Aujourd’hui, la dotation globale pour le jumping de Monaco se monte à 715 000 euros. Et les chevaux sont traités comme des athlètes.

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© Photo Stefano Grasso/LGCT

« Génération »

Depuis les débuts, en 1995, il a donc fallu grandir et sans cesse s’adapter à cette professionnalisation du circuit. Mais aussi faire face à l’actualité, de la fièvre aphteuse aux grèves de routiers. « Cette année, nous n’avons pas réussi à modifier la date de notre compétition, car le calendrier international est très serré, soupire Diane Fissore. Du coup, le temps réservé au montage de ce jumping est court. Ce qui rend la tâche un peu plus compliquée. » Mais au final, cette édition 2017 semble sur de bons rails. De grands noms sont attendus en Principauté. Notamment les Allemands Christian Ahlmann et Daniel Deusser, mais aussi les Français Roger-Yves Bost, Simon Delestre et Pénélope Leprévost. Ou encore le Britannique Scott Brash et l’Italien Alberto Zorzi. « Zorzi est un génie !, s’exclame la présidente de la FEM. C’est le cavalier du Néerlandais Jan Tops. Il n’a que 28 ans, mais il a une dextérité et une finesse incroyable. Cela faisait très longtemps qu’il n’y avait pas eu un aussi bon cavalier italien. » Parmi les quelques pays qui dominent cette discipline, on peut citer la France, l’Allemagne, la Hollande et la Belgique. Quelques enfants de personnalités seront aussi en piste à Monaco, comme, par exemple, Jessica Springsteen, la fille de la star du rock, Bruce Springsteen. Jennifer Gates, la fille de Bill Gates, l’ex-patron de Microsoft ou bien Athina Onassis de Miranda, la fille de Christina Onassis. Les favoris ? Daniel Deusser, John Whitaker ou Denis Lynch pourraient briller. Mais tout reste ouvert. « On est passé d’une génération à une autre. Désormais, on a beaucoup d’enfants de cavaliers qui ont pris le relais des parents. Il y a par exemple le Belge Nicola Philippaerts, 23 ans, qui est le fils de Ludo Philippaerts, 53 ans aujourd’hui », ajoute Diane Fissore.

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© Photo Stefano Grasso/LGCT

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© Photo Stefano Grasso/LGCT

« Dopage »

Cette année, l’une des épreuves, la Global Champions League, affiche un nouveau règlement. Ce sont désormais 18 équipes composées de cinq cavaliers de pays différents qui s’affrontent sur deux jours. « Ce n’est pas un sport conservateur, il s’adapte au fil du temps. Mais ce qui est mis en avant aujourd’hui, c’est le bien-être de l’animal. D’ailleurs, la FEI est extrêmement pointilleuse sur cette question, tout comme sur le dopage », souligne la présidente de la FEM. Pendant la compétition, les commissaires vérifient à peu près tout, y compris sous les guêtres et les bandes des chevaux. « Tous les vainqueurs sont systématiquement contrôlés, avec une prise de sang. La chaleur des jambes des chevaux est mesurée, pour vérifier que rien n’a été mis dessus. » Il faut dire que dans le milieu, tout le monde a en mémoire l’affaire du cobalt qui éclabousse depuis le printemps 2016 l’entraîneur français Fabrice Souloy (1). Il y a environ un an, le 16 juin 2016, à Oslo, en Norvège, trois de ses chevaux sont contrôlés positifs au cobalt : Your Highness (1er), Lionel (6ème) et Timone Ek (1er). Toujours en Suède, dans l’Elitloppet 2016, une course de trot attelé qui se déroule sur l’hippodrome de Solvalla, c’est Un Mec d’Heripre (3ème) qui est positif. En juillet 2016, Lover Face subit le même sort, à Cabourg cette fois. Dans un communiqué, le Trot a indiqué que Fabrice Souloy était suspendu un an à partir du 2 janvier 2017, tout comme quatre autres entraîneurs, tout en insistant sur la rareté de ces faits : « En 2015, seuls 38 cas (soit 0,2 % du nombre total des prélèvements) ont révélé la présence d’une substance prohibée (un seul cas avec une substance de catégorie II). » Interdit d’entraîner pour toute la saison 2017 en France, Fabrice Souloy doit désormais faire face à une demande de suspension à vie formulée par les autorités scandinaves. Une amende de 250 000 couronnes norvégiennes (environ 26 000 euros) a aussi été réclamée. Les avocats de Souloy ont demandé sa relaxe, en contestant notamment les méthodes d’analyses utilisées dans ce dossier. Si le procès de cet entraîneur français s’est tenu le 31 mai en Norvège, la décision du tribunal a été mise en délibéré et devrait être connue dans les semaines qui viennent. Interdit par les règlements internationaux, le cobalt faciliterait la production de globules rouges et aurait des effets similaires à ceux de l’EPO. Il améliorerait donc la performance.

