« Le risque 0 n’existe pas »

Raphael Brun
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Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 14 mars, l’AS Monaco jouait  le lendemain un huitième de finale retour de Ligue des Champions au stade Louis II contre Manchester City. Un match classé « à risques » par les autorités monégasques. Les explications du conseiller-ministre pour l’Intérieur, Patrice Cellario (1).

Comment s’organise la sécurité autour d’un match de Ligue des Champions ?

On appréhende chaque rencontre de football de la même manière. Que ce soit un match de Ligue des Champions, de Coupe de France ou de Ligue 1 (L1), la réflexion et la démarche restent similaires. Ensuite, c’est selon les données que l’on recueille sur la rencontre que l’on définit le niveau de risque et notre schéma.

Qu’est-ce qui fait varier le niveau de risque ?

L’enjeu sportif draine un public plus ou moins important. Mais surtout, un public plus ou moins chaud. Et donc, plus ou moins à risques.

Le nombre de supporters adverse est contrôlé ?

Il existe une règle : le club qui reçoit doit mettre 5 % de la capacité de son stade à la disposition des supporters de l’équipe visiteuse. Ce qui représente chez nous, au stade Louis II, environ 900 places.

On peut dépasser ces 5 % ?

Il arrive que l’on reçoive des demandes spécifiques de certains club. Cela dépend du club, de l’enjeu et de la distance. Mais on ne peut en tout cas pas aller en dessous de cette règle des 5 %.

Combien de supporters anglais étaient attendus pour le huitième de finale retour Monaco-Manchester City ?

1 500 supporters de Manchester City étaient attendus. Donc l’AS Monaco a mis à la disposition de Manchester City 1 500 billets pour accéder au stade Louis II. C’est ensuite à Manchester d’assurer la vente de ces tickets et d’en assumer la responsabilité.

Ce n’est pas le club qui reçoit, l’AS Monaco donc, qui endosse cette responsabilité ?

Non. Et cela est une règle qui vaut pour le football en général. Donc en Ligue 1 (L1) aussi, pas seulement en Ligue des Champions.

Le profil des supporters pèse beaucoup dans le dispositif de sécurité à mettre en place ?

La nature des supporters et des clubs de supporters qui gravitent autour de l’équipe que l’on reçoit est un paramètre que l’on prend en compte. Selon les équipes, ce paramètre est très variable. Tout cela nous permet d’évaluer s’il s’agit d’un match à risques plus ou moins élevés. Sachant que le risque 0 n’existe pas.

Ce match AS Monaco-Manchester City était un match à risques ?

C’était un match à risques parce que c’était un huitième de finale retour de la Ligue des Champions. Il y avait donc un véritable enjeu sportif, avec deux équipes qui voulaient gagner à tout prix. Du coup, le public autour de ce match pouvait donc être aussi très engagé.

Les Anglais possèdent toujours les hooligans les plus actifs en Europe ?

Le public anglais a beaucoup évolué par rapport à ce qu’il était à la fin des années 90, ou à l’époque de la catastrophe du Heysel (2), en 1985. Ce changement est en partie dû à une hausse des prix des billets dans les stades anglais. Sans oublier une politique de surveillance et de relation avec les supporters qui est beaucoup plus pointilleuse que chez nous. Les billets vendus portent le nom de l’acheteur. Ce qui peut, au besoin, permettre d’identifier le fauteur de troubles.

Le public anglais est quand même venu à Monaco pour faire la fête, aussi ?

Absolument. Or, quand 1 500 supporters débarquent dans un univers aussi contraint que le nôtre pour faire la fête, il peut y avoir quelques débordements, sans pour autant que l’on puisse parler de hooliganisme.

Il y a des restrictions sur la vente d’alcool ?

Pour le match contre Manchester City, la vente d’alcool était interdite dans toute la Principauté pendant l’après-midi qui a précédé cette rencontre.

Mais il reste possible de consommer de l’alcool à Beausoleil, à Cap-d’Ail ou à Roquebrune-Cap-Martin ?

C’est exact. Mais ce n’est pas une raison pour qu’on ne fasse rien chez nous. On informe les communes limitrophes. Si elles ont la bonne idée de prendre un arrêté de la même nature que chez nous, c’est tant mieux.

Comment limiter autant que possible les affrontements entre supporters ?

On sépare les supporters en les plaçant dans des coins opposés du stade. On essaie aussi de faire en sorte qu’ils ne se croisent pas non plus dans et autour du stade. Ce qui reste compliqué dans un territoire aussi réduit que celui de Monaco. L’objectif, c’est de limiter les risques d’invectives qui peuvent provoquer des débordements.

