« Une victoire de Macron réduirait la prime de risque politique »

Sophie Noachovitch
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Mathilde Lemoine est chef économiste de la banque Edmond de Rothschild. Elle apporte une vision tranchée des conséquences que pourrait avoir la présidentielle française pour l’Hexagone, mais aussi pour Monaco.

« La présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon au second tour aurait un impact dès l’entre deux tours. » Mathilde Lemoine, chef économiste de la banque Edmond de Rothschild, n’était pas très optimiste quelques jours avant le premier tour, sur les conséquences de l’élection présidentielle française. Parmi les mesures prévues par les deux candidats de l’extrême droite et de l’extrême gauche, la volonté de contrôler le capital aurait des répercussions immédiates sur les liquidités circulant en France. « Un score supérieur à 35 % pour Marine Le Pen ou une victoire de Le Pen et de Mélenchon au premier tour impliquerait un reflux des capitaux en dehors de la France, avant même les résultats du second tour », prédisait cet économiste.

« Liquidités »

« Les banques françaises ont besoin d’emprunter à des investisseurs étrangers pour fonctionner. La France, l’Etat et les sociétés, ont besoin d’importantes liquidités venant d’investisseurs étrangers. Les politiciens français sous-estiment les besoins de la France à emprunter, détaille-t-elle. Le risque principal serait une crise politique dès le premier tour, avec un accès rendu limité aux liquidités. » Et donc un impact très négatif sur le produit intérieur brut (PIB). Néanmoins, cette hypothèse est aujourd’hui complètement contrebalancée par la présence d’Emmanuel Macron aux côtés de Marine Le Pen pour le second tour.

France-Allemagne

« Emmanuel Macron est considéré comme le candidat souhaitant développer le duo franco-germanique par les investisseurs étrangers, souligne Mathilde Lemoine. Cela pourrait aider la situation économique. » En effet, contrairement à Marine Le Pen, le candidat d’En Marche ! (EM !) souhaite favoriser l’Europe fédérale et augmenter encore les pouvoirs de cette structure. Ainsi, les premiers sondages le donnant largement en tête au second tour, devraient rassurer les investisseurs qui suivent d’un œil très attentif la situation. « La perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron est de nature à réduire la prime de risque politique. C’est-à-dire à faire baisser les taux d’emprunt français par rapport aux taux d’emprunt allemand, mais aussi à soutenir les valeurs boursières françaises et de la zone euro, décrit Mathilde Lemoine. En effet, le candidat d’EM ! s’est clairement exprimé en faveur d’un renforcement de la zone euro et du couple franco-allemand. Ce qui réduit l’incertitude sur l’avenir de la zone euro. » Et cela s’est vu dès lundi 24 avril, à l’ouverture de la bourse à Paris. Une hausse de 4,1 %, une augmentation historique pour le CAC40. Les banques françaises bondissaient quant à elles de 8 %. De quoi soulager les investisseurs étrangers, même si une autre mesure de la candidate frontiste est sujette à inquiétude pour eux.

Euro

« Certains politiciens disent que le retour au Franc pourrait aider à restaurer la souveraineté de la France. Mais la France est trop petite pour avoir une indépendance monétaire. Avant l’Euro, le Franc était assujetti aux taux d’intérêts de la Bundesbank allemande et de la Fed, la banque centrale américaine, sans aucun moyen de discussion et de choix, décrit Mathilde Lemoine. L’Euro a redonné de la souveraineté monétaire à la France, qui participe aux décisions de la Banque centrale européenne. »

Quant à Monaco, sur le papier, et selon les traités reliant le Rocher à la France, le pays serait obligé de suivre la France en cas de sortie de l’Euro. « Mais je pense que Monaco pourrait enclencher des discussions. Et la Principauté aurait un choix à faire. » Une réponse évasive, par laquelle la chef économiste de la banque Edmond de Rotschild laisse entendre que rien n’est fermé et que « la règle pourrait évoluer »…

 

journalistSophie Noachovitch