Culture Sélection de janvier

Raphael Brun
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VICTORIA

Victoria

de Justine Triet

Chaos. Après La bataille de Solférino (2013), Victoria est le deuxième long-métrage de Justine Triet. Installée sur le divan de son psy, Victoria Spick (Virginie Efira), se demande « où ça a commencé à merder chimiquement » dans sa vie. Cette avocate, mère divorcée de deux petites filles, ne roule pas sur l’or. D’un côté, elle doit défendre l’un de ses amis (Melvil Poupaud), accusé par sa compagne de l’avoir poignardée. De l’autre, elle attaque en justice son ex-mari (Laurent Poitrenaud) qu’elle accuse d’avoir dévoilé leur vie privée dans l’un de ses romans. Lorsque l’un de ses anciens clients, un dealer (Vincent Lacoste), lui propose de devenir son homme à tout faire, elle accepte. Le chaos peut commencer. Tristesse, joie, mélancolie, hystérie… La comédienne belge, Virginie Efira, est parfaite. Elle incarne tout cela à la perfection.

Victoria de Justine Triet, avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud (FRA, 2016, 1h36), 14,99 euros DVD, 19,99 euros blu-ray.

 

Kubo-et-l-armure-magique

Kubo et l’armure magique

de Travis Knight

Origamis. Le cinéma animé en image par image (stop-motion) accouche ici d’une petite merveille poétique et sensible. Loin des productions numériques de DreamWorks ou de Pixar, Travis Knight et le studio américain Laika, à qui l’on doit l’excellent Coraline (2009), nous offrent une expérience unique, avec des textures d’une beauté à couper le souffle. On suit les aventures du jeune Kubo, un jeune garçon borgne capable de faire bouger avec son shamisen des origamis, des pliages de papier japonais. Aidé par un singe et un scarabée samouraï, Kubo doit faire face à un esprit démoniaque venu de son passé et tenter d’éclaircir la mystérieuse disparition de son père, un très grand samouraï. Cette quête initiatique autour de la famille et de la nécessité de se libérer de son passé pour se réaliser, est une totale réussite.

Kubo et l’armure magique de Travis Knight, avec Charlize Theron, Art Parkinson, Ralph Fiennes (USA, 2016, 1h42), 19,99 euros combo blu-ray+DVD+copie digitale. Sortie le 31 janvier.

 

JUSTE-LA-FIN-DU-MONDE

Juste la fin du monde

de Xavier Dolan

Intensité. Adapté d’une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce (1957-1995), Xavier Dolan raconte le retour dans sa famille d’un écrivain à succès (Gaspard Ulliel, formidable). Après 12 ans d’absence, ce « fils prodigue » vient leur annoncer qu’il va mourir. Ce texte fait revivre un temps où le sida tuait beaucoup. Lagarce a été emporté par cette maladie en 1995. Ce sixième film de Xavier Dolan est un huis clos qui fait la part belle à l’impossibilité de communiquer. Les quelques échanges débouchent souvent sur de violentes disputes familiales. Dolan multiplie les gros plans sur les visages, sur les regards et donne ainsi une intensité folle à son film. Ce psychodrame familial est d’une incroyable beauté.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan, avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux (CAN-FRA, 2016, 1h39), 19,99 euros DVD, 19,99 euros blu-ray. Sortie le 7 février.

 

MA-VIE-DE-COURGETTE

Ma vie de Courgette

de Claude Barras

Sensible. Courgette est un petit garçon qui perd sa mère et se retrouve dans un foyer d’accueil pour enfants. Sur un scénario de Céline Sciamma, d’après un roman de Gilles Paris, Claude Barras anime ses personnages image par image, en stop-motion. Ce récit initiatique raconte tout simplement la vie et le quotidien de ces gamins à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Ahmed, Courgette ou Camille, son amoureuse, partent faire du ski, dansent et s’amusent sur Eisbär (1981) du groupe suisse Grauzone et se questionnent sur la sexualité. Ma vie de Courgette est un film doux et beau qui transforme joyeusement le malheur pour aller au-delà. Vers l’espoir.

Ma vie de Courgette de Claude Barras, avec Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Paulin Jaccoud (SUI-FRA, 2016, 1h06), 14,99 euros DVD, 19,99 euros blu-ray. Sortie le 7 février.

