L’IM2S remis sur pied

Aymeric Brégoin
-

Sa convalescence aura été longue. Les résultats de l’Institut monégasque de médecine et du sport, au bord de la faillite en 2011, s’améliorent. Seul actionnaire depuis la crise, le gouvernement continue d’investir dans cet établissement de santé, avec la réfection du plateau de consultation et le recrutement de spécialistes.

Son arrivée n’est pas passée inaperçue. Un cortège attendait Stéphane Valeri à l’accueil de l’Institut monégasque de médecine et du sport (IM2S), jeudi 12 janvier, pour sa première visite depuis 2011. Venu « constater les évolutions et les changements », le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé a profité de cette période propice pour transmettre ses vœux pour la nouvelle année, et en ce lieu particulièrement approprié, ceux de bonne santé. Pratiquement pièce par pièce, étage par étage, Stéphane Valeri a félicité toutes les équipes : médecins, infirmiers, aide-soignants, mais également membres de la communication, de la comptabilité ou encore du bureau qualité. « Priorité aux patients et aux gens qui travaillent ! », a-t-il lancé dans les couloirs exigus et aseptisés du troisième étage consacré aux hospitalisations, juste avant de s’engouffrer dans la chambre d’une patiente anglaise qui a accepté de recevoir cette délégation. Vue magnifique sur le port Hercule et bouquet de fleurs pour égayer la pièce, échange de quelques mots en anglais entre Stéphane Valeri et l’affable Londonienne, et louanges des compétences et de la renommée des médecins de l’IM2S, en particulier d’un chirurgien, raison pour laquelle elle a traversé la Manche pour se faire soigner en Principauté. La preuve de l’attractivité de l’offre médicale en Principauté, assurément l’acmé de cette campagne de communication bien rodée. « La qualité de l’offre de soin est dans les premières préoccupations de l’installation en Principauté », félicite-t-il, en annonçant le recrutement de praticiens de haut niveau pour renforcer l’attractivité de l’établissement, les docteurs Schramm, Fransen et d’Offonne, trois spécialistes très pointus dans leur domaine, respectivement pied et coude, rachis et neurologie, épaule et genou.

IM2S

« Redressement »

Parmi les objectifs de cette tournée des personnels, « saluer la qualité du travail des équipes » donc, mais aussi réaffirmer le soutien complet de l’État à l’IM2S, seul actionnaire depuis sa prise de gestion à 100 % en 2011. Et du « rôle stratégique » de la présidente déléguée mise en place, Céline Caron-Diagoni, qui travaille « en synergie avec le gouvernement ». Ce dernier, à l’origine du « redressement remarquable de cette clinique », a injecté des moyens alors que l’établissement de santé était menacé de fermer ses portes — et de laisser une centaine d’employés sur le carreau (lire ci-contre). « Il y a eu des difficultés […], la question de la pérennité de l’IM2S s’est posée, reconnaît le conseiller-ministre. Aujourd’hui, la clinique est toujours debout. Ces années compliquées ont renforcé la motivation et la solidarité de cette belle équipe », a loué Stéphane Valeri. Le conseiller à la Santé évoque « plus de 3 500 opérations par an et le 100 000 ème patient qui vient d’être atteint depuis la création » de l’institut en janvier 2006. Il était pour l’État nécessaire de maintenir cette clinique privée complémentaire du centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG) dans « l’intérêt du choix du patient », défend le conseiller, voire « du modèle social de la Principauté dont il faut assurer la pérennité ». Aujourd’hui, la période de crise est passée. Onze ans après, l’IM2S est « un acteur incontournable de l’offre de soin de qualité en Principauté », n’a-t-il cessé de faire l’éloge lors de ces pérégrinations dans les méandres de l’établissement de santé. Avant de renouveler ses propos lors d’un discours face à des membres du conseil d’administration, cadres et représentants du personnel dans la salle de conférence du quatrième étage, dernière halte de cette visite au pas cadencé.

IM2S

« Sas »

« Si je viens tous les six ans, je m’autorise à prendre quinze minutes de votre temps », s’est-il amusé en préambule, avant d’adresser ses félicitations à tous les employés et aux 97 % de satisfaction des patients quant à la prise en charge médicale, selon une enquête menée l’an dernier. Le ministre a annoncé aussi des travaux à venir. Le plateau de consultation au deuxième étage, où il s’est attardé lors de sa visite matutinale, doit être refait dans le but « d’améliorer les conditions d’accueil des patients comme des conditions de travail du personnel », et trois lits de soins de suite et de réadaptation (SSR), adaptés à la nouvelle tarification à l’activité (lire ci-contre), ont été alloués. « Un sas entre la chirurgie lourde et le retour à domicile », a décrypté Stéphane Valeri. Si les évolutions de la médecine permettent de ne plus garder les patients trop longtemps, « on ne peut pas renvoyer ceux qui ont encore besoin d’accompagnement médical », estime-t-il, appelant à trouver un équilibre des coûts face à la T2A. Ce qu’apportent les lits de SSR. Le futur CHPG en comprendra 30, et l’État a investi dans le centre hospitalier La Palmosa, à Menton, qui comporte 20 lits « à des prix pour faire face à la diminution de remboursement de la sécurité sociale française ». Tous les travaux prévus à l’IM2S bénéficient du « soutien du gouvernement ». Comprendre « un investissement modéré, mais nécessaire ». Car l’IM2S est « une belle réussite médicale », a-t-il loué, qu’il manque de concrétiser en belle réussite économique. L’établissement est en déficit, malgré « les résultats [qui] s’améliorent ». Sans le loyer que la clinique privée verse à l’État, « c’est à l’équilibre », reconnaît le conseiller-ministre. Prochain objectif : appuyer la communication autour de l’IM2S. « Le gouvernement va mettre davantage en avant cet établissement », a-t-il tenu à rassurer.

IM2S

Un “laboratoire” pour la tarification à l’activité

C’est une des principales causes des difficultés financières qu’a essuyé l’Institut monégasque de médecine et du sport (IM2S) : la tarification à l’activité (T2A), nouveau mode de financement des établissements de santé mis en place avec la réforme française des hôpitaux en 2007. Soit au lendemain de la création de l’IM2S. Aujourd’hui appliqué par la clinique, il devrait bientôt se répandre aux autres établissements de la Principauté… dont le futur centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG) à l’horizon 2019-2020 et au centre cardio-thoracique. Un délai a été demandé à la France.
« Avec l’IM2S, c’est pour nous l’occasion d’observer comment ça fonctionne et d’apprendre à travailler », explique Stéphane Valeri. Une sorte de “laboratoire” de la T2A dont pourrait s’inspirer le gouvernement.
« La T2A est adaptée aux progrès de la médecine et conçue pour faire des économies. Elle permet de soigner moins cher. Permet-elle de soigner mieux ? Il y a beaucoup de nuances », estime le conseiller aux Affaires sociales et à la Santé qui, malgré cette nouvelle tarification, entend garder des moyens, des personnels qualifiés et une capacité d’investissement.

 

journalistAymeric Brégoin