Usine d’incinération reconstruite
à Monaco : la colère des élus

Sabrina Bonarrigo
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Lors d’une conférence de presse le 7 mars, le conseiller-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia a affirmé que l’usine d’incinération sera reconstruite à Fontvieille et non pas externalisée. Une majorité d’élus du Conseil national regrette d’avoir été « une nouvelle fois » mis devant « le fait accompli ».

La piste d’une externalisation de l’usine d’incinération est-elle définitivement enterrée ? Depuis des années, cette délicate question oppose élus du Conseil national et gouvernement… Mais le 7 mars, lors d’une conférence de presse, Marie-Pierre Gramaglia a sifflé la fin de la récréation. Le conseiller-ministre pour l’équipement a affirmé, sans l’ombre d’une ambiguïté, que l’usine sera bel et bien reconstruite sur le sol monégasque. Et a même révélé un début de calendrier : « L’appel d’offres sera lancé avant la fin de l’année 2017. Les postulants auront 6 mois pour y répondre. Et la décision sera prise en 2018 », a-t-elle indiqué, tout en rappelant que cet appel d’offres sera ouvert à toutes les nouvelles technologies. « On choisira la plus efficiente et la plus protectrice de l’environnement. » Pour justifier ce choix, Marie-Pierre Gramaglia a une nouvelle fois avancé toute une série d’arguments. Tout d’abord, la difficulté de trouver « des communes aux alentours qui acceptent d’accueillir une usine », traitant l’ensemble des déchets monégasques. Les menaces de grèves sur le territoire français ont aussi pesé dans la balance : « Nous avons calculé que dans ce cas de figure, au bout de trois jours, la Principauté serait envahie par une masse d’ordures. »

Gestion intra-muros

Pour prouver que maintenir une usine sur le sol monégasque est la seule piste raisonnable, Marie-Pierre Gramaglia a aussi rappelé que celle-ci ne sert pas seulement à brûler des déchets. L’énergie de cette usine alimente aussi le chauffage et la climatisation de la majorité des immeubles du quartier de Fontvieille, des immeubles Jardins d’Apolline et Hélios, sans oublier le lycée technique et hôtelier. « ll faudrait donc trouver un autre moyen pour remplacer toute l’énergie qui est créée par l’usine d’incinération… » Autre argument, plus juridique cette fois : les obligations qui lient la Principauté à la convention de Bâle. « Il faudrait prouver que l’on ne parvient pas à traiter nos propres déchets… », note Marie-Pierre Gramaglia. Or, depuis plus d’un siècle, Monaco a toujours fait le choix de gérer ses déchets « intra-muros », qu’ils soient industriels et ménagers. La première usine thermique de traitement a en effet été construite en 1898. La seconde, en 1938. Et l’usine actuelle — ouverte en 1980 — traite 54 000 tonnes de déchets par an, ainsi que 16 000 tonnes de la région voisine.

Foncier

Les partisans d’une externalisation de l’usine en France avancent aussi un autre argument : ce choix permettrait de récupérer des milliers de m2 de foncier sur Fontvieille. Un argument nuancé par Marie-Pierre Gramaglia : « On ne pourra pas récupérer l’intégralité des 7 000 m2 qui sont dévolus à l’usine d’incinération, puisqu’il faudrait tout de même prévoir un centre de massification des déchets. » En clair, un espace qui réunirait tous les déchets de la Principauté, avant de les acheminer hors de Monaco. Quant aux 16 000 tonnes de déchets provenant de la France, « d’ici fin 2019 », ils ne seront plus traités dans l’usine monégasque, mais à l’incinérateur de Nice-l’Ariane. « Cela va dans l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre », a précisé Marie-Pierre Gramaglia. Lors de la Cop21, Monaco s’était en effet engagé à les réduire de 50 % d’ici 2030, par rapport à 1990.

« Gesticulations »

Sans surprise, côté politique, cette annonce a ulcéré le groupe Union monégasque (UM) qui s’est toujours farouchement opposé à une reconstruction de l’usine in situ (lire l’interview de l’élu UM Jean-Louis Grinda dans Monaco Hebdo n° 1003). Dans une réaction commune avec la Nouvelle Majorité (NM) et Renaissance, les élus ont indiqué : « Quelques mois après le délicat épisode de l’acquisition du port de Vintimille, avec la découverte de la finalisation de l’opération par les conseillers nationaux dans la presse locale, voici que le Conseil national se trouve une nouvelle fois placé par le gouvernement devant le fait accompli. Le sujet porte cette fois sur le débat autour de l’usine d’incinération ». Ce qui a particulièrement agacé les élus, c’est la contradiction entre les propos définitifs de Marie-Pierre Gramaglia, et ceux, beaucoup moins tranchés, de Serge Telle. Début mars, dans une interview accordée à Monaco Hebdo (lire Monaco Hebdo n° 1006), le ministre d’Etat avait en effet indiqué que la décision sur ce sujet n’était « pas complètement arrêtée ». Avant d’ajouter : « Mais on va plutôt dans la direction » d’une reconstruction in situ. Plusieurs élus regrettent donc de ne pas avoir été informés de la décision définitive : « La confiance dans le pas vers l’autre ne peut être une notion unilatérale. Elle ne peut se concevoir que si les deux partenaires institutionnels jouent le jeu. » Quant au leader d’Horizon Monaco (HM), Laurent Nouvion, il a dénoncé sur sa page Facebook, « l’incapacité de l’assemblage majoritaire à se faire respecter. Gesticulations, postures et cinéma… Après le port de Vintimille, voici l’usine d’incinération. Deux claques en deux mois ! En un an, ils ont réussi à rendre le Conseil national complètement inaudible et invisible. Quant au fond, le groupe HM prend acte de la décision du gouvernement et rappelle que cette solution était la plus réaliste. »

 

Généralisation du tri sélectif à Monaco

C’est une petite révolution écolo que prépare le gouvernement… L’État va obliger les copropriétaires, les syndics, mais aussi les promoteurs immobiliers à implanter dans chaque immeuble de la Principauté un local poubelle adapté au tri sélectif. Pour le moment, c’est loin d’être le cas. Sur les 1 470 immeubles que compte Monaco, seuls 150 sont déjà équipés. « On espère que chaque immeuble disposera de ces bacs de tri. C’est en tout cas le challenge que nous allons essayer de réussir », a indiqué le conseiller-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia. Pour prendre ce virage écolo, le gouvernement a actualisé certains textes (ordonnance et arrêté ministériel). Des textes qui définissent, entre autres, comment ces locaux doivent être conçus : ils doivent être dimensionnés « en fonction du nombre de logements », accessibles depuis la voie publique, répondre à un certain nombre de normes d’hygiène : ventilés, réfrigérés, fermés hermétiquement etc. Et enfin, ils doivent être accessibles aux personnes à mobilité réduite. Pour les bâtiments existants, le gouvernement a prévu un délai de 5 ans pour effectuer la mise aux normes. Quant aux nouvelles constructions, elles devront obligatoirement prévoir ces locaux écolos… Sinon ? Pas de permis de construire ! À noter toutefois que, pour les bâtiments existants, des dérogations sont prévues dans deux hypothèses : si l’installation du local s’avère « impossible techniquement », ou si elle est « économiquement inacceptable ». Dans ces cas de figure, « des solutions alternatives » devront être trouvées. Quant au financement, l’implantation de ces bacs sera à la charge des copropriétaires.

 

journalistSabrina Bonarrigo