Primaire du PS
Sept aspirants à bâbord

Aymeric Brégoin
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Ils sont sept à prétendre rassembler la gauche pour l’élection présidentielle. En attendant, ce sont les électeurs de leur sensibilité politique qu’ils doivent convaincre pour les départager, lors des deux tours de la primaire organisée par le Parti socialiste (PS), les 22 et 29 janvier. Tour d’horizon des candidats.

 

Benoît Hamon

C’est l’aile gauche du PS. À 49 ans, l’ancien militant de SOS Racisme, manifestant et syndicaliste étudiant a été l’un des premiers à se déclarer. Député européen, porte-parole de son parti puis deux fois ministre sous Hollande — à l’économie sociale et solidaire puis à l’éducation nationale —, Benoît Hamon fait partie de ces frondeurs — aux côtés de son rival Montebourg — qui appelaient à un changement de cap. Partisan d’un revenu universel, de la légalisation du cannabis, de l’accueil des réfugiés, de l’encadrement du salaire des patrons, d’une hausse du smic ou de l’abrogation de la controversée loi Travail, il navigue à vue sur d’autres thématiques : sortie du nucléaire, accommodements sur la laïcité, introduction de la proportionnelle pour les députés ou règles dictées par l’Union européenne (UE). Sa proposition osée ? Un « 49-3 citoyen » : 450 000 électeurs pourront soumettre l’étude d’une loi ou suspendre l’application d’une autre.

 

Vincent Peillon

En deux ans à l’Éducation, on lui doit la réforme des rythmes scolaires et l’ABCD de l’égalité, qui ont irrité enseignants puis droite dure. Depuis son départ du gouvernement, Vincent Peillon fait profil bas. En politique, en tout cas, même si l’ancien député de Somme et porte-parole du PS en 2000 a été réélu député européen en 2014. À 56 ans, cet agrégé et docteur en philo enseigne dans une université suisse. La condition de sa candidature était l’absence de celle d’Hollande. Il se place en faveur d’une modification de la loi Travail, de la requalification en salariat des travailleurs de l’ubérisation, du développement de l’innovation pour relancer l’économie et alerte des méfaits du protectionnisme. Il plaide aussi pour le recrutement de 5 000 policiers et 8 000 enseignants. Si Vincent Peillon n’arrive pas à conquérir ses électeurs, il pourra toujours mettre les voiles vers ses lecteurs : son prochain polar, Un Chinois à Paris, paraît… deux semaines après la primaire.

 

Manuel Valls

Son bilan ne fait pas l’unanimité même dans son propre camp. Pourtant, Manuel Valls le défend vent debout. Au lendemain du deuxième débat, l’impétueux ministre de l’Intérieur puis premier ministre d’Hollande attend le ressac de sa deuxième primaire socialiste. Les positions du naturalisé français de 54 ans, héritier de Rocard (1930-2016) revendiqué, ancien maire d’Evry et député de l’Essonne, voguent souvent dans les eaux de la droite. Pour une laïcité stricte en adossant une charte à la Constitution, pour la poursuite du nucléaire qu’il juge filière d’avenir, pour une défiscalisation des heures supplémentaires et contre la mise en place d’un mécanisme de répartition des réfugiés au sein de l’Union européenne… Bien sûr, celui qui a brandi trois fois la carte du 49-3 pour adopter la loi El Khomri réformant le Code du travail — et trois fois sur la loi Macron — entend conserver la loi Travail, à défaut de sa proposition de supprimer… le 49-3.

 

Arnaud Montebourg

On savait que le chantre du made in France portait bien la marinière. Pourtant ministre du redressement productif sous Hollande, Arnaud Montebourg n’a pas su maintenir l’activité du site industriel d’ArcelorMittal à Florange. Promu à l’économie après son soutien à Valls à Matignon, il se montre vite critique envers le duo exécutif. À 54 ans — dont 35 d’adhésion au PS —, cet avocat de profession, député puis président du conseil général de Saône-et-Loire, surfe sur les déçus du quinquennat. Parti de Bercy en 2014, il se retrouve au conseil de surveillance… d’Habitat. Déjà candidat à la primaire socialiste en 2011, il s’oppose au revenu de base, à la légalisation du cannabis, à la gestation pour autrui (GPA) mais reste favorable à l’encadrement du salaire des patrons et à l’abrogation de la loi Travail. Montebourg est pro-nucléaire. Il prône aussi le service civique obligatoire, le recrutement de 12 000 policiers et entend favoriser les entreprises françaises dans les marchés publics… quitte à payer des amendes à l’Europe.

François de Rugy

Un vert à la primaire de la rose. Dans le programme de François de Rugy, objectif 100 % d’électricité renouvelable en 2050 et fermeture des centrales nucléaires à 40 ans. L’environnement, c’est la priorité de ce diplômé de sciences po. Président d’un mouvement écolo à 22 ans, du groupe Europe écologie-Les Verts (EELV) à l’Assemblée nationale en 2012, parti qu’il délaisse pour fonder le micro-parti Écologistes en 2015… Aujourd’hui, l’écologiste de 43 ans a viré de bord socialiste. Lors qu’il accepte une vice-présidence à l’Assemblée, il abandonne la co-présidence du groupe écologiste à l’Assemblée — ce qui entraîne sa dissolution. Il garde néanmoins ses convictions, comme l’opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Si, en plus de la légalisation du cannabis, il est le seul candidat favorable à la GPA, il se fait en revanche plus discret sur d’autres sujets : laïcité, économie, pouvoir d’achat, crise migratoire, loi Travail…

 

Jean-Luc Bennahmias

L’aiguille de sa boussole politique oscille des écologistes aux centristes. Le doyen de la Belle alliance populaire — 62 ans —, a adhéré aux Verts dès leur création en 1984 et a été député européen sous leur étiquette vingt ans plus tard. Pourtant, c’est la vice-présidence du MoDem de François Bayrou que Jean-Luc Bennahmias assume de 2007 à 2014… avant de fonder le Front démocrate, parti de centre-gauche, avec lequel il participe à la primaire. Ce qui ne l’a empêché de participer à la création de l’Union des démocrates et écologistes avec… François de Rugy. Côté programme, il veut fermer douze réacteurs nucléaires, conditionner le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), passer à la retraite à points, mettre en place un revenu universel, supprimer le 49-3, limiter le cumul des mandats dans le temps ou renforcer les moyens de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

 

Sylvia Pinel

C’est l’enfant chérie du Parti radical de gauche (PRG). Embauchée par Jean-Michel Baylet comme chargée de mission alors qu’elle n’a que 24 ans, elle gravit rapidement les échelons. Chef de cabinet, conseillère générale de Tarn-et-Garonne puis députée… alors qu’elle n’a pas trente ans. Sylvia Pinel a remplacé depuis février 2016 son mentor à la présidence du parti. Sous le quinquennat Hollande, la benjamine de la primaire — 39 ans ! — a réussi à se frayer un chemin à deux ministères : à l’artisanat, au commerce et au tourisme puis au logement. De sa candidature à la présidentielle sans passer par la primaire, elle se ravise. Aujourd’hui, elle désire lancer des chantiers républicains, mettre l’accent sur la lutte contre la radicalisation, et elle est la seule candidate à vouloir porter la culture à 2 % du budget. Elle plaide aussi pour une scolarité obligatoire dès l’âge de 3 ans… sans consentir à augmenter le nombre d’enseignants.

 

journalistAymeric Brégoin