Une année 2016 « très difficile »

Sabrina Bonarrigo
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Lors des vœux, le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, a présenté les chiffres de la délinquance à Monaco en 2016, et a évoqué les difficultés du métier de policier.

De l’aveu même du directeur Richard Marangoni, la sûreté publique a vécu une année 2016 particulièrement rude. Dans un discours sincère et parfois émouvant (1) — tonalité plutôt inhabituelle dans ce cadre solennel et aseptisé — le chef de la police monégasque n’a pas fait d’angélisme sur les réalités de ce métier qu’il qualifie de « véritable sacerdoce » : « Ce fut une année difficile, très difficile, en termes de contraintes, de pénibilité de services et de surcharge de travail », a reconnu le premier Monégasque nommé à ce poste en mars dernier. Au-delà du risque terroriste à appréhender, la police monégasque doit également faire face à une criminalité traditionnelle, « à la fois de plus en plus pressante, importante et ingénieuse », mais aussi à de nouvelles formes de délinquance « qui pourraient menacer demain la Principauté ».

« Dangereux »

Une criminalité organisée « issue d’anciens pays constituant le bloc de l’Est » et qui devient « itinérante », précise Richard Marangoni. « Les comportements humains sont de plus en plus violents. Le métier de policier est dangereux et recouvre des risques croissants. Il réclame aujourd’hui un investissement de plus en plus fort. »

La preuve : la sûreté publique estime que « depuis presque 4 ans », l’institution a dû faire face à « un accroissement sans précédent » de ses missions. Selon la police, les indicateurs d’activités de chaque division sont « en hausse substantielle ». « Nous appréhendons également un événementiel en croissance exponentielle qui engendre des services d’ordre quotidiens, petits ou grands, ainsi qu’une augmentation des charges liées à la complexification des procédures judiciaires », note Richard Marangoni. Autant de « contraintes » qui génèrent, entre autres, « des jours de récupération en retard qui méritent une attention toute particulière de nos autorités ». Pour faire face à toutes ces nouvelles menaces, la police doit aussi constamment s’adapter et se former : « Vivre uniquement sur nos acquis amoindrirait fortement notre maîtrise de la délinquance ». C’est pourquoi, certaines divisions, comme la police scientifique ou celle qui traite de la cybercriminalité ont désormais une « importance stratégique majeure ». Pour être pleinement opérationnel, le personnel suit également des formations données par des services français de pointe, comme le Raid ou la sous-direction anti-terroriste (SDAT). Autre impératif pour la police monégasque : être au point sur les nouvelles technologies. Aussi bien dans le domaine de la cartographie, la géolocalisation, la vidéo-protection ou encore la gestion électronique des documents (GED).

2020

Si la sûreté publique a bénéficié en 2016 de moyens supplémentaires, en personnels et en matériels, Richard Marangoni souligne toutefois un gros bémol dans leurs conditions de travail : les locaux de la rue Louis Notari sont non seulement trop petits mais aussi vieillissants : « La direction de la sûreté publique a un besoin capital de rénovation et d’augmentation de la surface de ses locaux. Ce bâtiment ne correspond plus aujourd’hui à nos activités. » Pour mieux préparer l’avenir, Richard Marangoni a également finalisé un rapport intitulé : « Sûreté publique 2020 ». Ce plan global comprend deux phases. Il prévoit d’une part de réorganiser les cinq divisions qui composent la sûreté publique sans augmentation d’effectif « afin d’optimiser leur productivité ». La deuxième phase prévoit « un accroissement du personnel ».

 

(1) Richard Marangoni a rendu hommage à son prédécesseur André Mulhberger décédé le 23 juin 2013 et à Emmanuel Grout, directeur départemental adjoint de la police aux frontières des Alpes-Maritimes, mort le 14 juillet dans les attentats de Nice.

 

Chiffres

Hausse des conduites alcooliques et des détentions de stupéfiants

Chaque année, les vœux de la sûreté publique sont l’occasion pour la police de présenter les chiffres de la délinquance générale à Monaco. Des chiffres généralement en baisse… Et 2016 ne déroge pas à la règle, puisque la police monégasque a enregistré 1 056 faits, contre 1 224 en 2015. Soit une baisse de 13 %. Concernant plus spécifiquement la délinquance de voie publique, elle chute elle aussi de 35 %. Dans le détail, on sait que les vols simples ont baissé d’environ 15 %, les vols d’automobiles de 50 % et les vols de deux-roues d’environ 58 %. Quant aux cambriolages, « qui étaient déjà à un niveau particulièrement bas » précise Richard Marangoni, ils ont encore diminué, passant de 45 faits à 35. Les seuls gros bémols de ces chiffres concernent les conduites sous l’empire d’un état alcoolique qui sont en augmentation de 9,73 % (113 en 2015, contre 124 en 2016). « Ces chiffres doivent nécessairement nous conduire à une réflexion supplémentaire, et notamment, sur l’évolution de notre droit », note le directeur de la sûreté publique. Hausse également des détentions de stupéfiants : de 57 faits en 2015 à 64 en 2016. Enfin, le nombre des accidents de la circulation est également en augmentation d’environ 18 % (169 en 2015 contre 200 en 2016). Comme en 2015, un pilote de deux-roues est décédé l’an dernier. Côté affaires financières, on note que 127 enquêtes pour blanchiment ont été enregistrées en 2016, contre 96 en 2015.