 

Cured-Two-Imaginary-Boys-Lol-Tolhurst

Cured, Two Imaginary Boys

de Lol Tolhurst

Version. À l’origine de The Cure, il n’y a pas que le chanteur et guitariste Robert Smith. Un autre membre fondateur, Lol Tolhurst, a aussi pesé dans l’histoire de ce groupe de cold wave anglais venu de Crawley, dans le Sussex de l’Ouest. Du premier album de The Cure, Three Imaginary Boys (1979), à Disintegration (1989), Tolhurst, à la batterie, puis au clavier, a contribué à façonner l’histoire de ce groupe. Mis à la porte par Robert Smith en 1988, peu avant la sortie de Disintegration, un album qui ne le convainc qu’à moitié, Tolhurst raconte tout. Les excès, l’alcool, sa brouille avec Smith suivie d’un procès perdu et la rédemption. Tolhurst donne sa version des choses : les années 70, les débuts dans un pub sous le nom de Malice, puis d’Easy Cure et finalement de The Cure, son amitié avec Robert Smith, les tournées… Plus de quarante après ses débuts, The Cure continue de fasciner.

Cured, Two Imaginary Boys de Lol Tolhurst (Le Mot et le Reste), traduit de l’anglais par David Gressot, 432 pages, 26 euros.

 

Dans-l-ombre

Dans l’ombre

d’Arnaldur Indridason

Silence. Arnaldur Indridason est de retour. Cette fois, c’est une trilogie que nous propose cet auteur islandais de polars et de romans historiques. Le premier volet, Dans l’ombre est donc arrivé en janvier. Il sera suivi d’un deuxième tome, La femme de l’ombre (octobre 2017), puis d’un troisième et dernier épisode, Passage des ombres, en mars 2018. La Seconde Guerre mondiale, un crime qui semble passionnel, le contre-espionnage anglo-américain, un policier canadien né de parents islandais et surtout… une croix gammée sur le front du cadavre. Indridason mélange habilement histoire politique et sociale dans ce livre où l’ombre et le silence se dressent face aux enquêteurs.

Dans l’ombre d’Arnaldur Indridason (Métailié, bibliothèque nordique, Noir), traduit de l’islandais par Eric Boury, 352 pages, 21 euros.

 

Ce-qu-ils-disent-vraiment

Ce qu’ils disent vraiment, les politiques pris aux mots

de Cécile Alduy

Langage. Alors que les primaires de la gauche ont pris fin le 29 janvier et que la présidentielle française aura lieu le 23 avril et le 7 mai, la professeur de littérature à l’université Stanford et chercheuse associée au Cevipof à l’Institut d’études politiques de Paris, Cécile Alduy, propose quelques outils pour éclairer le langage politique. Sécurité, identité, peuple… Cécile Alduy a décrypté plus de 1 300 textes écrits ou lus entre 2014 et 2016, soit 2,5 millions de mots. Seuls manquent à l’appel les discours d’Emmanuel Macron, arrivés trop tard par rapport à l’écriture de ce livre. De discours en discours, les positions de chacun apparaissent plus clairement. Et la reconfiguration du paysage politique qui en découle devient plus lisible.

Ce qu’ils disent vraiment, les politiques pris aux mots de Cécile Alduy (Seuil), 400 pages, 21 euros.

 

Scalp-Hugues-Micol

Scalp

d’Hugues Micol

Tableau. Dans Scalp, tout est noir et blanc. En 190 pages, Hugues Micol raconte La funèbre chevauchée de John Glanton et de ses compagnons de carnage. Soit l’histoire violente de John Glanton (1819-1850), un bandit, ex-membre des Texas Rangers pendant les guerres entre les Américains et les Mexicains, qui a sévi dans l’Ouest des Etats-Unis. Hugues Micol s’attache à dépeindre les dessous de la conquête de l’Ouest, même s’ils sont bien peu reluisants. Les violences et la cruauté de Glanton sont avalisées par ses supérieurs, tout simplement parce qu’elles servent leur cause. Chaque planche est un tableau très noir, très dur qui fourmille d’informations, au profit d’une vision sans concession de ce personnage hors normes.

