La protection des cétacés pérennisée

Sophie Noachovitch
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L’Accord Pelagos est installé depuis le 4 avril à Monaco, renforçant la gouvernance du sanctuaire pour huit mammifères marins.

C’est une façon de s’inscrire dans la durée. Le 4 avril dernier, l’ensemble des partenaires constituant l’Accord Pélagos, soit la France, l’Italie et Monaco, ont signé un accord de siège déplaçant de Gènes à Monaco le secrétariat permanent de cet accord (lire Monaco Hebdo n° 1011). « C’est une manière de renforcer la gouvernance, insiste Fannie Dubois, secrétaire permanente de l’Accord Pelagos. Cela a permis de pérenniser ce secrétariat, avec une augmentation de la contribution monégasque de 50 000 euros. » Le budget de fonctionnement de l’accord passe ainsi à 175 000 euros par an, et celui de Monaco à 62 500 euros, assorti de la mise à disposition de locaux dans la tour Odéon. « Si Monaco n’avait pas augmenté sa contribution, le secrétariat permanent aurait été obligé de fermer », souligne Fannie Dubois. Une décision importante qui permet donc de poursuivre l’action de la jeune femme et de la secrétaire permanente adjointe, Constanza Favilli, qui forment une équipe internationale, et dont le travail consiste à coordonner les différentes parties et acteurs de l’Accord Pelagos.

Mobiliser

Un travail indispensable pour les mobiliser autour d’un objectif commun : « Protéger tous les mammifères marins des impacts anthropiques. Depuis 15 ans qu’existe l’Accord Pelagos, beaucoup de travaux de recherches ont été réalisés, souligne Fannie Dubois. Ils ont permis de souligner trois risques principaux contre les mammifères du sanctuaire : la pollution physico-chimique, la pollution plastique (les filets dits fantôme, abandonnés ou oubliés en mer) et les collisions. » Trois appels à projets d’un montant de 300 000 euros sont d’ailleurs en cours afin de permettre à des équipes de scientifiques d’identifier plus spécifiquement les zones à risque et comment y remédier.

Fannie Dubois et Constanza Favilli

Fannie Dubois et Constanza Favilli © Photo Secretariat permanent de l’accord Pelagos

Huit espèces

Un travail difficile, car le sanctuaire Pelagos constitue une zone de 87 500 km2 et dessine un losange installé dans l’angle franco-italien, longeant la côte française jusqu’à la presqu’île de Giens et la côte italienne jusqu’à Fosso Chiarone. La pointe sud du losange s’encastre dans la Sardaigne. En son sein, vivent huit espèces mammifères particulièrement surveillées et protégées à l’échelle internationale : le dauphin bleu et blanc, le dauphin commun, le grand dauphin, le dauphin de Risso, le globicéphale noir, le rorqual commun, le ziphius ou baleine à bec du cuvier et le cachalot. Plusieurs associations tentent de recenser et de suivre ces animaux mais l’étendue de la zone et les frontières que les mammifères ne respectent pas, rendent leur travail difficile.

Néanmoins, l’action de l’Accord Pelagos est quantifiable au moins sur des risques qui ne sont plus à l’ordre du jour. « A la fin des années 1980, a été fait le constat de très nombreuses prises accidentelles de dauphins dans les filets des pêcheurs, rappelle Fannie Dubois. A l’époque, les Rotary de Monaco, de Milan et de Saint-Tropez, ainsi que l’institut Tethys et la WWF, sont à l’origine du principe de l’accord Pelagos. » À ce moment là, les dauphins étaient vraiment menacés par ces filets. Dix ans plus tard, naissait l’Accord Pelagos. Et aujourd’hui, ces captures accidentelles n’existent plus.

Krill

Mais plusieurs autres risques guettent ces animaux, parmi lesquels les nuisances sonores, comme celles des sonars qui les désorientent, ou bien encore le changement climatique. Les mers se réchauffant, le krill dont se nourrit exclusivement le rorqual est amené à disparaître. Se pose alors la question du devenir de ce cétacé. « Le Whale watching [observation des baleines, N.D.L.R.] est aussi un risque, estime la secrétaire permanente. Si le tourisme maritime se rend constamment vers le même animal, cela s’apparente à du harcèlement, il faut lutter contre ça. »

Ainsi, l’un des rôles primordiaux du secrétariat permanent et ses partenaires est l’implication des acteurs locaux privés et publics. « 110 communes sur les 241 qui se trouvent sur le territoire du sanctuaire ont signé une charte de partenariat avec Pelagos, précise Fannie Dubois, elles s’engagent à sensibiliser sur les risques la population. » Les plaisanciers aussi sont visés, car ils ignorent bien souvent la présence de ces mammifères marins et leur fragilité. Les gros transporteurs et les compagnies naviguant sur la zone sont également sensibilisés sur les précautions à prendre. Un vaste champ de travail que la pérennisation du secrétariat permanent offre la possibilité de continuer et d’approfondir.

 

Accord Pelagos : comment ça marche ?

Le sanctuaire Pelagos est une ASPIM : une Aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne. Elle a pour but la conservation efficace du patrimoine méditerranéen. Le sanctuaire Pelagos constitue 3,5 % de la superficie de la Méditerranée. Cette ASPIM est intégrée dans les objectifs d’Aichi, qui prévoient un plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020, et qui a prévu d’atteindre 10 % de zones protégées sur l’ensemble de la Méditerranée. La gouvernance de l’accord Pelagos se divise en deux présidences tournantes. L’une, générale, est actuellement française et sera monégasque en 2018. L’autre chapeaute le comité scientifique et technique et est tournante depuis cette année. Elle se trouve entre les mains des Italiens pour 2017, puis passera entre celles des Français l’an prochain. Au total, une centaine de personnes sont impliquées dans le fonctionnement de l’Accord Pelagos.

 

journalistSophie Noachovitch