L’ouvrier de l’Océanographie
de retour

Sophie Noachovitch
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Yvan Griboval a bouclé, vendredi 2 juin, un tour du monde en solitaire à bord de l’OceanoScientific Explorer. Il a été accueilli en grande pompe par le Prince Albert II.

Les plus heureux de le retrouver étaient probablement ses triplés, âgés de 10 ans, Quentin, Malo et Léa. Vendredi 2 juin, dans la matinée, la voile de l’OceanoScientific Explorer Boogaloo a fendu l’air du port Hercule avant de s’amarrer devant le Yacht Club de Monaco (YCM). Comme le veut la tradition, c’est le Prince Albert II qui a tendu le boot d’amarrage à l’aventurier de l’océan austral, après l’avoir conservé depuis son départ, six mois plus tôt, le 17 novembre 2016.

Chants

Après 152 jours exactement soient 35 230 miles nautiques ou 65 246 km, Yvan Griboval, journaliste, skipper d’usine et coureur au grand large, est revenu à Monaco. Il a suivi le courant circumpolaire antarctique qui draine l’Océan au sud des trois grands caps continentaux : le cap de Bonne Espérance, le cap Leeuwin et le cap Horn. Soit l’une des zones les plus hostiles au monde. Mais vendredi 2 juin, c’est à « l’accueil magique » qui lui est réservé qu’Yvan Griboval pense en premier. Les écoliers monégasques lui avaient en effet préparé chants et hourras pour son retour. Celui qui se qualifie d’« ouvrier de l’océanographie », dont le travail a été salué par le Prince, était heureux de mettre pied à terre, même s’il confiait par téléphone, quelques jours avant son retour, penser déjà à son prochain voyage. « Lorsque j’ai dépassé le cap Horn, je me suis écroulé en larmes, confiait-il alors. Je me suis aperçu qu’en quittant le cap Horn, c’était déjà la fin du voyage. J’ai craqué d’avoir vécu si intensément le voyage. »

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© photo Monaco Hebdo

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© photo Monaco Hebdo

Inspiration

Il faut dire qu’il revient de loin. Pour que cette aventure fonctionne, il aura fallu près de 10 ans de travail à Yvan Griboval. Tout commence par une inspiration très monégasque. Lorsqu’il lit La Carrière d’un navigateur du Prince Albert Ier, il décide de faire comme lui, d’aller explorer des zones où nul n’est encore jamais allé. Pour lui, il n’y a pas de doute, ce sera l’océan austral, car les conditions y sont si difficiles qu’aucun scientifique n’y est jamais allé. Et pour cause, jusqu’à présent, aucun matériel ne pouvait supporter les températures et la violence extrêmes de l’océan. Mais cela n’allait pas l’arrêter. D’autant plus qu’un autre livre, celui de Bernard Moitessier La Longue route : seul entre mer et ciel l’habite depuis son adolescence et le pousse vers une aventure en solo.

Surprises

C’est armé de ces deux volontés qu’il rencontre des scientifiques mais aussi des spécialistes des matériels de bord. Avec eux, il développe l’OSC System. Par le biais d’un ensemble de capteurs sur la coque et sur la voile, l’appareillage peut relever des centaines de milliers d’informations. Pendant six mois, ces capteurs ont effectué des relevés toutes les 6 secondes transmis toutes les heures aux scientifiques partenaires de l’aventure : l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), le Centre national de recherche scientifique (CNRS) et Météo France Des sondes autonomes sont aussi placées sur la coque et Yvan Griboval a relevé des échantillons d’eau toutes les 12 heures. Si un gros travail d’analyse doit désormais être fait à partir de ces informations, le navigateur promet d’ores et déjà de belles surprises.

« Salinité »

Mais le voyage en lui-même constitue une superbe aventure qui s’est passée sans quasiment aucun accro. « Aujourd’hui, j’ai trois motifs de fierté, insiste le navigateur. J’ai réalisé mon rêve, j’ai atteint l’objectif scientifique professionnel avec du matériel qui a fonctionné, et enfin, mon bateau est encore mieux que lorsque j’ai commencé le voyage. Il n’a subi aucune avarie. » En réalité, ce serait plutôt le matériel scientifique qui a causé du souci au capitaine de l’OceanoScientific Explorer. « J’ai dû faire un arrêt à Carthagène, puis à Cape Town. Un capteur essentiel, celui de la température de salinité ne fonctionnait pas. C’est le plus important à bord, décrit Yvan Griboval. Il s’avère qu’il était monté à l’envers ! » Par téléphone un technicien lui explique la manœuvre à suivre et il parvient enfin à le faire fonctionner. L’aventure se poursuit sans problème, mais un troisième arrêt est néanmoins nécessaire à Rio de Janeiro. Le pilote automatique du navire ne fonctionnait plus. Après 9 jours de navigation sans, Yvan Griboval décide de s’arrêter pour le faire réparer, avant de repartir et boucler la boucle. Dorénavant, il n’a plus qu’à se reposer et penser à son futur voyage. Car Griboval confie se sentir plus à son aise en mer que sur terre. « Je m’y plais, cela ne s’explique pas. A cet endroit, la vie est exactement ce qu’elle devait être il y a des milliers d’années. »

 

journalistSophie Noachovitch