Transition énergétique
Une évolution « progressive
mais irréversible »

Raphael Brun
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Lors de la présentation du livre blanc de la transition énergétique le 23 mars dernier, le Prince Albert a détaillé ses ambitions pour son pays. Avec quelques annonces chocs. Explications.

La Principauté de Monaco poursuit son engagement en faveur de l’environnement. Après avoir ratifié la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques en 1994, le protocole de Kyoto en 2006 et l’accord de Paris en 2016, Monaco a présenté son livre blanc de la transition énergétique. Le 23 mars, dans un yacht club qui affichait complet, le Prince Albert a expliqué sa vision pour un Monaco plus propre d’ici 2050. Avec moins de 50 % de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 et la neutralité carbone en 2050. Des chiffres ambitieux repris dans un livre blanc nourri par plusieurs mois de discussions entre les institutions, les chefs d’entreprises de la Principauté et la société civile. « Pour atteindre ces objectifs, nous devons soutenir un rythme de réduction 4 fois plus rapide que celui qui a été suivi jusqu’à présent », a indiqué le Prince Albert II, en expliquant cibler les trois sources les plus génératrices de gaz à effet de serre : la mobilité, le traitement des déchets et la consommation énergétique dans les bâtiments. Ces trois secteurs pèseraient pour environ 30 % des émissions. Il faudra donc « être exemplaires en matière de sobriété énergétique et de développement des énergies renouvelables. Et notre communauté toute entière doit s’engager sans réserve, sans a priori et avec courage et détermination dans la voie de cette transition énergétique », a ajouté le chef d’Etat, misant sur un « pacte national » sur la transition énergétique, afin de réunir les institutions, les pouvoirs publics, les entreprises privées, la société civile, les Monégasques et les résidents.

Communication

Tout sera donc mis en œuvre pour atteindre ces objectifs. À commencer par la règlementation thermique pour les bâtiments qui va donc changer pour minimiser les déperditions d’énergie et doper l’installation de panneaux solaires. Un « cadastre solaire » sera créé d’ici cet été pour permettre aux propriétaires de pouvoir estimer ce que la mise en place de panneaux solaires leur permettrait de générer en termes d’énergie propre. D’autres mesures, plus fermes, seront lancées. « Dans le même temps, il faut que soit généralisée l’interdiction du fioul pour le chauffage », a ajouté Albert II. L’installation de systèmes d’éclairage dits “intelligents” dans les bâtiments et à l’extérieur deviendra aussi bientôt la norme. Et pour que tout le monde comprenne bien comment fonctionne cet ensemble de mesures, une plateforme de communication sera lancée. Elle regroupera toutes les informations nécessaires : réglementations, subventions et gestes éco-responsables.

Changements

Pour aller encore un peu plus loin, le Prince Albert II a appelé de ses vœux la création d’une journée sans voiture, tout en militant pour l’élimination « à terme » des bouteilles plastiques sur l’ensemble du territoire monégasque. Les chefs d’entreprises ont aussi une carte à jouer, a estimé le chef d’Etat monégasque, en plaidant pour la mise en place de « solutions innovantes en matière de transition énergétique ». Un mouvement qu’une « nouvelle génération de start-ups » doit aussi porter, a indiqué Albert II. À l’extérieur de la Principauté, l’Etat va aussi investir dans de « nouveaux gisements » capables d’alimenter ce processus de développement des énergies renouvelables. « Sur notre territoire, pionnier en matière de pompe à chaleur d’eau de mer, des programmes vont être lancés, comme l’extension du réseau thalassothermique de la Condamine et la création d’une nouvelle boucle au Larvotto, offrant une nouvelle source d’énergie renouvelable pour ces quartiers. Dans le même esprit novateur, j’ai demandé que soit lancée la construction d’un bâtiment exemplaire à énergie positive », a ajouté le Prince Albert, tout en promettant le lancement d’autres opérations publiques et privées, dans le neuf ou dans l’ancien. « Le vaste changement de modèle qu’il nous faut opérer pour protéger la planète ne pourra advenir que par une multitude de changements — certains locaux, d’autres planétaires, certains économiques, d’autres politiques, certains individuels, d’autres collectifs : c’est tout le sens de notre politique dans ce domaine », a expliqué Albert II. Avant de conclure son discours par une citation de l’industriel américain et fondateur du groupe automobile Ford, Henry Ford (1863-1947) : « Se réunir c’est un début, rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble c’est la réussite ». Une réussite que vise la Principauté et le Prince Albert, d’abord en 2030, puis en 2050.

 

Livre blanc : 4 mois de consultations

Pour élaborer ce livre blanc sur la transition énergétique, de septembre à décembre 2016, 59 organismes et environ 90 personnes ont été entendues. Par la suite, en janvier 2017, cinq secteurs d’activités ont travaillé sous la forme d’ateliers : le bâtiment, les commerces et les entreprises, l’énergie et les services urbains, la santé et enfin le tourisme, l’événementiel et les loisirs. Le chef de mission pour la transition énergétique, Jean-Luc Nguyen, s’est félicité du travail accompli, tout en évoquant une opposition sur le financement, public ou privé, pour atteindre les objectifs fixés par le Prince Albert II. La concertation va se poursuivre, avec pour objectif d’unifier les bonnes pratiques constatées de façon parfois trop éparses. Ce livre blanc est à télécharger ici : www.gouv.mc, dans la rubrique “publications”.

journalistRaphael Brun