Cette gestion des déplacements est identique entre un match de Ligue des Champions et de L1 ?

Pas tout à fait. En L1, les supporters adverses peuvent se rendre à Monaco de façon plus simple et plus rapide qu’en Ligue des Champions. En effet, pour la Coupe d’Europe, les supporters viennent souvent de plus loin. Du coup, ils restent parfois plusieurs jours. Ce qui nous oblige à prendre en considération une période plus longue.

Pour assurer la sécurité, Monaco fait appel à des renforts français ?

Nous avons un accord de coopération avec la France. On sollicite donc des forces qui sont plus ou moins compliquées à obtenir en fonction de leur disponibilité. Une disponibilité qui est impactée par le niveau d’état d’urgence mis en place par la France.

Il y avait combien de CRS pour Monaco-Manchester City ?

Il y avait deux compagnies de CRS, soit 120 à 140 hommes. Nous bénéficions d’une excellent collaboration avec les services de la préfecture des Alpes-Maritimes, de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) et avec la gendarmerie nationale. Dès l’arrivée des supporters à l’aéroport de Nice, ils sont pris en charge. Et toute une chaîne de sécurité se met alors en place.

 

1. Cette interview a été réalisée le 10 mars 2017.
2. Le 29 mai 1985, la Juventus et Liverpool jouent la finale de la Coupe des clubs champions au stade Roi Baudoin de Bruxelles. Un affrontement entre supporters des deux camps provoque la mort de 39 personnes.

 

Un député russe propose de légaliser les combats entre hooligans

Le 6 mars, le député russe Igor Lebedev, membre du parti d’extrême droite LDPR, a proposé d’encadrer et de légaliser les bagarres sans armes entre hooligans : « Nos fans sont des combattants, pas des hooligans. Nous pourrions transformer en sport les affrontements entre supporteurs. » Un projet étonnant qui vise à « canaliser la violence des supporters » avant la prochaine Coupe du monde qui se déroulera en Russie du 14 juin au 15 juillet 2018. Confiant, Lebedev estime que « ce genre de spectacle pourrait attirer autant de spectateurs que les matches de football. » Ce projet donne en tout cas du crédit à l’analyse avancée par Nicolas Hourcade, sociologue à l’école Centrale de Lyon et spécialiste des supporters de football. Interrogé par les Inrocks en juin 2016, cet expert estimait que certains hooligans n’assistent jamais à un match. Et qu’ils sont désormais devenus de véritable « combattants professionnels » qui « s’entraînent et organisent des combats collectifs pour déjouer les forces de l’ordre ». Igor Lebedev est aussi membre des instances de la Fédération russe de football.

Mondial 2018 : des hooligans russes promettent un « festival de violence »

Orel-Butchers hooliganisme

Dans un documentaire diffusé mi-février par la BBC et intitulé Le monde secret du hooliganisme russe, un hooligan de ce pays assure que la Coupe du monde 2018 sera un « festival de violence ». La BBC a interrogé des membres des Orel Butchers, un groupe du Lokomotiv Moscou, déjà accusé de violences lors de l’Euro 2016. Alors que le Mondial 2018 aura lieu en Russie, plusieurs hooligans russes ont promis de multiplier les violences, tout en mettant en garde les fans anglais. En juin 2016, lors de l’Euro 2016, une centaine de supporters anglais ont été blessés lors d’affrontements avec des Russes sur le Vieux-Port de Marseille. À l’heure actuelle, Angleterre et Russie se disputeraient la première place du palmarès des hooligans les plus violents. Si les Anglais restent une “référence” dans ce milieu, les Russes entendent clairement contester cela. En 2012, la Russie a renforcé son arsenal répressif : désormais les hooligans encourent jusqu’à 7 ans de prison. Ce qui n’empêche pas les violentes bagarres entre supporters russes. Des bagarres qu’ils filment pour les publier ensuite sur internet. Pour éteindre l’incendie provoqué par le documentaire de la BBC, le président de la fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino, est monté au créneau le 16 février dernier : « Je ne m’inquiète pas des problèmes de violence en 2018. J’ai une totale confiance dans les autorités russes, qui prennent le sujet très au sérieux. » Reste à savoir comment le gouvernement de Vladimir Poutine agira face à cette inquiétante situation. En attendant, les autorités russes ont qualifié le reportage de la BBC de « propagande totale » destinée à décourager les fans anglais de se rendre en Russie.

journalistRaphael Brun