« Nous ne sommes pas
dans l’opulence »

Sabrina Bonarrigo
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Depuis 1997, Monaco Inter Expo crée les pavillons monégasques présentés lors des expositions universelles et internationales. Un coup de projecteur mondial, à plusieurs millions d’euros, parfois critiqué du côté du Conseil national.

La participation de Monaco aux expositions universelles et internationales n’a pas toujours fait l’unanimité… Certains — des élus du Conseil national notamment — considèrent que les budgets impliqués sont exorbitants. D’autres, que le contenu des pavillons monégasques n’est pas toujours d’une qualité optimale. D’autres enfin, que la présence de Monaco à ces expositions est tout bonnement inutile… Pour l’entreprise organisatrice, Monaco Inter Expo (MIE) (1), ce genre d’évènements est au contraire un coup de projecteur mondial que la Principauté n’a pas le droit de manquer. « Ces expositions sont une plateforme de communication internationale. Elles permettent de toucher des millions de visiteurs qui n’ont jamais vu, ou qui ne connaissaient pas la Principauté. C’est une formidable campagne de communication, avec la présence de journalistes, de délégations officielles, de scientifiques, d’entrepreneurs ou encore de célébrités qui viennent du monde entier », explique Albert Croesi, directeur général de MIE (2). Il faut dire que ce genre d’évènements brasse en effet une foule colossale et qu’en moyenne, entre 100 et 150 pays y participent. Le record remonte à 2010. C’était en Chine, à Shanghai. L’exposition avait alors accueilli 73 millions de visiteurs et 189 pays étaient représentés. « Seule la Principauté d’Andorre n’y avait pas participé. Et cette absence a été remarquée… », note encore le directeur général.

Business

Autre argument de poids : le point de départ d’une participation — ou non — à une exposition est « une volonté du Prince. Il faut donc le faire… et bien le faire », résume encore Albert Croesi. Au-delà de la « vitrine mondiale », ces expositions sont aussi l’occasion, en coulisses, de faire du business… « Le pavillon monégasque n’est pas une coquille vide… De nombreux évènements s’y produisent. Le Monaco private label par exemple organise des dîners privés avec une clientèle haut de gamme. Le Monaco economic board (MEB) organise également des rencontres entre entrepreneurs monégasques et entrepreneurs du pays hôte. Des partenariats commerciaux peuvent donc être noués lors de ces évènements, poursuit Albert Croesi. MIE est un outil au service de toutes les structures institutionnelles et économiques de la Principauté qui peuvent et doivent se servir des expositions pour promouvoir la Principauté et ses actions. »

« Opulence »

Quant aux budgets, ils varient selon les expositions. En 2015, à Milan, l’Etat a déboursé 7 millions d’euros. En 2017, à Astana, 3 millions d’euros seront nécessaires. Et pour Dubaï, en 2020, c’est une somme de 10 millions d’euros qui est avancée : « Ce sont en effet des sommes importantes, reconnaît Albert Croesi. Mais c’est ce sont des dépenses étudiées. Nous ne sommes pas dans l’opulence. Il faut transporter les matériaux dans la ville hôte, rémunérer les scénographes et les architectes qui travaillent sur le projet… Dubaï sera d’ailleurs réalisé par un groupement d’architectes monégasques. Sans oublier, payer le personnel sur place. À Shanghai, 120 personnes étaient mobilisées sur le pavillon monégasque. Nous serons entre 50 et 60 personnes à Astana. Tout ceci a un coût. » Et si les expositions ne durent que quelques mois, la création d’un pavillon nécessite en revanche beaucoup plus de temps. « Deux à trois ans en moyenne. On a tout à fait le droit de considérer que les coûts sont trop élevés. Je peux le comprendre. Mais ce n’est pas de l’argent dépensé inutilement. Il y a des retombées extraordinaires en termes d’image. Tous les pays participants investissent d’ailleurs des sommes colossales. Le Kazakhstan par exemple a dépensé 40 à 50 millions d’euros à l’exposition de Milan, la France 40 millions, et le Japon 60 millions. Sont-ils tous déraisonnables ? Notons par ailleurs que la ligne budgétaire dédiée aux expositions universelles et internationales est votée au Conseil national, et on ne peut pas dire qu’il y ait eu une majorité de votes contre ou d’abstention… »

 

(1) Monaco Inter Expo (MIE) est une société d’Etat créée en 1997 et présidée par Mireille Pettiti.
(2) Albert Croesi a été consultant pour Monaco Inter Expo (MIE) pendant quatre ans. Il est aussi délégué de la cellule de veille pour la priorité nationale (CVPN). Il assurera la direction générale de MIE jusqu’à la fin de l’année 2017. L’ancien directeur de MIE, Julien Cellario, a été nommé commissaire de l’exposition à Astana.

