Le Printemps des arts,
dé à huit faces

Aymeric Brégoin
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Trente-trois printemps, déjà, pour ce festival de musique monégasque. Fière de ne pas s’enliser dans le conformisme, la nouvelle édition expérimente, déconcerte, s’ouvre sur d’autres formes et d’autres lieux, sans renoncer à l’excellence. Du 17 mars au 8 avril, huit thèmes sont déclinés dans ce génial fourre-tout éclectique.

« Une forme d’inventivité permanente », loue Marc Monnet, le directeur du Printemps des arts. Avec une édition encore plus prolifique que la précédente, on ne saurait lui donner tort. Le festival, qui étale son tentaculaire répertoire sur près de quatre semaines, s’organise autour de huit thématiques fortes — déclinées avec plus ou moins de force et de constance. Mais réduire le Printemps des arts à ce socle octogonal serait se méprendre : dans sa forme comme dans ses lieux, il innove. La caravane musicale, porte-parole de cet incontournable rendez-vous en Principauté, a déjà sillonné les routes maralpines avec des haltes remarquées dans neuf communes. Qu’importe ! « Le festival se réinvente au fil du temps », reconnaît le conseiller de gouvernement-ministre pour l’Intérieur, Patrice Cellario. « Il suscite un intérêt qui ne se dément pas. […] Sa programmation surprenante et passionnante » résonne comme une envoûtante musique pour « nous émerveiller et enrichir nos oreilles ». Et surtout, ses « lieux inattendus » tirent pleinement profit des opportunités qu’offre la dense et douce exiguïté de la Principauté. « Le choix des œuvres et leur articulation ne sont pas dus à la loi du hasard, confirme Marc Monnet. Chaque année est un renouveau. » Et le prisé festival monégasque n’a pas attendu son âge christique pour savoir ressusciter.

Radio Parfaite

« S’il perpétue la vocation de création artistique de Monaco, il s’ouvre vers un large public, en alliant tradition et aventure », confirme Michèle Dittlot, présidente des amis du Printemps des arts. L’édition 2017 ne déroge pas à la règle. Tables rondes et master-classes côtoient les huit thèmes mis en avant cette année. Le festival récidive avec l’opportunité de rencontrer les artistes avant leurs représentations ou avec les concerts en appartements. Une exposition avec démonstration d’instruments à vent s’immisce dans la programmation. Surtout, la philosophie et la dynamique insufflées par Marc Monnet sont sans ambage : place à la création ! « Il faut une nouvelle musique. Monaco est à la pointe, il faut accepter ces changements », plaide-t-il. Bien sûr, cela passe avant tout par « la place donnée aux jeunes interprètes d’une vingtaine d’années ». « Les grandes vedettes ne sont pas l’essentiel », estime celui pour qui il est « important de former le public de demain », notamment en associant les écoles et les jeunes. Cela passe aussi par des nouveaux moyens de composer et de créer. Comme l’année dernière, le Printemps des arts fait la part belle à des “workshops” autour de l’outil informatique IanniX. Et quelle que soit la contemporanéité musicale, il choisit de mettre en lumière les artistes d’aujourd’hui et de demain. À travers le label du Printemps des arts qui, à chaque édition, étoffe un peu plus sa collection. Mais aussi de sa Radio Parfaite : concerts, rencontres… Un programme assuré 24 heures sur 24 tout au long de l’évènement.

 

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Marie Lenormand © Photo DR

Berlioz le révolutionnaire

Trois concerts dressent le portrait d’Hector Berlioz (1803-1869), compositeur, chef d’orchestre et écrivain français qui a donné son nom au benjamin des Aristochats. C’est d’ailleurs ce musicien romantique, amoureux de la forme symphonique, qui inaugure le festival, vendredi 17 mars, au Grimaldi Forum, en prenant vie grâce au Frankfurt Radio Symphony, sous la baguette d’Andrés Orozco-Estrada et avec François Leleux au hautbois. Deuxième acte vendredi 31 mars à l’auditorium Rainier III avec l’orchestre Les Siècles, dirigé par François-Xavier Roth et entouré de l’alto Adrien La Marco et de la mezzo-soprano Marie Lenormand. Ouverture du Printemps des arts, l’œuvre de Berlioz baisse aussi le rideau du festival monégasque le samedi 8 avril, toujours à l’auditorium Rainier III. Aux rênes de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC), le directeur artistique Kazuki Yamada s’accompagne de Liza Kerob au violon.
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Lisa Kerob © Photo Federico Hood

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Huelgas Ensemble © Photo Luk Van Eeckhout

