Europe : un bon accord, sinon rien

Anne-Sophie Fontanet
-

Dix jours après sa visite auprès des instances européennes, le ministre d’Etat, Serge Telle, s’est longuement exprimé sur les négociations en cours. Avec une obsession : avoir un accord « selon nos conditions, nos exigences et nos spécificités ».

« Monaco ne menace pas l’Europe et l’Europe ne menace pas Monaco. » Les mots du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en conclusion de l’entretien avec les autorités monégasques, ont plu au ministre d’Etat, Serge Telle. « Il n’est pas imaginable de brader les spécificités monégasques. Je le répète et je le répèterai. L’Europe est une possibilité, mais nous n’en avons pas forcément besoin », a insisté Serge Telle devant la presse, le 31 janvier. Depuis des mois, voire des années, le gouvernement princier fait preuve de pédagogie dans un dossier long et complexe, où beaucoup de voix dissonantes s’expriment. Résultat : un an presque jour pour jour après sa prise de fonction, le ministre d’Etat doit encore rappeler que la Principauté négocie un accord d’association et non une intégration au sein de l’Union européenne (UE). « Nous n’allons pas devenir le 29ème ou le 30ème pays de l’UE. Il s’agit juste d’une forme nouvelle de régulation de nos rapports avec l’Europe. »

2020

Il y a dix jours, Serge Telle rencontrait à Bruxelles le Luxembourgeois Juncker et le Polonais Donald Tusk, président du Conseil européen. Le rythme des négociations continue, avec une réunion toutes les sept semaines. Au sommet du pouvoir européen, même si le dossier monégasque intéresse, on se focalise sur le Brexit. « On aura peut-être un accord, mais après les Britanniques, donc vers 2020-2021 » prévient Telle. L’énorme défi qu’affronte l’UE prendra du temps et laissera probablement des traces. « Les deux ans qui viennent vont être extraordinairement instructifs pour notre négociation. L’Europe n’en sortira pas indemne » pense le ministre. « L’UE, c’est une technocratisation qui a permis un système en paix, développe-t-il. On a perdu de vue cette force-là. » Un sujet qui occupera certainement les esprits et les discours politiques en Principauté à l’occasion des prochaines élections nationales de 2018. « On parle d’un accord technique, avec un partenaire commercial. Il serait rétrograde de vouloir s’enfoncer dans un petit territoire, insiste le secrétaire général du gouvernement, Robert Colle. Qui peut dire qu’on va brader nos spécificités ? Je ne comprends pas pourquoi attiser les peurs… Le rôle d’une autorité responsable est de dire que tout cela ne nous concerne pas. Les personnes qui tiendraient ce langage sont des démagogues. »

Transparence

Le gouvernement temporise : « Nous avançons pas à pas. Nous ne sommes pas pressés » répète encore Serge Telle. « Il faut avoir un bon accord, sinon pas d’accord » résume-t-il. Pour l’heure, le dossier européen est un dossier parmi d’autres. Et les entreprises monégasques qui auraient très vite besoin d’un accord ? « Leur situation n’est pas menacée », assure Serge Telle. Les concertations continuelles avec Andorre et San Marin se poursuivent. « On avance à trois avec trois situations différentes. L’UE souhaite continuer à avoir un accord pour les trois pays », explique le chef du gouvernement. Comme à son habitude, le ministre d’Etat prône la transparence pour rassurer. « On sent, ici comme ailleurs en Europe, des interrogations et des peurs. Nous avons des exigences et nous devons absolument être transparents à l’égard de nos concitoyens. » Cette politique, notamment en matière fiscale, représente un atout aux yeux du gouvernement dans la négociation d’un accord. « Tout ce qui va dans le sens de l’accroche de la Principauté dans cet énorme ensemble, nous aide. Nous ne faisons plus partie de ces endroits un peu gris de la planète » se félicite Telle. Le temps, la patience et la négociation doivent permettre de faire émerger « un accord équilibré et dans la durée ». Après cette étape bruxelloise, aucun rendez-vous en Principauté ou avec les autorités européennes n’a été avancé. « Pour l’instant, on ne fait que négocier. On verra dans six mois où nous en sommes » conclut le ministre.