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© Photo Stefano Grasso/LGCT

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© Photo Stefano Grasso/LGCT

Télévisions

Médiatiquement, les sports équestres semblent en tout cas séduire les téléspectateurs. Le jumping de Monaco sera diffusé par Eurosport, pendant que la chaîne spécialisée Equidia couvrira également cet événement. « Cette année, une télévision tchèque devrait nous suivre aussi, rapporte Diane Fissore. Nous sommes aussi diffusés par des chaines du Moyen-Orient, car leurs téléspectateurs adorent les sports équestres. Enfin, nous diffusons un direct sur internet, un “live stream” qui rencontre beaucoup de succès. » Il faut dire que le nombre de pratiquants continue d’augmenter, notamment en France, où il a enregistré un bond de 374 % entre 1984 et 2014, passant de 145 071 à 689 044 (voir notre encadré, par ailleurs). « En France, la fédération d’équitation est tout simplement la troisième fédération en nombre de pratiquants, juste derrière le football et le tennis. En Suède, c’est l’un des tous premiers sports. Globalement, le nombre de concours explose, avec parfois 900 à 1 000 chevaux », ajoute la présidente de la FEM. Capable de séduire des enfants à des personnes de plus de 70 ans, le monde équestre est aussi un sport qui plaît aux femmes. « Souvent, il y a dans les clubs plus de filles que de garçons. C’est aussi un sport dans lequel la femme est l’égale de l’homme. C’est un sport féministe. C’est un sport de notre temps… », souligne Diane Fissore. Pourtant, à très haut niveau, on trouve encore une assez large majorité d’hommes. « Je pense que c’est essentiellement dû au mode de vie qui est très difficile. Parce qu’on est toujours dans un avion ou dans un hôtel. Du coup, tout cela n’est pas très compatible avec une vie de famille, surtout lorsqu’on a des enfants », estime la présidente de la FEM. Faut-il voir dans ces chiffres à la hausse une ouverture sociale, pour un sport qui doit encore composer avec l’image d’une discipline réservée aux plus riches ? « Ce sport s’est démocratisé. Dans les clubs, dans les poney clubs, il est possible de monter à cheval. Après, bien sûr, tout n’est pas accessible à tout le monde… Mais même avec peu de moyens, on peut s’amuser avec un bon cheval et aller dans des concours tous les week-ends. Chacun fait les choses à son niveau », répond Diane Fissore. Pour le (très) haut niveau, ce sera du 23 au 25 juin, du côté du port Hercule.

(1) Toutes les personnes citées dans cet article sont présumées innocentes, jusqu’à leur jugement définitif.

 

Le Jumping de Monaco 2017 en chiffres

• 80 cavaliers pro et amateurs

• 1 100 tonnes de sable

• 60 camions

• 210 chevaux sur le port

• 100 ballots de foin

• 1 300 ballots de copeaux

• 20 fournisseurs

• 100 personnes dédiées

• 10 000 visiteurs sur 3 jours

• 715 000 euros dotation globale

• 589 nuitées réservées

• 15 épreuves sur 3 jours

• 2 025 m2 les dimensions de la piste

Source : organisation officielle du jumping de Monaco.

 

Jumping de Monaco : le palmarès

2016

Emanuele Gaudiano – Caspar 232 (ITA)

Piergiorgio Bucci – Casallo Z (ITA)

Rolf-Göran Bengtsson – Casall Ask (SUE)

2015

Scott Brash – Hello M’Lady (GBR)

John Whitaker – Argento (GBR)

Emanuele Gaudiano – Admara 2 (ITA)

2014

Bassem Hassan Mohammed – Victoria (QAT)

Rolf-Göran Bengtsson– Casall ASK (SWE)

Cameron Hanley – Living the dream (IRL)

2013

Richard Spooner – Cristallo (USA)

William Funnel – Billy Congo (GBR)

Edwina Tops-Alexander – Guccio (AUS)

2012

Kevin Staut – Rêveur de Hurtebise HDC (FRA)

Hans-Dieter Dreher – Embassy II (GER)

Abdelkebir Ouaddar – Porsche du Fruitier (MRC)

2011

Rolf-Göran Bengtsson – Casall La Silla (SWE)

Christian Ahlmann – Taloubet Z (GER)

Rodrigo Pessoa – Let’s Fly (BRE)

2010

Bernardo Alves – Bridgit (BRE)

Jessica Kürten – Castel Forbes Libertina (IRL)

Jos Lansink – Cavalor Valentina Van T Heike (BEL)

2009

Richard Spooner – Cristallo (USA)

Alvaro de Miranda Neto – AD Picolien Zeldenrust (BRE)

Rodrigo Pessoa – Let’s Fly (BRE)

2008

Richard Spooner – Cristallo (USA)

Marcus Ehning – Vulkano (GER)

Ulrich Kirchhoff – Carino (FER)

2007

Jessica Kürten – Castel Forbes Libertina (IRL)

Jeroen Dubbeldam – BMC Nassau (NED)

Robert Whitaker – Lacroix 9 (GBR)

2006

Ludo Philippaerts – Parco (BEL)

François Mathy Jr. – Ivoire de Rouet (BEL)

Richard Davenport – Nelson Z (GBR)

journalistRaphaël Brun