L’esprit geek anime le Magic

Aymeric Brégoin
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Super-héros et sorcières déferlent sur le Grimaldi Forum samedi 18 février. Le Monaco Anime Game International Conferences (Magic), salon dédié aux jeux vidéo, mangas, comics fait la part belle à la pop culture. Avec des stars internationales dans leurs domaines.

Hideo Kojima, Frank Miller, Michel Ancel. Si ces noms ne vous évoquent rien, ce sont des mastodontes de la « geek culture » — tout ce qui tourne autour des jeux vidéo, des comics, des mangas, du cosplay… Une passion pop qui sera à l’honneur, samedi 18 février, à la troisième édition du Magic, pour Monaco Anime Game International Conferences. « C’est un clin d’œil à une cible qu’on n’entend pas forcément à Monaco », concède Hervé Zorgniotti, le directeur de la communication du Grimaldi Forum. Chaque année, ce salon monte en gamme, avec « un challenge plus important, une programmation plus alléchante et de plus en plus qualitative ». Notamment avec les prestigieux invités, véritables rock stars dans leurs domaines, dont les rares apparitions médiatiques suscitent la fascination des joueurs, lecteurs ou spectateurs. Des informations inédites sur leurs productions en cours auront-elles lieux en Principauté, alors que les annonces exclusives sont généralement réservées aux salons américains ? « Je ne veux pas faire du teasing pour rien. Ce sont des hommes qui sont rares, et il ne se déplacent pas pour rien. Ceux présents [au Magic] s’en prennent plein les yeux », louvoie Cédric Biscay de Shibuya Productions, organisateur de l’évènement. À commencer par Tetsuya Nomura, créateur de plusieurs épisodes de la saga Final Fantasy — plus de 100 millions de ventes dans le monde ! — et réalisateur du futur Kingdom Heart III, un jeu de rôle où évoluent des personnages de Disney. « Il ne donne jamais de conférences. Cela sera la première de son histoire. Et c’est au Magic de Monaco ! », se targue Cédric Biscay. Hideo Kojima, concepteur de la très cinématographique série Metal Gear Solid, est en gestation d’un des jeux vidéo les plus attendus au monde : Death Stranding, ambitieux projet pour lequel il s’est entouré des acteurs Norman Reedus (The Walking Dead), Mads Mikkelsen (La Chasse, Casino Royale) et du réalisateur Guillermo del Toro (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan). Le créateur franco-monégasque Michel Ancel, papa de Rayman, confirmera peut-être le bon développement de Beyond Good & Evil 2, l’un des jeux les plus espérés ces dix dernières années.

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Cosplay

Hormis les œuvres vidéoludiques, le Magic fait la part belle à d’autres médias, dont la bande dessinée et ses dérivés américains, les comics, et nippons, les mangas. Le duo de dessinateurs français Lyse et Didier Tarquin, auteurs de la série Lanfeust de Troy, succès fantasy aux éditions Soleil, est présent pour la deuxième année consécutive — ils ont d’ailleurs relevé avec brio « le défi » de dessiner l’affiche de cette troisième édition. « On a mis des sorcières et des dragons. Certains y verront une référence à Game of Thrones », peut-être plus qu’à leur univers de phylactères. « La pop culture appartient à tout le monde », sourit Didier. Autre pointures : Frank Miller, le génial scénariste et auteur de BD dont 300, Sin City et The Dark Knight (Batman) et partie prenante dans leurs adaptations cinématographiques, ou encore la documentaliste Karen Green de l’université de Columbia, à New York, pour animer des conférences autour des comics. Après Kavinsky l’année dernière, Orelsan sera aussi présent. Le rappeur est actif dans le monde du manga, il prête notamment sa voix au héros de One Punch Man. Aux côtés des nombreuses tables rondes, conférences et traditionnelles séances de dédicaces, les quelques 2 000 visiteurs attendus pour cette troisième édition du Magic peuvent découvrir deux expositions. « The Art of Anime retrace l’histoire des dessins animés japonais de 1960 à nos jours », explique Dominique Langevin, de Shibuya Productions. L’année dernière était consacrée à l’animation nippone des années 70. Cette année l’exposition propose un focus sur les années 90. L’autre exposition, c’est League of Replica, autour du cosplay. Il s’agit d’entrer dans les coulisses avec l’artisanat, la confection des costumes et ceux qui les portent. « C’est un hobby complet », défend la cosplayeuse Julia — Koneko sur scène —, en alliant couture, coiffure, maquillage, fabrication d’accessoires, théâtre… « Ce n’est pas que se déguiser, mais s’approprier le personnage », explique-t-elle. Comme depuis la première édition, le Magic International Cosplay Masters (MICM), un concours de cosplay, enverra l’un des 17 “performeurs” professionnels au Japon. Le rêve de toute personne présente sur le salon.

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Un concours de manga, la nouveauté

« Trouver les talents de demain et les publier. » Ambitieux objectif lancé par Cédric Biscay pour annoncer la nouveauté de cette édition. « Des titres forts vont émerger à la suite de ce concours de manga », se félicite-t-il. Des 33 inscrits à ce concours « unique au niveau international », les jurés ont gardé six projets — quatre français, un mexicain, un philippin. Le patron de Shibuya Productions s’est associé avec le plus gros éditeur de manga japonais, Shueisha, notamment responsable de Dragon Ball et One Piece. C’est la première fois que cet éditeur signe un partenariat avec une entreprise étrangère, histoire de prouver que le Magic s’inscrit, une fois de plus « à la croisée des chemins avec le Japon ». « La France est le second marché au monde pour le manga, même s’il est en plein essor aux États-Unis et devrait rapidement dépasser la France », explique Cédric. Le gros lot de ce concours, c’est un voyage d’un mois au Japon. « Ce n’est pas des vacances ! », précise le créateur du Magic. Pendant cette période, l’aspirant mangaka va travailler avec le tantô — l’éditeur —, rencontrer des dessinateurs de manga et, s’il fait l’affaire, obtenir une première publication dans la prestigieuse revue Shônen Jump, « le rêve de tout jeune dessinateur de manga ». A.B.

 

100 000 euros pour un jeu vidéo

Jury de choix pour le concours de création de jeu vidéo. Le Franco-monégasque Michel Ancel, papa de Rayman ou de Beyond Good & Evil, et l’ancien cadre de Microsoft, Electronic Arts et Activision, Giancarlo A. Mori, devront départager cinq projets sélectionnés à ce jour sur quarante inscrits. « On juge la faisabilité, la qualité, l’originalité », estime Cédric Biscay. Au sein du jury, ils sont rejoints par David Hart, le gagnant de la première édition de ce concours en 2015. Grâce à l’investissement de 100 000 euros de Shibuya Productions, sa boîte Witty Wings a pu développer SwapTales : Léon ! petite perle vidéoludique en forme de livre interactif, sorti en octobre 2016 sur smartphones et tablettes, où les jeunes joueurs doivent résoudre des énigmes en intervertissant des mots. Jeu qui, avec celui qui a gagné l’année dernière, le déjanté et nerveux Epic Loon du studio 3DDuo, encore au stade de production, pourra être essayé sur le salon. Pour cette troisième édition, le gagnant bénéficiera également d’une mise en avant lors d’un financement participatif sur le site KissKissBankBank. A.B.

 

journalistAymeric Brégoin