 

Economie

Phase finale pour l’aéroport de Nice

Juste une question de temps. Le consortium Azzura qui a repris 60 % des parts de l’Etat français dans l’aéroport Nice Côte d’Azur vient de recevoir l’accord du ministère de l’Economie. Bercy a aussi validé l’entrée de Monaco dans la holding de tête chez Azzura et au sein du conseil d’administration de l’aéroport. L’investissement de 150 millions d’euros pour la Principauté n’a pas bougé. Mais pas le nom “Monaco” apposé à Nice-Côte d’Azur. « Ce n’est pas d’actualité », commente sobrement Serge Telle. « Ce qui était important, c’était l’élan vers cet outil industriel qui est une porte d’accès de Monaco vers le monde. Notre logique est de regarder comment tout ça peut servir les conditions de vie des Monégasques et des résidents. » La façon d’accéder convenablement à la Principauté reste l’une des priorités du gouvernement. « On a également regardé des navettes maritimes. Mais pour l’heure, rien n’est suffisamment rentable. » A.-S.F.

 

Judiciaire

Corruption : « On a pris toutes les mesures »

Les vœux du Prince et ceux du directeur de la Sûreté publique, Richard Marangoni, avaient une teinte particulière en ce début d’année. Après la révélation d’une affaire présumée de corruption impliquant plusieurs policiers monégasques, le ton s’est voulu ferme. « C’est quelque chose qui a secoué la police. Chaque cas sera traité, réagit le ministre. La ligne du souverain lors de son avènement « on va réconcilier argent et vertu » sera poursuivie », promet le ministre d’Etat. A.-S.F.

 

Judiciaire

Football Leaks : « Monaco ne bloque rien »

« Si le fisc nous demande des informations, on les transmettra. Sur le plan judiciaire, la Principauté se conformera à tous ses engagements. Monaco ne bloque rien. » La promesse du ministre d’Etat, Serge Telle, fait référence au dossier Football Leaks (lire Monaco Hebdo n° 996), la plus grande fuite de données de l’histoire du sport, dont Mediapart s’est fait l’écho en France. Des superstars du monde du football, dont des joueurs de l’AS Monaco, sont accusées de dissimulation fiscale par douze médias européens qui ont mené l’enquête. A.-S.F.

 

Economie

Aucun doute pour le port de Vintimille

Le sujet du rachat du port de Vintimille par l’Etat monégasque, via la société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM) avait agité les débats de décembre en séance de budget primitif (lire Monaco Hebdo n° 998). « Les gens ont tout mélangé. On avait l’impression qu’il y a avait un doute. C’est l’Italie, c’est Vintimille. Ce sont nos amis. C’est un Etat de droit avec des procédures » lance le secrétaire général du gouvernement, Robert Colle. Si plusieurs rendez-vous avec Rome ont dû être repoussés – le 14 juillet à cause de l’attentat de Nice et le 15 octobre à cause du référendum en Italie – les assurances de part et d’autres seraient bien réelles. « Nous avons obtenu une forme de bénédiction politique de la part des autorités italiennes. Des précautions maximales ont été prises », assure Serge Telle. « On voulait la garantie que les travaux seraient effectués avec des entreprises qui seraient validés par l’Etat italien », ajoute Robert Colle. Les deux hommes certifient qu’au niveau politique, la position d’investisseur et d’Etat a été « très bien accueillie ». « C’est bien pour nous et pour la région », complète le ministre. A.-S.F.

 

Société

Un téléphérique urbain dans quatre ans

Il relierait le Jardin Exotique, Fontvieille et le Rocher. Le projet de téléphérique urbain avance vite. « Il pourrait fonctionner d’ici trois ou quatre ans », estime le ministre d’Etat, Serge Telle. Un moyen de transport intra-muros inspiré par l’expérience d’autres grandes villes dans le monde comme Barcelone. Rien de neuf par contre pour un hypothétique téléphérique entre la Turbie et Monaco. Dans l’attente, les travaux pour la construction de deux parkings de dissuasion aux entrées de la Principauté se poursuivent. A.-S.F.

 

Société

Rapport “média” bouclé et transmis

La commande de ce rapport à l’ex-directeur du centre de presse, François Chantrait, coïncidait avec l’arrivée de Serge Telle comme ministre d’Etat. Le rapport a été remis fin décembre au gouvernement qui assure que la réflexion est en cours. « Nous devons prendre notre place dans l’énorme bataille de l’information. Ça ne se fera pas en quelques mois. On doit continuer à parler avec le Prince. Continuons à avancer tranquillement », observe Serge Telle. A.-S.F.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet