Culture Sélection de mai

Raphael Brun
-

Nocturnal-Animals

Nocturnal Animals

de Tom Ford

Ennui. Sur le plan matériel, elle a tout ce qu’il faut pour être heureuse. De l’argent, un métier de galeriste qu’elle aime, une belle maison et une jolie voiture. Mais son mari la délaisse. Alors Susan Morrow s’ennuie. Un jour, elle reçoit un manuscrit de son ex-compagnon, Edward Sheffield, qu’elle n’a plus vu depuis très longtemps. Elle se plonge dans la lecture de ce livre qu’il lui a dédicacé. Un livre dans lequel Edward se met en scène pour lui adresser un message. Après A Single Man (2009), l’ancien styliste de Gucci, Tom Ford, signe un second film très soigné esthétiquement. Un peu artificielle, l’imbrication des histoires fonctionne, même si la répétition des allers-retours réalité-fiction n’est pas toujours légère. À l’arrivée, Nocturnal Animals est un objet (très) propre, peut-être un peu trop pour parvenir à susciter une quelconque émotion.

Nocturnal Animals de Tom Ford, avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon (USA, 2017, 1h57), 19,99 euros (DVD ou blu-ray).

 

Dans-la-foret

Dans la forêt

de Gilles Marchand

Suède. Tourné dans de grandes et belles forêts suédoises, le troisième long-métrage de Gilles Marchand a une nouvelle fois bénéficié de l’apport de Dominik Moll pour l’écriture. Après Qui a tué Bambi ? (1987) et L’Autre Monde (1993), Dans la forêt est un habile film d’épouvante qui joue avec les peurs enfantines : l’isolement, l’obscurité, le silence, les monstres, la crainte d’être dévoré… Minimaliste, ce film sombre et atmosphérique raconte l’histoire de Tom, 8 ans et de son frère Benjamin, 11 ans. Tom sent une présence maléfique à laquelle Benjamin ne croit pas. Ces enfants de parents divorcés rejoignent leur père en Suède qui les emmène faire une excursion en forêt, pour passer quelques jours dans une cabane près d’un lac. On pense aux contes des frères Grimm, avec un père ogre et une exploration des psychés jusqu’aux confins de la folie.

Dans la forêt de Gilles Marchand, avec Jérémie Elkaïm, Timothée Vom Dorp, Théo Van de Voorde (FRA-SUE, 2017, 1h43), 19,99 euros (DVD seulement).

 

Loving

Loving

de Jeff Nichols

Ségrégationniste. Mildred et Richard Loving sont amoureux. Ils veulent se marier. Mais elle est noire et lui est blanc, ce qui rend les choses difficiles dans l’Amérique ségrégationniste de la fin des années 50. L’Etat de Virginie les attaque en justice et ils sont condamnés à de la prison. Apprécié pour ses films décalés comme Take Shelter (2011) ou Mud : sur les rives du Mississipi (2012), Jeff Nichols propose avec Loving un film extrêmement classique dans sa forme. Le combat mené par ce couple et leur avocat est sobrement détaillé, sans jamais verser dans l’émotion gratuite. À 38 ans, Jeff Nichols nous livre un film bouleversant, inspiré d’une histoire vraie : celle d’un combat pour l’égalité qu’il faut continuer à mener, aujourd’hui encore.

Loving de Jeff Nichols, avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas (USA-GB, 2017, 2h04), 19,99 euros (DVD ou blu-ray). Sortie le 20 juin.

 

Split

Split

de M. Night Shyamalan

23. C’est le nombre de personnalités qu’abrite l’enveloppe corporelle de Kevin (James McAvoy, impressionnant dans ce rôle). À Philadelphie, Casey, Claire et Marcia, trois adolescentes, sont enlevées par Kevin. Enfermées dans une cave, elles découvrent au fur et à mesure les différents personnages qui cohabitent sous le crâne de leur ravisseur. Le scénario écrit par M. Night Shyamalan n’en finit pas de surprendre. Malin, le réalisateur américain confirme son retour en forme, après le déjà très réussi The Visit (2015). Ce thriller aux rebondissements multiples parvient à distiller une angoisse qui ne faiblit pas, jusqu’à un étonnant dénouement.

Split de M. Night Shyamalan, avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley (USA, 2017, 1h57), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray digibook collector édition spéciale Fnac). Sortie le 27 juin.