Scalp d’Hugues Micol (Futuropolis), 192 pages, 28 euros.

 

Un-soleil-entre-des-planetes-mortes

Un soleil entre des planètes mortes

d’Anneli Furmark

Tromsø. Pour se rapprocher le plus possible d’Alberte et Jacob (1926) de Cora Sandel (1880-1974), un classique de la littérature scandinave, Barbro, une suédoise d’une cinquantaine d’année, se rend à Tromsø. C’est dans cette ville que se déroule Alberte et Jacob. Et c’est là que Barbro erre, avant de rencontrer une autre femme perdue dans une quête identique à la sienne. Un soleil entre des planètes mortes décrit avec sensibilité et élégance comment un livre peut changer le cours d’une vie. Après un premier album publié en 2002, Anneli Furmark a été doublement primée au festival de Kemi, en Finlande. Ce qui est très largement mérité au vu de la poésie qui émane de cette BD.

Un soleil entre des planètes mortes (En sol bland döda klot) d’Anneli Furmark (Ça et Là), traduit du suédois par Florence Sisask, 176 pages, 24 euros.

 

Austra-Future-Politics

Future Politics

Austra

Idéaliste. Après Feel it Break (2011) et Olympia (2013), Katie Stelmanis, Maya Postepski et Dorian Wolf reviennent avec Future Politics, un album marqué par le contexte international. Originaire de Toronto, Katie Stelmanis, qui écrit et produit la totalité de ce disque, prend clairement position. Homosexuelle et féministe, elle appelle de ses vœux un monde où l’argent ne règnerait pas en maître et où les frontières cesseraient de diviser les hommes. Idéaliste, Stelmanis explique avoir été en partie inspirée par ses lectures, notamment des utopistes du futur et des philosophes. Très électro, cet album séduisant est porté par la voix planante de Katie Stelmanis. Hasard du calendrier (ou pas), Future Politics est sorti le 20 janvier, soit le jour de l’investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Future Politics, Austra (Domino Records), 14,99 euros (CD).

 

Stop-and-Start-TRISTESSE-CONTEMPORAINE

Stop and start

Tristesse Contemporaine

80’s. La musique froide a de l’avenir et il passe par Tristesse Contemporaine. La cold wave de ce trio joue avec les codes des années 80 et la voix de l’ex-moitié d’Earthling, l’Anglais d’origine jamaïcaine Maik, se rapproche de Ian Curtis et de Joy Division. La Japonaise Narumi et le Suédois Leo Hellden complètent ce groupe international installé à Paris. Les titres Stop and Start ou It Doesn’t Matter nous plongent dans un univers dansant, martial et sombre qui promet beaucoup sur scène. Le groupe sera d’ailleurs en concert le 17 février à La Boule Noire, à Paris. L’excellent Ceremony qui clôt cet album avec élégance, rappelle un titre éponyme de Joy Division, qui est aussi connu pour être la dernière chanson écrite par ce groupe de Manchester. Tout sauf un hasard.

Stop and Start, Tristesse Contemporaine (Record Makers), 13,99 euros (CD).

 

I-See-You-The-XX

I see you

The XX

Doré. Romy Madley Croft, Oliver Sim et Jamie Smith sont enfin là. On avait adoré leur premier album xx (2009), son style sombre et minimaliste, porté par la voix douce et sensuelle de Romy Madley Croft, épaulée par Oliver Sim. I See You est construit autour de 10 titres qui s’ouvre par le très groovy Dangerous. L’influence de Jamie Smith se fait sentir et éloigne le groupe de la noirceur des débuts, comme le confirme le doré de la pochette de cet album. I Dare You l’atteste : le trio a osé et ne se refuse rien. Restent en filigrane, au fil des titres de ce disque, des riffs de guitare aériens qui continuent de rappeler que Romy Madley Croft a beaucoup écouté Robert Smith et The Cure. Brave for you est une magnifique réussite. Hélas pas de concert de The xx à Monaco, il faudra donc aller au Zénith de Paris le 14 février 2017, au Zénith de Strasbourg le 17 février ou à la Halle Tony Garnier à Lyon le 21 février.

I See You, The xx (Young Turks), 11,99 euros (CD), 39,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun