Hamon, préféré par les azuréens

Sabrina Bonarrigo
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Grand vainqueur de la primaire de la gauche, Benoît Hamon a obtenu une large majorité des voix dans les Alpes-Maritimes, malgré une faible participation des électeurs.

« Le petit frondeur devenu grand. » C’est en ces termes que le journal Libération a qualifié Benoît Hamon. À 49 ans, le député des Yvelines a déjoué tous les pronostics en s’imposant comme le grand vainqueur de la Belle alliance populaire. Au niveau national, le candidat du 49-3 citoyen et du revenu universel d’existence, a recueilli près de 59 % des suffrages, contre 41 % pour Manuel Valls. « Après avoir souffert mille morts pendant le quinquennat, surtout la dernière année avec la déchéance de nationalité et la loi travail, l’électorat de la gauche profonde a pris sa revanche », a estimé dans son édito Laurent Joffrin, qui voit dans le succès de Benoît Hamon, la victoire d’une « gauche… de gauche ».

CNIL

Sans surprise, dans les Alpes-Maritimes, terre de droite, la participation n’a pas été massive. 22 000 personnes seulement se sont déplacées aux urnes le soir du second tour dans le département. Soit à peine 2,94 % des inscrits sur les listes électorales. Mais cette faible participation n’a pas empêché le candidat de l’aile gauche du PS d’être plébiscité dans les Alpes-Maritimes. Benoît Hamon a rassemblé 54 % des voix, contre 46 % pour Manuel Valls. Dans le bureau de vote de Beausoleil, qui centralisait outre les électeurs beausoleillois, ceux de Cap-d’Ail et de la Turbie, il n’y avait pas foule non plus. Sur les 15 759 inscrits, 211 personnes ont voté au second tour (172 votants au premier tour). Soit un taux de participation de 1,3 %. Benoît Hamon a recueilli 115 voix (54,5 %) et Manuel Valls, 92 votes (43,6 %). Quant aux Français de l’étranger — et de Monaco en particulier — qui avaient la possibilité de voter sur internet, le PS nous a expliqué, de façon assez étonnante, qu’il était impossible de connaître le détail du vote : « Pour des raisons de confidentialité surveillée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), on ne peut pas indiquer les résultats par pays », a répondu Thomas Clay, président de la haute autorité, à Monaco Hebdo.

Eclatée

Le plus grand défi pour Benoît Hamon sera désormais de rassembler une gauche éclatée. Une tâche particulièrement délicate, puisque de nombreux députés PS — partisans de la social-démocratie — ont choisi de rallier Emmanuel Macron, jugeant Hamon trop à gauche et son projet de revenu universel totalement utopique. Difficile également pour les députés proches de François Hollande, de soutenir un candidat qui s’est ouvertement opposé à la politique du président. C’est le cas d’Alain Calmette, député PS du Cantal. Idem pour le député Marc Goua (Maine-et-Loire), qui estime que les frondeurs — dont Hamon est le représentant — ont « saboté » le quinquennat de Hollande. Quant à Dominique Baert, député-maire PS de Wattrelos, il a affirmé préférer « son cousin » Emmanuel Macron à son « faux frère » Benoît Hamon. Dans son premier discours de candidat, l’ancien ministre de l’Education nationale — qui a claqué la porte du gouvernement en août 2014 — a tout de même tenté de jouer la carte du rassemblement, mais en se tournant vers sa gauche. Le socialiste a appelé le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi l’écologiste Yannick Jadot, à construire une « majorité gouvernementale cohérente ». Reste à voir si ces trois prétendants à l’élection présidentielle parviendront à présenter une candidature d’union, au-delà des enjeux personnels… Reste à voir aussi si, au centre, François Bayrou (MoDem) sera ou non candidat. Les prétendants à l’Elysée ont jusqu’au 17 mars pour recueillir les 500 parrainages nécessaires.

 

Arnaud Leroy lâche les socialistes et roule pour Macron

On le voit sur les plateaux télé, non pas pour défendre le candidat du parti socialiste (PS), mais pour soutenir… Emmanuel Macron. Arnaud Leroy, député PS de la cinquième circonscription des Français de l’étranger — qui compte Monaco, Andorre, l’Espagne et le Portugal — est devenu membre du comité politique d’En marche ! C’est en raison de « l’essoufflement généralisé des appareils politiques, droite et gauche confondues » qu’il a fait ce choix. Un essoufflement qui se traduit selon lui « par la difficulté à attirer de nouveaux talents » et par « un assèchement » en termes d’idées : « Nous ne pouvons plus faire croire qu’il y a, sur tous les sujets, des solutions de gauche ou de droite. Nombre de partis sont aujourd’hui des quasi coquilles vides, alors que la société grouille d’initiatives, de volontés d’engagement. C’est pourquoi je pense que le mouvement En Marche ! peut être ce passeur dont notre démocratie a tant besoin. » Quant au choix d’Emmanuel Macron de ne pas se présenter aux primaires de la gauche, Arnaud Leroy le justifie ainsi : « Il était hors de question de servir de punching-ball à des candidats dont la seule ambition est de diriger le PS en mai prochain, dans une primaire, dont les règles du jeu ont été, qui plus est, fixées très tard !, a-t-il déclaré dans L’Obs’ de Monaco. De nombreux candidats à la primaire ont acté la défaite de la gauche en 2017. Ce n’est pas notre cas. De plus, nous avons tenté pendant 5 ans de travailler avec différentes parties de la gauche. C’est un euphémisme de dire que l’on a eu du mal ! » S.B.

 

journalistSabrina Bonarrigo