 

Vernon-Subutex-3

Vernon Subutex 3

de Virginie Despentes

Trilogie. Avec ce troisième et dernier volet, Virginie Despentes clôt sa trilogie Vernon Subutex (lire Culture Sélection publié dans Monaco Hebdo n° 933), dont le second volume a été publié en juin 2015. Il aura donc fallu beaucoup patienter pour lire ce Vernon Subutex 3. Mais l’attente est récompensée. Dans sa dernière livraison, Virginie Despentes raconte la France d’aujourd’hui, celle des attentats de 2015 et de 2016, toujours au travers des aventures de l’ex-disquaire, dont le nom a donné son titre à ce triptyque. Elle raconte donc ce quotidien qui change face à la menace terroriste, la peur qui peu à peu s’immisce. Il est aussi question de politique et de Nuit Debout. Passé de SDF à leader très charismatique d’un groupe, Vernon Subutex affronte de nouvelles difficultés. Depuis le premier volume sorti le 7 janvier 2015, le monde a changé. Il est le sujet de ce très réussi Vernon Subutex 3.

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes (Grasset), 400 pages, 19,90 euros (livre physique) ou 14,90 euros (livre numérique).

 

Les-Filles-dechues

Les Filles déchues de Wakewater

de V. H. Leslie

Féministe. L’eau, c’est parfois bizarre. Surtout lorsqu’on part du postulat que toutes les jeunes femmes qui se sont suicidées en se jetant dans la Tamise finiront par en sortir un jour pour revenir parmi nous. L’ambiance est gothique, surtout que l’époque victorienne sert de fond historique à ces filles déchues. Evelyn et Kirsten, les deux personnages principaux, vivent au même endroit, à Wakemater, une maison de santé située à proximité de la Tamise donc, mais à deux époques distinctes. Evelyn est envoyée à Wakemater par ses parents qui n’acceptent pas les idées modernes et progressistes de leur fille, notamment concernant la cause des prostituées. Dans Les Filles déchues de Wakemater, livre féministe, tous les personnages sont des femmes. Sauf le médecin, qui représente le pouvoir dominateur et destructeur de l’homme sur la femme.

Les Filles déchues de Wakewater de V. H. Leslie, traduit de l’anglais par Mélanie Trapateau (Denoël), 160 pages, 18,50 euros.

 

Cortex-Ann-Scott

Cortex

d’Ann Scott

Oscars. Le scénario est apocalyptique. Lors de la cérémonie des Oscars, une bombe explose. C’est la panique et l’effroi qui s’emparent du Dolby Theater de Los Angeles, et des quelques 30 millions de téléspectateurs. L’auteur d’Asphyxie, son premier roman publié en 1996 qui rendait hommage à Kurt Cobain, n’avait rien publié depuis 2010 et À la folle jeunesse. Dans Cortex, Ann Scott s’intéresse cette fois à l’après, au deuil qui suit une tragédie. Comment les survivants encaissent-ils le choc ? Comment vivent-ils ensuite leur solitude ? Que ressentent-ils ? Peut-on vraiment espérer se reconstruire ? Et comment ? Le tout, avec en toile de fond, une subtile réflexion sur le rapport que nous entretenons avec le star system et la mythologie liée au monde du cinéma.

Cortex d’Ann Scott (Stock), 310 pages, 19,50 euros.

 

Tokyo-Alien-Bros-(tome-1)-de-Keigo-Shinzo

Tokyo Alien Bros. (tome I)

de Keigo Shinzo

Quiproquos. Comment tourner en dérision nos modes de vie actuels ? Tout simplement en lisant cette BD. Des extraterrestres envisagent de venir s’établir sur la terre. Pour en savoir plus sur la vie sur place, ils confient la rédaction d’un rapport à un extraterrestre. Pour passer inaperçu et infiltrer tranquillement les humains, Fuyunosuke prend l’apparence d’un jeune homme. Sauf qu’il finit par prendre beaucoup de plaisir à cette vie faite de fêtes, de filles et de loisirs en tous genres. Du coup, craignant qu’il ne finisse par totalement oublier sa mission, ses supérieurs décident d’envoyer un autre extraterrestre qui se transforme en son frère. Ce qui sera le point de départ de multiples quiproquos. Tokyo Alien Bros est une BD absolument hilarante qui regarde avec beaucoup de distance la société japonaise et ses codes. Foncez.

Tokyo Alien Bros. (tome I) de Keigo Shinzo, traduit du japonais par Aurélien Estager (Le Lézard Noir), 224 pages, 13 euros.

