« Faire tourner le port
à 100 % toute l’année »

Anne-Sophie Fontanet
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Avec 1 500 salariés et 750 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, le yachting est un secteur d’activité en pleine croissance à Monaco. Pour continuer à se développer, le Yacht Club a ouvert en septembre 2016 la Belle Classe Academy, un centre de formation destiné aux professionnels du yachting. Explications.

« C’était indispensable. Cela manquait dans la chaîne globale de notre programme Monaco, capitale du yachting. » Bernard d’Alessandri, le secrétaire général du Yacht Club de Monaco (YCM) ne voyait pas d’autres alternatives. Depuis 9 mois, la Belle Classe Academy a ouvert ses portes à l’arrière du Yacht Club, dans un bâtiment flambant neuf. On prodigue dans ce centre de formation des cours de remise à niveau des compétences des professionnels en matière de navigation, de plaisance, de protocole, d’étiquette et de qualité de services, mais aussi de sécurité. Bien sûr, sur la Côte d’Azur, d’autres centres de formation existent. Le plus connu et actif reste celui d’Antibes. « C’est un peu ce qui nous a motivés à réagir » résume le secrétaire général. Depuis septembre 2016, armateurs, cadres du yachting aussi bien que professionnels du secteur peuvent venir à Monaco suivre des cours personnalisés et certifiants.

Art de la table

Les derniers en date sont des guides polaires de l’entreprise Grands Espaces, une entreprise franco-suisse spécialisée dans les croisières en Arctique et Antarctique. « Nous observons une augmentation de la fréquentation sur ces destinations avec la présence de 45 000 personnes par an en Antarctique. Nous sommes donc très attentifs à la sécurité de nos passagers », explique son directeur, Christophe Kempf. Au sein de la Belle Classe Academy, ils ont suivi un module appelé “sécurité et survie”. « Cela leur permet d’acquérir des connaissances et des techniques de premiers secours mais aussi, de connaître quels gestes à adopter en cas d’incendie à bord […]. C’est essentiel lorsque l’on a en charge des groupes de personnes », résume Cindy Veillon, l’une de leurs instructrices. Outre des diplômes internationaux, ce centre de formation a choisi de se démarquer de la concurrence en proposant un module entier baptisé “service et étiquette navale”. Les personnels de bord peuvent notamment y apprendre l’art de la table et les codes de bonne conduite liés au nautisme pour des employeurs exigeants.

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Barcelone

Cette possibilité de formation constitue un atout supplémentaire pour distinguer Monaco comme destination à la pointe dans le domaine du yachting. Sur cette thématique, la concurrence est féroce dans la région. Les ports d’Antibes, Cannes, Saint-Tropez ou Barcelone investissent massivement pour s’agrandir et ainsi accueillir de plus grosses unités. Ils visent particulièrement les méga-yachts de plus de 70 mètres de long. « On doit faire en sorte que les armateurs faisant escale en Principauté s’y sentent bien et reviennent. Avec l’organisation du cluster yachting Monaco, on espère faire tourner le port à 100 % toute l’année », réagit Gregory Benassi, son secrétaire général. Cinquante-trois membres composent ce cluster. « En 2017, on comptabilise 350 entreprises dans le business du yachting à Monaco et 1 500 employés. Depuis, le chiffre d’affaires de ce secteur a explosé. On est aujourd’hui à 750 millions d’euros de chiffre d’affaires global. Il s’agit de la quatrième industrie en Principauté », souligne Benassi.

Pavillon monégasque

L’objectif de ce cluster ? Attirer une clientèle de qualité et faire évoluer le pavillon monégasque « pour avoir plus d’armateurs qui auraient le Monaco flag [drapeau monégasque, N.D.L.R.] derrière leur yacht ». En fournissant toute une palette d’outils, Monaco veut rester dans la course et garder une place de choix. Notamment vis-à-vis de Barcelone, « une escale très active qui s’est beaucoup développée ». Le point faible de Monaco, dont le port Hercule est pourtant plein la plupart de l’année, c’est le peu de places disponibles pour les gros bateaux. « Nous avons uniquement l’espace de la digue pour un à deux yachts de 80 à 90 mètres maximum. Nice et Antibes peuvent en accueillir plus… », indique Gregory Benassi. Dans cette optique, l’achat du port de Vintimille en Italie par le gouvernement monégasque (lire Monaco Hebdo n° 1005) peut s’avérer une opération intéressante. « Il peut convenir aux petits bateaux qui peuvent ainsi libérer de l’espace au port Hercule. » Pour mettre en avant la destination Monaco, deux événements consécutifs vont avoir lieu pour les acteurs internationaux de ce secteur. Le 13 avril prochain, plusieurs yachts seront exposés lors de portes ouvertes, puis le 4 mai pour la deuxième édition des Rendez-vous du cluster yachting. 350 professionnels du monde entier y sont attendus.

 

Bernard d’Alessandri, secrétaire général du Yacht Club de Monaco

« Monaco, la plus forte concentration annuelle de méga-yachts »

 

Pourquoi avoir ouvert cette école ?

La Belle Classe Academy est un élément de plus pour compléter le programme que nous avons mis en place en juin 2014, “Monaco, capitale du yachting”. On a certainement à Monaco la plus forte concentration annuelle de méga-yachts. Il fallait donner la possibilité aux équipages, quand ils sont arrêtés, de se former, de réviser leur brevet ou de compléter leur formation. Il s’agit d’un complément qui nous paraissait indispensable. Nous avons aussi en Principauté les plus grands brokers [courtiers, N.D.L.R.], les meilleurs designers et des avocats maritimes. Il ne manquait donc plus que cet élément sur la formation du personnel.

Vous visez quel public ?

On reçoit des personnes assez différentes. Il y a deux grands segments dans la Belle Classe Academy : la validation de diplômes internationaux, comme le MCA ou le STCW95, et une formation qui s’adresse au personnel hôtelier. Celui-ci doit avoir un certificat de base navigation, mais peut aussi recevoir une formation concernant l’hygiène alimentaire à bord ou le service de table sur le yacht. On aimerait bien voir des jeunes Monégasques et des enfants du pays travailler dans ce domaine-là. Et on pense bien qu’à travers la Belle Classe Academy, on va y arriver.

Vos ambitions ?

Les formations se déroulent plutôt en hiver, car en été cette population navigue. On essaie de s’adapter à l’emploi du temps de l’utilisation de ces bateaux. Je me souviens qu’avant, on disait qu’un bateau était utilisé de 8 à 12 semaines par an. Aujourd’hui, on tourne plutôt autour de 16 à 18 semaines. On voit bien qu’il y a un véritable besoin et qu’on a donc un potentiel de développement important. En matière d’économie à Monaco, cette industrie notable se trouve en quatrième position.

 

 

journalistAnne-Sophie Fontanet