Le Louis XV casse les prix

Raphael Brun
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Jusqu’au 20 mars, le Louis XV propose un dîner à 165 euros. Une première pour ce restaurant triplement étoilé par le guide Michelin. Et il ne reste que quelques jours pour en profiter.

Jamais le Louis XV d’Alain Ducasse n’avait proposé un dîner à ce prix là : 165 euros hors boissons et 225 euros avec. Cela ne reste bien sûr pas accessible à tout le monde, mais à l’heure du dîner, et pour un restaurant qui possède trois macarons au Michelin, l’initiative peut surprendre. « Auparavant, on proposait un déjeuner à 145 euros. Mais, désormais, nous ne sommes plus ouverts qu’en soirée », rappelle le directeur de salle de ce restaurant, Michel Lang. Derrière cette opération se cache un double objectif. Économique, d’abord. Pour faire face à la période novembre-mars plus délicate en termes de fréquentation, ce restaurant qui emploie une cinquantaine de salariés, a lancé une réflexion. C’est finalement Alain Ducasse qui a soufflé la réponse. Ce chef monégasque qui possède 18 étoiles dans 23 établissements dans le monde (1) a demandé en janvier dernier à ses équipes de travailler sur des dîners d’hiver, capables d’attirer une clientèle qui, jusque là, n’ose pas pousser les portes de l’hôtel de Paris. Et c’est là le second objectif de ces dîners d’hiver : attirer une clientèle qui, d’habitude, n’oserait pas ou ne pourrait économiquement pas venir au Louis XV.

Louis XV

© Photo Pierre Monetta

« Rituel »

Toute l’équipe de cet établissement s’est donc mise au travail pour imaginer un dîner le moins cher possible. « Tous les plats proposés dans ce menu d’hiver figurent sur la carte du Louis XV, tout comme les desserts, souligne Michel Lang. Les clients bénéficient de tout le rituel du Louis XV. » Bref, pas question de proposer un dîner « low cost », même si la réduction dépasse les 50 %. En effet, habituellement, il faut compter 330 euros pour un menu “gourmet” sans les vins, et 500 euros avec. Et depuis le lancement de cette opération, le 2 février, le succès semble réel. « Aujourd’hui, un client sur quatre opte pour cette formule spéciale. Et une majorité prend la formule avec les boissons », indique Michel Lang. Sur les 50 couverts du Louis XV « 10 à 15 » viennent dans le cadre de cette offre. « Sinon, en hiver, on tourne plutôt à 20 ou 30 couverts le soir », indique Michel Lang. Quant au profil des clients, il s’agit plutôt de couples, entre 25 et 30 ans, certains n’hésitant pas à offrir ce dîner comme on offre un cadeau. « On espère donner envie à ceux qui n’osent pas venir au Louis XV de franchir notre porte, de ne pas se laisser écraser par l’impressionnant decorum, ajoute le directeur de salle. Une fois qu’ils auront dégusté deux de nos plats qui sont à la carte, peut-être qu’ils auront envie de revenir pour goûter les 15 autres plats que nous proposons… »

Louis XV

Sur les 50 couverts du Louis XV « 10 à 15 » viennent dans le cadre de cette offre. « Sinon, en hiver, on tourne plutôt à 20 ou 30 couvert le soir », Michel lang. © Photo Pierre Monetta

Bilan

Une certitude : à l’heure du dîner, difficile de trouver un restaurant triplement étoilé par le Michelin en France, avec un menu à moins de 200 euros au dîner, y compris le vendredi et le samedi soir. À La Bouitte, à Saint-Martin-de-Belleville, en Savoie, on trouve par exemple un menu avec trois plats pour 140 euros. Mais cette formule n’est pas servie le week-end ou les jours fériés. Au Près d’Eugénie, dans son restaurant d’Eugénie-les-Bains, dans les Landes, Michel Guérard affiche un menu appelé Jour de Fête à 195 euros. À Chagny-en-Bourgogne, le chef Eric Pras propose à Lameloise un menu à 145 euros. Enfin, chez Michel Bras, au Suquet, à Laguiole, les tarifs vont de 125 à 227 euros. Mais attention : tous ces prix n’incluent évidemment pas les boissons, qui font souvent exploser la note. Pour le mois de mars, le chef du Louis XV, Dominique Lory (lire son interview publié dans Monaco Hebdo n° 980), change sa carte, qui passe donc de l’hiver au printemps. « Entre février et mars les plats ne sont plus les mêmes. Tout est fait pour que les clients reviennent nous voir », explique Michel Lang. Ce mois-ci, le chef propose ses coquillages et pois chiches rafraîchis au goût iodé ou ses asperges vertes à la vapeur avec son condiment caillé de brebis au citron. Et pour les plats, il faudra choisir entre le homard bleu aux baies de myrte et gingembre ou l’agneau de lait fermier à la cheminée, avec rougette et petit épeautre. La fin de ces dîners d’hiver est prévue le 20 mars. L’heure sera alors au bilan. Et même si aucune décision officielle ne devrait être prise avant l’automne 2017, cette formule a de fortes chances d’être reconduite l’année prochaine.

(1) Alain Ducasse affiche 18 étoiles dans 23 restaurants. Il dirige 36 établissements dans le monde.

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