Christophe Steiner, réélu président

Sophie Noachovitch
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Sans surprise, l’actuel président du Conseil national, Christophe Steiner a été reconduit à son fauteuil avec 15 voix sur 23. Tout comme le vice-président, Marc Burini. Laurent Nouvion d’Horizon Monaco n’a pas présenté sa candidature. De son côté, Jean-Louis Grinda d’Union monégasque a recueilli trois voix.

Le suspense était, on le savait, très limité… Sans surprise, le 6 avril, Christophe Steiner a été reconduit dès le premier tour à son fauteuil de président du Conseil national, avec un total de 15 voix sur 23. Il faut dire qu’avec la création du groupe Nouvelle majorité (NM), composée de 13 élus, tout changement de présidence était mathématiquement impossible… Dès son élection, Christophe Steiner a insisté sur un point. Pas question de rentrer – déjà – dans la bataille électorale de 2018 : « Dans la vie comme dans la politique, il y a un temps pour tout. Nous sommes toujours dans celui de bâtir l’avenir, et non celui des affrontements électoraux. » Pour le président de l’assemblée, certes, le temps de la campagne viendra, mais «  en son temps et en son heure. Pas avant ! Pour le moment, je la laisse battre à ceux qui le souhaitent… Ils démontrent ainsi combien ils privilégient leur ambition personnelle au lieu de se focaliser sur celle de leur pays. » De son côté, l’ancien président du Conseil national, Laurent Nouvion, s’est montré très discret… L’élu Horizon Monaco (HM), n’a pas présenté sa candidature à la présidence. Ni même asséné une quelconque charge contre la nouvelle majorité. C’est son collègue Jacques Rit qui a décidé d’aller au front… (voir encadré plus bas).

« Manque de courage »

En revanche, s’il y a bien un élu qui ne s’est pas privé de lâcher les coups, c’est Jean-Louis Grinda. L’élu Union Monégasque (UM) – seul candidat face à Christophe Steiner – a profité de cette tribune publique pour faire passer des messages parfois cinglants. Après avoir dénoncé « la très regrettable attitude du gouvernement » sur l’achat du port de Vintimille – rachat qui s’est soldée par une  « protestation unanime » – l’élu a mis en avant la « divergence conséquente » que les trois élus UM ont avec une grande partie de l’hémicycle : « L’absence de volonté politique pour obtenir ce qui nous paraît comme une évolution indispensable à une vie démocratique majeure : l’amendement budgétaire. » Mais c’est assurément à l’encontre du conseille-ministre Stéphane Valeri – qu’il n’a d’ailleurs jamais nommé dans ses déclarations – que l’élu s’est montré le plus virulent. Jean-Louis Grinda a en effet remis sur le tapis la proposition de loi déposée par son groupe le 15 décembre dernier. Ce texte pose la question de l’incompatibilité et de l’inéligibilité au Conseil national de ceux qui occupent certaines fonctions exécutives ou judiciaires de premier rang. Notamment, ministre d’Etat, directeur des services judiciaires, ou encore… conseiller-ministre de gouvernement. Cette proposition de loi prévoit un « délai de carence » obligeant celui qui souhaite se présenter à se démettre de ses fonctions dans les 18 mois qui précédent l’élection nationale. Jean-Louis Grinda a d’abord regretté le manque de vivacité de la commission a étudier ce texte : « Les choses n’avancent pas suffisamment vite à notre goût. J’y vois la marque du peu d’empressement de la majorité à donner un avis positif ou négatif sur ce texte pourtant parfaitement nécessaire. Encore une fois, je sens comme un manque de courage car si la majorité n’en veut pas, il suffit qu’elle vote contre et surtout qu’elle dise pourquoi.»

« Dévoiement »

Mais ce n’est pas tout. Dans sa déclaration, l’élu UM est allé plus loin en déplorant « l’absence de réaction de la présidence du Conseil national ». Et a même fait part de « son étonnement » quant à l’absence de réaction du ministre d’Etat, Serge Telle : « Allez-vous préparer le budget primitif 2018 avec un futur élu organisant ainsi de futurs arrangements ? Si vous vous taisez monsieur le ministre d’Etat, que devons nous penser ? Que cette affaire ne vous intéresse pas ? Ou bien par un dangereux dévoiement des institutions, comptez-vous prendre le contrôle du Conseil national en y envoyant un de vos conseillers-ministres ? Aujourd’hui, je ne crois aucune de ces deux versions, mais s’il n’est pas trop tard, il est grand temps que chacun prenne ses responsabilités. » Ni Stéphane Valeri, ni Serge Telle n’ont réagi devant l’hémicycle.

Sabrina Bonarrigo

 

bonarrigo@monacohebdo.mc

@sabrinabonarigo

 

Les interrogations du scrutin

 

Si l’on se penche de plus près sur le résultat du scrutin, on remarque que Christophe Steiner a recueilli 15 voix sur 23 : 13 voix issus des élus de la Nouvelle majorité (NM), avec probablement les 2 voix des “électrons libres“ du Conseil national, à savoir Philippe Clérissi et Pierre Svara. Il y a eu également 5 bulletins blancs : probablement issus des élus Horizon Monaco (UM), groupe politique qui compte 6 membres. Mais le scrutin a soulevé une interrogation : l’élu Union monégasque (UM) Jean-Louis Grinda a en effet recueilli trois voix. La sienne, celle de son collègue Jean-François Robillon, en revanche, impossible que la troisième voix soit celle de Bernard Pasquier puisque l’élu n’était pas présent le soir de l’élection… Qui est donc le troisième conseiller national à avoir donné sa voix à Jean-Louis Grinda ? Est-ce Laurent Nouvion ou un autre élu HM pour marquer une opposition à Christophe Steiner ? Le vote ayant été effectué à bulletin secret…Mystère ! S.B.

 

 

Horizon Monaco propose une « agence monégasque anticorruption »

C’était le 31 décembre 2016. Lors des traditionnels vœux du nouvel an, le Prince Albert s’était déclaré déterminé à lutter contre « le fléau de la corruption ». Pour enrichir « la transparence de la vie publique », le groupe politique Horizon Monaco (HM) s’est à son tour emparé du sujet en déposant une proposition de loi visant à créer une agence monégasque anticorruption. « Il s’agit d’un outil complémentaire, sans alourdir le code pénal », a précisé en séance publique l’élu HM Claude Boisson. Cette agence aurait pour mission « de centraliser et de diffuser les informations nécessaires à la prévention et à la détection des faits de corruption, de trafic d’influence, de concussion et de prise illégale d’intérêts ». «  Avec cette agence, nous nous inscrivons dans le sillage des référents européens et internationaux, dans la volonté du gouvernement, et du groupe d’États contre la corruption (GRECO) », a conclu Claude Boisson. S.B.

 

Les déclarations marquantes :

Jacques Rit, élu Horizon Monaco (HM) : « Le port de Vintimille, l’usine d’incinération, les contreparties de l’extension en mer, sont autant de drapeaux en berne qui flottent sur le catafalque d’un Conseil national sans crédit, sans force, impuissant à remplir son indispensable fonction d’arbitrage. Les Monégasques sont désabusés, désorientés par le taux de mutation politique que l’on retrouve chez les élus. Du tango argentin entre la minorité UM et la nouvelle majorité, à la renaissance métempsychosiste de monsieur Elena en nombre 13 porte-bonheur, au sein de cette nouvelle majorité… voilà autant d’étrangetés plutôt louches qui nous amèneront à ne pas exprimer notre préférence en ce soir d’élection présidentielle. »

Jean-Charles Allavena, élu Nouvelle majorité (NM) : « L’an dernier dans cet hémicycle, nous n’avons pas fait de putsch, ni nous n’avons trahi personne, et certainement pas nos électeurs. L’an dernier nous avons juste utilisé les dispositions prévues par la sagesse de nos aînés, pour mettre fin au mandat d’un président et en désigner un nouveau. Il aurait été beaucoup plus confortable de ne rien faire et de laisser le temps s’écouler jusqu’aux élections de 2018, mais cela aurait été ne pas nous respecter, ne pas respecter l’institution, nos électeurs et le projet sur lequel ils nous ont élu. »

 

Daniel Boéri, élu Nouvelle majorité (NM): « Certes, les croisiéristes sont un levier important pour le tourisme et un signal fort de l’attractivité du pays. Toutefois, nous devons nous montrer vigilants. Une étude récente réalisée dans le port Marseille montre qu’un navire de croisière accosté pollue autant… qu’un million de véhicules ! Dix fois plus que la circulation quotidienne à Monaco ! Certes, il s’agit de navires XXL, et à Monaco, ils sont de taille plus modeste. Mais les rejets sont préoccupants pour la qualité de vie dans le pays. »

journalistSophie Noachovitch