Braquage chez Cartier :
trois des quatre braqueurs arrêtés

Sophie Noachovitch
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Cinq hommes, trois braqueurs, un chauffeur et le frère de l’un des braqueurs venu le chercher, sont impliqués dans le braquage de la bijouterie Cartier, le 25 mars. Ils ont tenté de dérober plusieurs millions d’euros de bijoux, mais se sont heurtés à la réactivité de la police monégasque. Deux des braqueurs et leur chauffeur ont été présentés à des juges d’instruction. Un troisième braqueur était toujours recherché alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 28 mars.

Ils sont repérés sur les caméras de vidéosurveillance braquées sur la joaillerie Cartier, place du Casino à Monaco, samedi 25 mars au matin. « Ils se sont préparés, insiste le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni. Le fait qu’ils aient prévu de l’essence pour incendier leur véhicule en cas de fuite pour ne pas laisser d’empreintes le prouve. » Tout comme les vêtements cachés à proximité. Si les trois braqueurs et leur chauffeur, âgés de 20 à 25 ans et originaires de Vallauris, ne sont pas connus par les services de police pour des faits de braquage — seul l’un d’eux présente un casier judiciaire — ils ne se sont pourtant pas conduits en amateurs. « Ce ne sont pas des personnes aguerries, mais des bras cassés, je ne peux pas le dire, a affirmé Jacques Dorémieux, procureur général, lundi 27 mars, lors d’une conférence de presse. Ils ont été surpris par la capacité de réaction des policiers. » Le déroulé des faits minuté relaté par le directeur de la sûreté atteste de cette réactivité. A 15h45, un passant appelle le 17, indiquant que « quelque chose de grave se déroule dans la bijouterie Cartier ».

« Menottes »

Quelques instants plus tôt, trois hommes entrent dans la boutique « de manière normale, dans un accoutrement qui n’est pas un accoutrement de clients habituels de la bijouterie », précise Richard Marangoni. Fait inhabituel pour une bijouterie de la Principauté, on entre sans sonner ici. Le directeur de la sûreté publique indique pudiquement que « la maison Cartier obéit à un protocole de sécurité qui lui est propre. Des discussions sont à prévoir sur ce dispositif. » La tête coiffée d’une casquette et le visage partiellement masqué d’une écharpe, ils sortent deux armes de poing et menacent les employés, au nombre de trois. Ils crient, s’emparent des bijoux qu’ils enfournent dans trois sacs en 8 minutes exactement. A cet instant, les policiers ignorent encore qu’il s’agit d’un vol à main armé, mais lorsque les trois hommes font irruption hors de la boutique à 15h48, les agents les attendent sur la place. « J’ai vu les policiers passer les menottes à l’un des hommes, relate un témoin de la scène. Les employés sont sortis quelques instants plus tard et ont été emmenés par une ambulance. »

« Pneu »

Si un braqueur est aussitôt interpellé, les deux autres prennent la fuite, abandonnant deux des sacs au précieux contenu dans leur course. Pour semer les policiers, ils se séparent. Un policier prend en chasse l’un des deux. Faute de renfort à cet instant, l’autre prend le large. A l’heure où nous écrivions ces lignes, le 28 mars, il était toujours en fuite, probablement en France. Le premier talonné par le policier, a rejoint le square Saint-James, où l’attend une Mégane Renault, avec chauffeur. « L’agent de police a fait preuve de beaucoup de sang froid et a tiré à quatre reprises dans le pneu avant gauche du véhicule, ralentissant leur fuite », relate Richard Marangoni. La Mégane démarre néanmoins en trombe, semant pour un moment les policiers, mais le Plan de sécurité et d’intervention (PSI) a été déclenché. D’importants effectifs de police — une soixantaine d’hommes s’ajoutent au dispositif classique — se déploient sur l’ensemble de la cité-Etat.

« Millions »

Lorsque les fuyards atteignent le rond-point du Portier, ils sont contraints d’abandonner leur voiture. Ils l’incendient pour effacer leurs traces et prennent la fuite à pied. Les policiers quadrillent tout Monaco. A 21h15, un deuxième braqueur est interpellé. Il avait trouvé refuge dans l’église anglicane de l’avenue de Grande-Bretagne. « Il a essayé de se changer dans l’église, précise le procureur général. Il avait prévu… une veste rouge de Père Noël ! » Passée cette originalité, son complice, chauffeur, est lui débusqué entre les taillis de la route du Beach Hôtel, sur la commune de Roquebrune-Cap-Martin, à 22h15. Le sac de bijoux qu’il portait avec lui est retrouvé à quelques mètres de là, lundi 27 mars, permettant de reconstituer « la totalité ou la quasi totalité du butin », d’une valeur de plusieurs millions d’euros. Quelques minutes plus tard, au niveau du carrefour Saint-Roman à Monaco, alors que des contrôles systématiques aux frontières sont organisés, les policiers découvrent « une personne au comportement et à l’apparence suspecte ». Il s’agit du frère de l’un des suspects tentant de lui venir en aide. Il est le quatrième interpellé de la journée.

Inquiétant

« L’entraide avec la France a été mise en place dès samedi après-midi, souligne Jacques Dorémieux. Il fallait réaliser en urgence une perquisition à Vallauris chez le premier des interpellés. » Ce jeune homme, ainsi que son complice interpellé sur le territoire monégasque, devaient être présentés lundi 27 mars dans l’après-midi au juge d’instruction. Leur complice arrêté en France l’a aussi été devant un juge d’instruction français à Nice. Ils encourent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. Ce vol à main armé est particulièrement inquiétant pour la Principauté, mais aussi pour les joaillers. « C’est le deuxième en peu de temps, se souvient un directeur de bijouterie de la place du Casino. En décembre, la bijouterie Graff Diamonds, située dans le Casino, a été elle aussi victime d’un braquage. Une vendeuse avait été prise en otage et emmenée en taxi ». Le malaise de la vendeuse avait coupé court à la fuite du malfrat, interpellé seulement quelques minutes plus tard, jeudi 22 décembre. « Cela devient très dangereux, ajoute le joailler. Chez nous, il faut sonner pour entrer et on n’a pas le droit d’entrer avec des lunettes ou un chapeau. Et les mains doivent être visibles ». Ses salariés sont formés à réagir par une entreprise de sécurité spécialisée. Pourtant, le procureur général ne veut pas dramatiser. « C’est une préoccupation, mais c’est probablement beaucoup plus difficile de réussir un braquage ici qu’ailleurs. Notre dispositif de sécurité est globalement plus efficace en raison de la taille de notre territoire. » Un événement qui ternit néanmoins les statistiques d’une délinquance en constante baisse sur le Rocher.

 

journalistSophie Noachovitch