6,5 millions d’euros
pour une nouvelle bretelle

Anne-Sophie Fontanet
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Les autorités françaises et monégasques ont signé vendredi 3 mars une convention d’accord de financement des travaux de la bretelle de Beausoleil. Une sortie d’autoroute qui doit aider à désengorger la commune de la Turbie, victime d’énormes embouteillages tous les matins.

« C’est un petit équipement, mais un grand pas en avant pour la qualité de vie des résidents français pendulaires qui vont travailler à Monaco et celle des habitants de la Turbie. » Le nouveau préfet des Alpes-Maritimes, Georges-François Leclerc, vient de signer au nom de l’Etat français un protocole d’accord financier avec la Principauté de Monaco, le conseil départemental et la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF) concernant l’ouverture de la bretelle de Beausoleil sur l’A8. Inscrite au plan d’investissement autoroutier par le président François Hollande, elle a été validée ces dernières semaines par le secrétaire d’Etat chargé des Transports, Alain Vidalies. Les travaux ne devraient pas débuter avant le dernier trimestre 2018. Le temps de mettre en œuvre différentes études et de lancer un appel d’offres. Il ne faudrait alors que six mois — sans obstacle à la circulation quotidienne — pour l’ouverture d’une sortie qui fait débat depuis 20 ans.

20 ans

L’essentiel portera sur l’aménagement d’un virage, puisque la route reliant l’autoroute à Monaco existe déjà. « Cela va consister à re-profiler et agrandir le rayon de courbure et à faire en sorte que les milliers de véhicules qui l’emprunteront le fassent en toute sécurité », explique Paul Maarek, directeur général d’Escota Vinci Autoroute. Environ 3 000 véhicules pourraient utiliser cette nouvelle bretelle chaque jour. Coût total des travaux : 6,5 millions d’euros financés à 45 %, soit 2,9 millions d’euros, par l’Etat français. Monaco prendra en charge 33 %, soit 2,1 millions d’euros. Le Conseil départemental des Alpes-Maritimes paiera 1,2 millions d’euros (20 %) et la CARF assumera à hauteur de 3 % soit 195 000 euros. Une grande satisfaction pour le maire Les Républicains (LR) de la Turbie, Jean-Jacques Raffaelle. « Je suis élu maire depuis 2014 mais je participe à ce dossier depuis plus de 20 ans. Je me suis battu, heurté, fâché… Aujourd’hui, il est temps de passer à autre chose » réagit-il.

« Irréversible »

Un élu qui assure avoir trouver en Monaco un partenaire et un appui pour la réalisation du projet. « C’était un dossier majeur pour le confort des gens qui se déplacent et le bien-être de ceux qui vivent là », insiste le ministre d’Etat, Serge Telle, qui parle d’une signature « irréversible » permettant l’ouverture de cet équipement d’ici deux ans. « Nous vivons grâce au bassin d’emploi de Monaco. Les échanges sont donc vitaux » souligne le député-maire LR de Menton, Jean-Claude Guibal. Depuis de nombreuses années, les élus du bassin mentonnais tentent de faire entendre leur voix. En 2015, le maire de la Turbie, excédé, les avait réuni dans sa commune pour faire bouger les choses. A l’époque, l’ancien ministre d’Etat monégasque, Michel Roger, était venu apporter son soutien. « Vous en aviez assez de vivre cette situation, ajoute Patrick Césari, maire LR de Roquebrune-Cap-Martin et ex-président de la communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) depuis le 13 février (lire Monaco Hebdo n° 1004). Nous n’avons jamais renoncé, même si au fil des ans, il était difficile d’entendre des refus ». Césari en profite pour ouvrir la réflexion sur une ouverture de bretelle dans l’autre sens de circulation Monaco-Nice : « Un demi échangeur complémentaire qui mérite un examen attentif. »

Téléphérique

Si l’ouverture de cette bretelle devrait permettre de décongestionner le trafic vers Monaco, cela ne constitue qu’une pièce du puzzle dans la question de la circulation entre la France et la Principauté. « Je suis convaincu que dans 10 ans, nous serons à peu près à nouveau dans cette situation de blocage. Il faut passer au stade supérieur, avec une méthode de transport doux via un parking de dissuasion à la Turbie », plaide Jean-Jacques Raffaelle. Il y a quelques semaines, le ministre d’Etat a évoqué un projet de téléphérique urbain intra-muros qui pourrait relier par les airs le Jardin Exotique, Fontvieille et le Rocher. Le maire de la Turbie y voit là une opportunité à ne pas manquer. « Aujourd’hui, j’ai cru comprendre que la gare de départ de ce projet autoriserait l’arrivée d’un autre point venant de la France. C’est évident qu’il faudrait qu’il y ait un raccordement de ces deux projets. » À Monaco, on ne ferme pas la porte à cette idée. « On travaille aussi bien sur le port, le ferroviaire, les téléphériques… L’idée étant qu’un jour, les énormes bouchons que nous connaissons et l’embolie régulière de la Principauté dans ses entrées Ouest et Est, puissent disparaître, confie Serge Telle. Ce projet de téléphérique, pour l’instant en intra-muros, permettra toute possibilité d’adjonction vers les communes limitrophes. Mais ce schéma d’utilisation des téléphériques est loin d’être arrêté. »

 

journalistAnne-Sophie Fontanet