« Les braqueurs doivent savoir
que la police est très réactive »

Sophie Noachovitch
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Si l’événement est choquant pour les employés qui en ont été victimes, les bijoutiers monégasques estiment que le braquage de la joaillerie Cartier a été l’occasion de rappeler qu’à Monaco, il est très difficile de réussir un tel coup.

La majorité des joaillers interrogés par Monaco Hebdo ne souhaitent pas s’épancher sur le braquage dont a été victime la bijouterie Cartier, samedi 25 mars, sur la place du Casino (lire Monaco Hebdo n° 1010). Les employés de cette dernière indiquent qu’ils « veulent passer à autre chose ». Derrière un sourire de façade, on nous fait comprendre que ressasser cet événement n’est vraiment pas dans les priorités des salariés. « Ils vont relativement bien, estime Claude Cardone, président de la chambre monégasque de l’horlogerie et de la joaillerie. Néanmoins, je me suis trouvé moi aussi dans le viseur d’un pistolet, il y a quelques années. On n’en sort pas indemne… »

« Hasard »

Pour montrer que ce braquage n’a pas eu d’impact sur le moral des bijoutiers, la place du Casino a retrouvé rapidement son aspect normal. Et les transactions ont repris comme si de rien n’était. Ou presque. « Notre objectif est de ne pas penser à la possibilité d’un braquage, témoigne le directeur adjoint d’une joaillerie de la place du Casino. Malheureusement, les événements de ces derniers mois nous rappellent le risque ». Ce responsable fait allusion au braquage et à la prise d’otage dont a été victime la bijouterie Graff Diamonds le 22 décembre 2016. Un épisode qui s’était soldé quelques instants plus tard par l’arrestation du malfrat. « Ce type d’événement montre que cela peut arriver. Nous devons rester vigilants. Mais la collaboration entre les professionnels et la police est aussi soulignée : la réaction de la sûreté publique et des sociétés de sécurité ont permis d’arrêter très rapidement les auteurs, aussi bien lors du braquage de Graff Diamonds, que de Cartier », insiste ce joailler. Avant de souligner que ces deux événements, même s’ils sont rapprochés dans le temps, n’ont aucun lien. « C’est un pur hasard s’ils ont eu lieu en l’espace de trois mois. Les deux braquages ne se ressemblent pas et ce ne sont pas les mêmes hommes ». Selon ce commerçant, cela permet de « faire comprendre aux voyous que ce n’est pas la peine de venir ».

Pink Panthers

Pour Claude Cardone, les auteurs du braquage chez Cartier ont été attirés par l’idée qu’on se fait de la Principauté. « Ils se sont dits qu’il y a de l’argent, mais il faut savoir que les valeurs exposées à Monaco ne sont pas plus importantes qu’à Cannes ou à Nice. Les gens sensés iront voir ailleurs qu’en Principauté ! » Le président de la chambre monégasque de l’horlogerie et de la joaillerie ajoute que même des hommes spécialisés dans les braquages et préparés comme les Pink Panthers se sont cassés les dents sur les bijouteries monégasques. Il a en tête l’arrestation en octobre 2008 de Dusko Poznan, l’un des membres de l’organisation aux 200 membres, alors qu’il venait de se faire écraser le pied par une voiture sur la place du Casino lors d’un repérage… Quelques mois plus tard, en juin 2009, c’est l’un des cadres des Pink Panthers, Vinko Tomic, un Croate, qui se faisait pincer avec deux complices avant même de poursuivre leurs repérages dans la bijouterie Chopard, qu’ils avaient déjà visité quelques jours plus tôt.

Cible privilégiée

Néanmoins, les joaillers le savent. Depuis une dizaine d’années, ils sont, avec les transports de fonds, la cible privilégiée des braqueurs. « Les banques n’ont plus d’espèces. Alors, ils vont là où ils peuvent en trouver… », commente un bijoutier. Mais tout le travail réalisé entre les joaillers et la sûreté publique consiste à amener le risque au plus proche de zéro. « Nous disposons de boutons d’alerte en lien direct avec la sûreté, raconte Claude Cardone. Et puis, la moindre personne qui entre dans Monaco est filtrée par le biais des caméras. » Selon lui, le fichage des individus connus des services de police ainsi que des personnes suspectes permet une grande réactivité des enquêteurs. « Les bijoutiers reçoivent également de la part de la sûreté des images d’individus suspects. Ce qui leur permet de réagir vite s’ils les repèrent », ajoute Claude Cardone. Pour toujours plus d’efficacité, la réflexion sur la sécurité se poursuit. Le président de la Chambre monégasque de l’horlogerie et de la joaillerie indique qu’un projet est à l’étude au niveau de la sûreté publique pour sécuriser encore plus une Principauté déjà quadrillée par les caméras de surveillance.

Les joaillers craignent plus la ruse que les braquages

Le président de la chambre monégasque de l’horlogerie et de la joaillerie, Claude Cardone, décrit des magiciens. Ils emploient la ruse et parviennent à dérober en un éclair un bijou lâché seulement une seconde du regard par les salariés de la bijouterie. « Il y a deux ans, Chopard a été victime d’un tel vol, se souvient Claude Cardone. Une femme est venue avec un enfant de 7 ou 8 ans. Pendant qu’elle regardait un bijou avec l’employée, l’enfant a profité de la vitrine laissée entrouverte pour dérober un collier. Personne n’a rien vu et ils sont partis avec ! » De tels événements poussent les joaillers à augmenter constamment leurs règles de sécurité. Chaque salarié est formé à détecter les comportements suspects et à réagir en cas de crise. Et pour que les cleptomanes ne puissent agir, les présentoirs à bijoux sont filmés, dissuadant les plus téméraires. Les tentatives de vol avec des fausses identités ou de fausses cartes bancaires sont aussi courantes. Mais les bijouteries disposent de nombreux systèmes de vérification en lien direct avec les banques, limitant fortement ces possibilités.

 

journalistSophie Noachovitch