Monaco Explorations
Trois ans pour savoir

Sophie Noachovitch
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Le Prince Albert a lancé la campagne 2017-2020 de Monaco Explorations, soutenue par des scientifiques du monde entier.

« Ces explorations serviront la science, mobiliseront les consciences, susciteront des initiatives complémentaires et contribueront à l’élaboration d’un nouveau mode de développement qu’il nous faut inventer tous ensemble pour préserver notre planète ». Le Prince Albert II a lancé, le 4 avril, la campagne 2017 – 2020 de Monaco Explorations. Macaronésie, Caraïbes, Polynésie, mer de Corail, Océan indien ou encore mer noire seront explorés pendant trois ans par des scientifiques venus des quatre coins du monde. Patrick Rampal, directeur du comité d’orientation scientifique de Monaco Explorations, chapeautera cette aventure. Il estime que c’est « une chance inouïe de pouvoir programmer un tel voyage et d’offrir à des scientifiques de haut niveau la possibilité de développer une recherche innovante à bord du Yersin ». Se succéderont à son bord, des chercheurs tels que Drew Harvel, professeur d’écologie et de biologie à l’université de Corvell aux Etats-Unis, Ellen Stofan, ancienne directrice de recherches à la Nasa, Ove Gulberg, directeur du Global Change Institute et professeur de sciences marines à l’université du Queensland en Australie ou encore Eugene Morozov, chef du laboratoire de l’institut océanographique à Shirshow en Russie, et bien d’autres.

Pédagogie

« L’objectif des Explorations de Monaco est d’aider à la conservation de la qualité de vie sur notre planète qui passe par le maintien de la santé des océans, souligne le professeur Patrick Rampal. Cette ambition se développe sur deux plans : la science pure d’un côté, et par ailleurs la médiation de la science. » La pédagogie tient un rôle important dans cette aventure. Tout au long du voyage, des opérations de sensibilisation seront organisées à l’intention du public. Côté science, « le domaine de l’excellence » est visé. « Des opérations ponctuelles seront prévues à chaque étape, décrit le directeur du COS. Par exemple, la faune marine des Antilles est envahie par les poissons lion, une espèce qui s’est adaptée et chasse les autres espèces. Les scientifiques se pencheront sur leur arrivée dans cette zone. Il faut comprendre d’où ce poisson vient et pourquoi il s’est installé ici. »

Patrick-Rampal-@-CSM

« Sanctuariser »

Mais l’exploration sera mue pas deux thèmes récurrents dont la portée pourrait être sans précédent pour la science mais aussi pour la santé. « Plusieurs équipes de recherche se sont associées pour étudier les monts sous-marins. Ces très riches zones de biodiversité sont exposées à des risques de surpêche qui risquent de conduire à des dégâts écologiques majeurs, explique Patrick Rampal. Ces reliefs sous-marins qui attirent de loin la faune pélagique qui vient s’y reproduire et y chercher une nourriture plus abondante sont des véritables zones de sécurisation pour la faune sous-marine. Il va falloir les sanctuariser, en faire des zones marines protégées. » Autre objectif, poursuivre les recherches concernant la prolifération bactérienne en mer. Le réchauffement climatique favorise ce phénomène qui peut s’avérer dangereux pour l’homme. Mais les scientifiques ont beaucoup d’espoir concernant les coraux.

« Bactéries »

« Un autre thème récurrent, qui consistera à étudier l’environnement microbien du milieu océanique soumis au réchauffement climatique, pourrait avoir une incidence directe sur la santé humaine : pourquoi les coraux, anémones de mer sont-ils tolérants à certaines bactéries pathogènes pour l’homme ? Le réchauffement annoncé des mers constitue-t-il un risque microbiologique pour les humains ? La santé humaine pourrait aussi bénéficier de la recherche entreprise pendant les Explorations de Monaco ! », insiste le professeur. Il serait en effet possible, une fois le gène résistant du corail identifié de l’activer chez l’homme. Un enjeu médical de taille. A bord du Yersin, 18 scientifiques se succéderont et étudieront les fonds marins grâce à du matériel de pointe, comme le Rov, un robot aux bras articulés qui permet d’aller faire des prélèvements ou bien un Autonomous underwater vehicle (AUV), une sorte de drone sous-marin permettant un examen minutieux des profondeurs.

 

journalistSophie Noachovitch