« Sortir de l’image
glamour traditionnelle »

Raphael Brun
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Du 14 au 17 mars, Monaco accueille le comité mondial des femmes chefs d’entreprises mondiales (1). Les explications de Joëlle Baccialon, présidente de l’association des femmes chefs d’entreprises de Monaco (AFCEM).

À quand remonte l’idée de recevoir le comité mondial des femmes chefs d’entreprises mondiales ?

L’idée est venue à certaines de nos membres qui s’étaient rendues au comité de l’année 2016 à Prague. Un comité mondial et un congrès mondial sont organisés chaque année dans des pays différents. Il y a eu une défection d’une organisation nationale pour ce comité et nous avons proposé notre candidature.

Pourquoi recevoir ce comité ?

Tout d’abord pour mettre notre organisation monégasque à l’honneur, permettre aux femmes chefs d’entreprises de Monaco de se réunir sur un beau projet et apporter une vision de Monaco différente.

C’est-à-dire ?

Montrer qu’à Monaco il y a des entreprises qui travaillent et qu’il y a des femmes actives avec l’esprit d’entreprise et ainsi, sortir de l’image glamour traditionnelle. Rien de mieux que de travailler ensemble pour créer de la cohésion dans une association et apprendre à mieux se connaître.

En quoi consiste les missions de ce comité ?

Les comités mondiaux permettent de réunir toutes les organisations nationales formant le comité mondial. Les présidentes viennent faire leur rapport d’activité et parler des actions qu’elles mettent en place dans leur pays respectifs et préparer avec l’association mondiale les actions à mettre en place dans l’avenir pour améliorer l’entrepreneuriat féminin.

Des exemples ?

Programmes de formations, possibilité de financement et développement du business entre les membres. Il s’agit d’un réseau très important sur tous les continents. Nous recevrons à Monaco plus de 300 femmes en provenance de plus de 40 pays.

À son échelle, comment Monaco prend part aux missions et aux objectifs de ce comité ?

Monaco a été cette fois-ci chargé de l’organisation. Deux membres de l’association de Monaco font partie du bureau mondial : moi-même comme secrétaire générale adjoint et Nicole Delacour Law comme ambassadrice pour les pays scandinaves. Nous faisons part de nos expériences et nous participons, comme tous les autres pays, à faire connaître la spécificité du management féminin, tout en évoquant nos besoins.

Selon quelle logique ont été choisis les trois thèmes de ce comité mondial, à savoir attractivité, qualité de l’accueil et du service/environnement et urbanisme/tourisme médical, pôle de santé de luxe et de sport ?

Ils ont été choisis pour répondre à des préoccupations actuelles et en accord avec l’association mondiale. D’autre part ces thèmes permettent de démontrer que la Principauté est très avancée sur ces thèmes.

Qui sont les expertes présentes pour évoquer ces thèmes ?

Tout d’abord les officiels de Monaco, comme Henri Fissore, ambassadeur auprès du ministère d’Etat, qui est très impliqué dans le conseil supérieur de l’attractivité (CSA). Mais aussi Guillaume Rose, directeur du tourisme et des congrès (DTC), Marie-Pierre Gramaglia ministre-conseiller pour l’environnement et l’urbanisme et Stéphane Valeri, ministre-conseiller aux affaires sociales et la santé. Il y aura aussi des participants de divers pays membres de l’association ou sympathisants.

À qui est ouvert ce comité du 14 au 17 mars ?

Essentiellement aux membres de l’association mondiale et à des femmes entrepreneurs qui désirent y adhérer. Elle viennent chercher des contacts d’affaire et nous avons organisé un business to business (B to B) avec le Monaco Economic Board (MEB) qui ouvrira les contacts aux entreprises monégasques qui désirent y participer.

Créée à Monaco en 2004, quel bilan faire de l’antenne monégasque des femmes chefs d’entreprises ?

Le bilan est très positif. Nous apprenons à nous connaître, nous partageons nos expériences, nous pratiquons l’entraide et la solidarité. Nous recevons des formations et recevons régulièrement des intervenants sur les sujets qui nous intéressent et des autorités monégasques auprès desquelles nous pouvons émettre des voeux.

Une récente enquête de l’Ifop, pour le compte du courtier April, évoque les mentalités toujours négatives à l’encontre des femmes (47 %), les discriminations professionnelles toujours présentes (30 %) et l’insuffisante préparation psychologique des femmes pour accéder à ce type de poste (18 %) : que faire ?

Nous pouvons lutter contre les discriminations en nous unissant comme nous le faisons. Et en démontrant que nos entreprises sont souvent mieux gérées que celles gérées par les hommes.

Vraiment ?

Nous prenons moins de risque et nous sommes très à l’écoute.

Toujours selon cette enquête de l’Ifop, les femmes considèrent à 68 % qu’il est toujours aussi difficile qu’il y a dix ans d’accéder à un poste à responsabilité : pourquoi ce sentiment ?

Il est toujours difficile d’accéder à des postes de responsabilité pour les femmes. Ce n’est pas un sentiment, mais une réalité. Moins de 10 % des postes de conseil d’administration de grandes entreprises sont confiés aux femmes, et restent encore des clubs très fermés réservés aux hommes.

Pourquoi ?

Les femmes sont des mères de familles et elles ne peuvent s’engager dans l’entrepreneuriat si elles n’ont pas des infrastructures adaptées : crèches, garderies avec des horaires flexibles, etc. Les “papa poules” sont très peu nombreux. Même chez les jeunes couples, leur nombre est anecdotique.

Aujourd’hui, 30 % des créations d’entreprises en France sont l’oeuvre de femmes, contre 48 % aux États-Unis : c’est aussi un problème culturel ?

Les carrières masculines sont privilégiées par culture. Et ce, même si les femmes arrivent en tête dans les résultats scolaires, universitaires et dans les grandes écoles. Mais professionnellement, cela ne suit pas. Les réunions de direction sont toujours très tard le soir, les métiers où les femmes sont très présentes sont dévalorisés aux yeux des hommes. Pourtant, les femmes sont très compétentes.

Vos projets pour 2017 ?

Continuer à nous faire connaître et à agrandir notre association avec des membres de plus en plus jeunes. Mais aussi présenter des actions qui peuvent aider à remédier à tous les points que nous venons d’évoquer. Et bien sûr, continuer à démontrer notre compétence et notre efficacité.

(1) World Committee Monaco 2017, du 14 au 17 mars au Méridien Beach Plaza. + d’infos sur www.fcem-monaco2017.com.

journalistRaphael Brun