 

Guimauves

Guimauves

de Stéphane Blanquet

Compilation. Né en 1973, Stéphane Blanquet travaille depuis 1997 avec les éditions Cornélius pour qui il a imaginé la BD Guimauves. Vingt ans plus tard, Cornélius publie à nouveau cette compilation d’histoires, à la fois amusantes et terrifiantes. Au total, 25 récits d’une noirceur d’encre, créés entre 1994 et 2010, parfois publiés dans des revues, mais qui restaient, pour la plupart, introuvables. Également au programme de cette riche BD, l’intégralité de Guimauves sorti en 1997 dans la collection Comix, toujours chez Cornélius, mais aussi du Lombric (1998), colorisé spécialement pour cette jolie réédition. Autant de bonnes raisons de ne pas rater cette BD qui ravira tous les fans de Stéphane Blanquet. Et les autres aussi.

Guimauves de Stéphane Blanquet (Cornélius, collection Pierre), 144 pages, 23,50 euros.

 

Casa-Plaisance-Schlaasss

Casa Plaisance

Schlaasss

Volvo. Après Slaasssch (2015), un premier album dingue et très remarqué, Charlie Dirty Duran et Daddy Schwartz reviennent avec Casa Plaisance. Toujours aussi déjantés, ce groupe créé en 2012 à Saint-Etienne et qui se présente volontiers comme un « duo rap-punk-volvo-core » n’a rien perdu de son inventivité. On pense bien sûr à un autre duo, celui de Die Antwoord, pour le côté déglingué. Pour le reste, les textes sont ravageurs et agressifs. « Casa Plaisance, il est rempli de dauphins, d’angoisses, de rage, de désespoir, d’amour et de Volvo break à l’ancienne », raconte Schlaasss dans un communiqué de presse. Leur producteur, Jérôme Donzel, rebaptisé Kiki, les a aidés à construite cette Casa Plaisance, véritable ouragan qui sème un joyeux désordre en 15 titres. On vous aura prévenus.

Casa Plaisance, Schlaasss (Atypeek Music/L’Autre Distribution), 8,99 euros (format numérique, sur iTunes).

 

NOMC15-New-Order

NOMC15

New Order

Live. On ne présente évidemment plus New Order, construit à partir des membres restant de Joy Division, après le suicide du chanteur, Ian Curtis, le 18 mai 1980. En 2015, New Order a publié un onzième album studio, Music Complete, avant d’entamer une tournée. C’est dans ce cadre que New Order a joué à guichets fermés les 16 et 17 novembre 2016 à la Brixton Academy. New Order Music Complete 15 (NOMC15) est un enregistrement réalisé par Live Here Now (LHN) qui reprend le déroulé de la deuxième soirée. Sur les 18 morceaux joués, le groupe mixe anciens et nouveaux titres. Les fans de la première heure apprécieront les reprises de Joy Division, comme Atmosphere (1980), Love Will Tear Us Apart (1980) ou Ceremony (1981). L’irrésistible Blue Monday (1983) provoque toujours l’hystérie dans le public, pendant que les cinq titres de Music Complete trouvent une force nouvelle sur scène.

NOMC15, New Order (Pledge Music), 87 euros (double CD+triple vinyle+tee-shirt), 23 euros (double CD), 46 euros (triple vinyle), 9,99 euros (format numérique).

 

Nost-Ellen-Allien

Nost

Ellen Allien

Extase. La DJ et productrice allemande Ellen Allien, créatrice du label berlinois BPitch Control en 1997, sort son huitième album. On se souvient du très bon Orchestra of Bubbles (2006) avec Apparat. Nost est tout autant réussi. La techno distillée par Ellen Allien est aussi élégante qu’irrésistible. En 9 titres, elle emporte l’adhésion. Que ce soit avec Innocence, un titre chaud et dansant, ou Electric Eye, plus sombre et martial, ce disque nous emmène loin. L’extase est totale avec Call Me et ses « I want your sex » mixés à l’infini sur un ton monocorde, désincarné, bien loin de ceux de George Michael (1963-2016). On sait aussi que le chanteur de Radiohead, Thom Yorke, est un fan de BPitch Control, un label qui a notamment accompagné Modeselektor ou Paul Kalkbrenner. En écoutant Nost, on comprend pleinement Thom Yorke.

Nost, Ellen Allien (BPitch Control), 13,99 euros (CD), 29,11 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun