Un pied-nickelé de la cambriole arrêté en flagrant délit

Sophie Noachovitch
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L’auteur des faits s’y est repris à trois reprises avant d’atteindre les fonds de caisse… et d’être rattrapé par la police.

L’homme de 60 ans qui se tient, les épaules baissées dans le box des accusés, en audience correctionnelle, vendredi 31 mars, a l’air contrit. Il a été pris la main dans le sac, jeudi 30 mars. Peut-être même le cherchait-il un petit peu. « Je sais très bien qu’il suffit que la police me voit pour que je me fasse attraper. Je suis revenu jeudi à Monaco en sachant très bien que je pouvais être attrapé. Je suis désespéré », affirme l’homme devant le tribunal correctionnel de Monaco. Un homme au bout du rouleau qui collectionne les condamnations pour vol. Sur les 38 mentions de son casier judiciaire, 31 sont le résultat de cambriolage. Pour l’un d’entre eux, commis à Monaco, le prévenu avait d’ailleurs écopé, en juin 2016, d’un refoulement du territoire monégasque. Mais l’homme est revenu. Et afin de lui éviter les Assises — le vol avec effraction étant un crime dans le droit monégasque — le parquet n’a retenu que le vol simple pour les deux affaires concernant le sexagénaire.

« Ironie »

Dans la nuit du 5 au 6 mars 2017, l’alarme du restaurant le Bouchon, avenue Princesse Grace, se déclenche. « Comble de l’ironie, la fenêtre fonctionnant mal, le personnel a cru à une fausse alerte, et lorsque la société de sécurité a appelé, il lui a été répondu de ne pas intervenir », relate le président d’audience, Florian Bellizona. Le prévenu a tout le loisir de s’emparer du fonds de caisse d’un montant de 1 000 euros mais surtout des pourboires s’élevant à 3 015 euros qui devaient être distribués aux 16 employés le lendemain.

Les enquêteurs parviennent à suivre l’auteur des faits par le biais des caméras de surveillance de la Principauté et repèrent son véhicule. Immatriculé au nom du frère du prévenu, les policiers identifient ce dernier malgré la capuche qui lui masque le visage, grâce à la claudication qui le caractérise. Le système d’identification des plaques minéralogiques fera le reste. Le 29 mars lorsque la même voiture entre dans Monaco, les policiers n’ont qu’à la suivre, et le 30 mars, au matin, ils attendent que l’homme rejoigne l’automobile pour l’interpeller… la main dans le sac. Ou plus précisément les sacs à la main. Dans l’un, une somme de 865,22 euros, dans l’autre, un pied-de-biche, des tournevis, des gants et une lampe torche. Le kit du parfait cambrioleur.

Trois portes brisées

Quelques instants plutôt, vers 5h du matin, le restaurant le Giudi’s, avenue Albert II, a été cambriolé. Et le moins que l’on puisse dire est que l’auteur des faits était bien mal préparé. « Il a d’abord forcé la porte du stock, relate Yaël Giudicelli, propriétaire avec son frère Axel du Giudi’s, à Monaco. Mais cette remise n’est pas reliée au restaurant. » L’homme a dû s’en prendre à une autre porte, elle, permettant d’entrer dans l’établissement. Il a ouvert les caisses, vides avant de forcer la porte du bureau du propriétaire et de s’emparer du fonds de caisse. Devant le tribunal, l’homme se lamente, décrivant un quotidien difficile dans une famille dont il serait « le pigeon ». « Les 3 000 euros du Bouchon, ça m’a bien aidé, j’ai remboursé mes dettes… Mais après, j’ai dû payer le loyer, les courses…[…] Après je n’avais plus que 25 euros en poche », égrène-t-il, sans quasiment reprendre son souffle.

Prison ferme

A l’issue de sa diatribe, il finit par demander pardon aux restaurants cambriolés. Mais les excuses ne font pas tout. « Nous avons affaire à une sorte de gentleman cambrioleur qui a visité l’essentiel du pays voisin et qui s’est fixé en 2003 dans le grand sud-est, contextualise le procureur général, Jacques Dorémieux. Quand on discute avec monsieur, il convient que ce qu’il fait n’est pas bien mais explique avoir absolument besoin de voler pour subvenir à ses besoins. » Le procureur concède qu’il a « une vie compliquée qu’il a du mal à assumer depuis 40 ans », mais il ne voit d’autre solution que la prison ferme requérant 2 ans d’emprisonnement contre le cambrioleur. Réquisitions suivies par le tribunal, qui le condamne, en outre, à dédommager les deux restaurants visités.

 

journalistSophie Noachovitch