Musique de la Renaissance

Près d’un demi-millénaire plus tard, ce sont les musiques de la Renaissance qu’a choisies de mettre en lumière le Printemps des arts. Premier opus le samedi 18 mars au Musée océanographique consacré à Claude Le Jeune (1530-1600), maître de musique d’Henri IV, avec l’orchestre Doulce Mémoire de Denis Raisin Dadre. Dans un deuxième temps, c’est aux classiques Nicolas Gombert (1495-1556), maître des enfants de chœur de la chapelle de Charles Quint, Roland de Lassus (1532-1594), compositeur de l’école franco-flamande, et Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), compositeur italien, que se dévoue l’Huelgas Ensemble dirigé par Paul Van Nevel, le vendredi 7 avril à l’église Saint-Charles.
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Hélène Grimaud © Photo Matt Hennek

Concept piano

Du vendredi 24 mars au dimanche 26 mars, le festival met à l’honneur cet instrument séculaire aux touches blanches et noires. Deux récitals le premier soir à l’opéra Garnier : Ivo Kahánek interprète Frédéric Chopin (1810-1849), Leoš Janáček (1854-1928) et Bohuslav Martinů (1890-1959), puis Jean-Efflam Bavouzet se consacre à Ludwig van Beethoven (1770-1827), Pierre Boulez (1925-2016), Béla Bartók (1881-1945) et Maurice Ravel (1875-1937). Le lendemain à l’auditorium Rainier III, les deux pianistes sont rejoints par Bruno Leonardo Gelber et Jan Michiels, sous les baguettes de Gábor Takács-Nagy et Jean Deroyer, aux côtés de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC), pour quatre concertos autour de György Ligeti (1923-2006), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Beethoven et Martinů. Dimanche au Yacht Club, Bruno Leonardo Gelber s’attaque seul au répertoire de Beethoven. Quatrième et dernière soirée dédiée au piano, jeudi 6 avril à l’opéra Garnier, où Hélène Grimaud promène ses doigts sur des airs de Luciano Berio (1925-2003), Tōru Takemitsu (1930-1996), Gabriel Fauré (1845-1924), Ravel, Isaac Albéniz (1860-1909), Franz Liszt (1811-1886), Janáček, Claude Debussy (1862-1918) et Johannes Brahms (1833-1897).
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Orchestre Symphonique Kibanguiste © Photo Alain Hanel

Évènement Congo

« Déjà présent au Printemps des arts en 2013 », rappelle Marc Monnet, l’orchestre symphonique kimbanguiste de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, revient en Principauté. Cette année à l’auditorium Rainier III, il s’allie à l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, sous la direction du chef d’orchestre Julien Leroy, pour interpréter Beethoven, mais aussi des œuvres plus contemporaines : la Symphonie n° 3, Mon identité, d’Armand Diangienda Wabasolele, et Luba d’Héritier Mayimbi Mbuangi.
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Rachel Koblyakov © Photo DR

Jeunes talents

« Des interprètes extrêmement talentueux qui sont en début de carrière, des futurs grands », loue Marc Monnet. Pour cette édition 2017, le Printemps des arts a dédié trois soirées à ces virtuoses. Jeudi 23 mars à la villa Ephrussi de Rothschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, Rachel Koblyakov au violon et Guillaume Bellom au piano interprètent Brahms, Franz Schubert (1797-1828) et Zimmerman. Jeudi 30 mars au Yacht Club, c’est au tour du pianiste Julien Blanc et de la violoncelliste Ivan Karizna de jouer Ligeti, Debussy et Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Mercredi 5 avril au Yacht Club, Josquin Otal au piano se dévoue autour d’œuvres de Bach, Ravel et Liszt.

Journée des conservatoires

Un instant dédié aux jeunes, futurs confirmés, que le festival de musique monégasque a voulu mettre en place samedi 18 mars. Autour de Berlioz, l’académie de musique Rainier III de Monaco et le Conservatoire national à rayonnement régional de la ville de Nice vont insuffler un vent nouveau à l’auditorium Rainier III.

Monaco Music Forum

Corps et sons se mettent en mouvement dans une même synergie, dimanche 2 avril à l’auditorium Rainier III. Monaco Music Forum, c’est une « performance entre musique, danse et spectacle, empreinte de créativité », estime Marc Monnet, le directeur du Printemps des arts. Une déambulation de près de quatre heures imaginée par les danseurs de l’école supérieure de danse de Cannes-Mougins Rosella Hightower !

Voyage surprise

Cette année, ils n’iront pas loin ! « Pour la première fois », dimanche 19 mars, le voyage surprise du Printemps des arts reste dans les murs de la Principauté. Impossible de dévoiler l’intégralité de ces cinq concerts qui couvrent près de quatre siècles de musique classique, de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) à aujourd’hui. Si ce n’est qu’ils se dérouleront sur la mythique place du Casino…

 

journalistAymeric Brégoin