 

Soupçon de corruption dans la police

« Ce dossier nous fait souffrir et nous fera encore souffrir »

Si l’année 2016 a été rude pour la police monégasque, c’est aussi en raison de la très embarrassante affaire de corruption révélée début octobre. Un fonctionnaire de police à la retraite de Monaco est soupçonné d’avoir délivré des titres de résidence fictifs à une douzaine de Belges de la même famille. Deux autres policiers sont aussi suspectés. Si l’affaire n’a pas encore été jugée, elle reste forcément très présente dans les esprits : « Je dirai simplement que, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain, ce dossier nous a fait souffrir, nous fait souffrir et nous fera encore souffrir », a indiqué, ému, Richard Marangoni. Une affaire sur laquelle le Prince Albert, présent aux vœux, s’est aussi montré très ferme. Quitte à oublier un instant la présomption d’innocence : « Je dois dire que j’ai été extrêmement choqué et déçu d’apprendre il y a quelques semaines que certains au sein de cette direction avaient failli. En oubliant que leur rôle consiste à servir le bien public, avec responsabilité et équité, […] ils ont trahi la confiance placée en eux par leur hiérarchie, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Les fonctionnaires doivent être irréprochables précisément parce qu’ils représentent l’Etat, et plus encore ceux qui ont pour mission d’assurer la police au sein du corps social. Cependant, il faut le dire, ce n’est pas parce que certains ont manqué à leur devoir qu’il faille jeter l’opprobre sur la profession. »

 

Les grandes affaires de 2016

Si la délinquance générale a une nouvelle fois baissé à Monaco en 2016, la police et la justice ont connu quelques affaires marquantes.

Le CHPG, cible d’attaques informatiques

Malaise au centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG). Deux attaques informatiques survenues les 8 janvier et 15 juin 2016 ont provoqué d’une part, un ralentissement du système informatique de l’hôpital, et d’autre part, la divulgation d’informations nominatives. Dans cette deuxième attaque, les données personnelles de plus de 2 400 salariés ont été envoyées par mail à près de 500 destinataires basés à Monaco et dans la région. « Après plusieurs mois d’investigations, un ancien employé de cette administration était interpellé le 10 octobre 2016 », a précisé le patron de la sûreté publique de Monaco, Richard Marangoni.

Cambriolage au domicile de Sergueï Dyadechko

En plein cœur de l’été, le 25 août 2016, un cambriolage sans effraction, au domicile du président de l’équipe de l’AS Monaco Basket, Sergueï Dyadechko, était découvert. C’est un coffre-fort de 250 kg, contenant essentiellement des bijoux évalués au total à 5 millions d’euros, selon le procureur Jacques Dorémieux, qui a été dérobé. « L’enquête diligentée permettait rapidement d’établir qu’il s’agissait d’un ancien employé de la victime qui, par l’intermédiaire d’Interpol, a été placé sous écrou extraditionnel, le 8 octobre 2016 à Moscou », a précisé Richard Marangoni.

Arrestation d’un « individu violent »

Il était recherché depuis 2014 par la police allemande pour vol avec violences, tortures et actes de barbarie… Lors des vœux, Richard Marangoni a rappelé l’arrestation de cet « individu violent » à Monaco : « Cette personne a été également placée sous écrou, dans l’attente de son extradition vers l’Allemagne. »

Vol à main armée place du Casino

Grosse frayeur le 22 décembre 2016 sur la place du Casino. Un homme d’origine serbo-croate a commis un vol à main armée dans la bijouterie Graff, avant de prendre la fuite avec la vendeuse en otage. « Grâce à la réactivité, au sang-froid et au professionnalisme de nos fonctionnaires, et notamment des premiers intervenants de la division de police urbaine, appuyés par les opérateurs de notre poste de commandement des transmissions opérationnelles (PCTO), l’homme a été interpellé six minutes plus tard, devant l’hôtel Fairmont, alors qu’il venait de prendre en otage un chauffeur de taxi », a précisé Richard Marangoni.

 

journalistSabrina Bonarrigo