Un pavillon monégasque au Burkina Faso

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… C’est le cas des containers très colorés qui ont abrité le pavillon monégasque à l’exposition universelle de Milan en 2015. Tous ont été transférés à Loumbila, près de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Ces containers servent désormais de structure principale à un centre de formation et d’hébergement pour la Croix-Rouge burkinabé. « C’est la première fois qu’un pavillon est ainsi recyclé. Il a été pensé et fabriqué pour ce don futur. Nous sommes le premier pays à le faire. L’initiative a été très appréciée et donnera sans doute des idées à d’autres pays », assure Albert Croesi. Selon la Croix-Rouge monégasque, ce centre de formation et d’hébergement s’étend sur 6 hectares et abrite « des salles de conférence et de réunion, un espace de restauration, des modules d’hébergement, des terrains de sport, une structure de secours nautique, une zone maraîchère et un champ photovoltaïque. »

 

En route pour Astana

Monaco Inter Expo finalise les derniers préparatifs pour l’exposition universelle d’Astana. Et se projette déjà à Dubaï.

Astana

Plus de 5 millions de visiteurs sont attendus… Du 10 juin au 10 septembre, la capitale du Kazakhstan, Astana, accueillera l’exposition internationale. Une centaine de pays, dont Monaco, seront représentés sur un site de 25 hectares. Après Lisbonne en 1998, Hanovre en 2000, Saragosse en 2008, Shanghai en 2010, Yeosu en 2012 et Milan en 2015, la société Monaco Inter Expo (MIE) finalise les derniers préparatifs pour ce grand événement qui aura pour thème cette année : « Énergie du futur ». Un thème qui permettra aux pays participants de dévoiler leurs initiatives écologiques. Difficile pour l’heure de connaître dans le détail ce que contiendra le pavillon monégasque — la présentation officielle ayant lieu le 21 mars — en revanche, on sait déjà que MIE mettra en avant le futur éco-quartier de Monaco, l’extension en mer, ainsi que les différentes initiatives entreprises par Monaco en termes d’éco-mobilité et de développement durable. La Fondation prince Albert II ou encore la Société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG) seront d’ailleurs des proches partenaires.

Astana

Solar Impulse

« On s’adresse à un public varié et nombreux. Il faut donc traiter le thème sérieusement, et montrer tout ce que Monaco fait dans ce domaine, tout en essayant de divertir ce public. L’objectif est de laisser une trace dans l’esprit des visiteurs qui traversent, généralement rapidement, de très nombreux pavillons », explique l’équipe de Monaco Inter Expo (MIE). Les visiteurs pourront, entre autres, découvrir Monaco grâce à des casques de réalité virtuelle et voir sur grand écran le film Solar Impulse. L’aéronaute suisse, Bertrand Piccard, devrait même se rendre sur place… Après Astana, MIE aura les yeux braqués sur Dubaï aux Emirats Arabes Unis, où aura lieu la prochaine exposition universelle. Ce sera du 20 octobre 2020 au 10 avril 2021. « Cette exposition à Dubaï suscite déjà un engouement extraordinaire », note Albert Croesi, qui, dans un registre bien moins clinquant, planche aussi sur un tout autre projet : « MIE travaille également sur l’organisation d’une réception à Monaco des anciennes seigneuries de la Principauté. Ces anciens fiefs, comme Matignon, les Baux de Provence, Cagnes-sur-Mer ou encore Menton, viendront présenter leur histoire, leur culture et leurs traditions ». Un évènement qui devrait avoir lieu les 23 et 24 juin 2018, à l’occasion de la fête de la Saint Jean.

 

(1) La journée nationale officielle de Monaco à Astana aura lieu le 25 juin.

journalistSabrina Bonarrigo