Culture Sélection de décembre

Raphael Brun
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Dernier train pour Busan

de Sang-Ho Yeon

KTX. Un virus ravage la Corée du Sud. Pour survivre jusqu’à Busan, une ville où ils espèrent être en sécurité, les passagers du train KTX vont devoir se surpasser. Cette excellente série B rappelle évidemment le très bon Snowpiercer (2013) de Bong Joon-ho. À mi-chemin entre film catastrophe et film de zombies, Dernier train pour Busan s’impose d’abord par son rythme effréné. L’inventivité et l’humour noir de Sang-Ho Yeon font le reste. Issu du cinéma indépendant, ce réalisateur de 38 ans enterre sans problème les zombies sprinteurs du blockbuster américain World War Z (2013). Comme dans le cinéma de George A. Romero, le message est politique : à l’origine de l’explosion qui a libéré ce virus dévastateur, il y a la cupidité des hommes. Seule réponse pour espérer s’en sortir vivant : la solidarité.

Dernier train pour Busan de Sang-Ho Yeon, avec Gong Yoo, Yumi Jung, Dong-seok Ma (COR-SUD, 2016, 1 h 58), 19,99 euros DVD, 24,99 euros blu-ray.

 

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Jason Bourne

de Paul Greengrass

Numérique. Jason Bourne ne sera jamais tranquille. Les services secrets américains ont de la mémoire. Ils le traquent sans relâche pendant que Bourne poursuit sa quête d’identité. Les multiples scènes d’actions aux quatre coins de la planète, et surtout le très musclé final à Las Vegas, lasseront sans doute les amateurs de cinéma plus intimiste. En revanche, Paul Greengrass joue avec habileté avec les codes du monde numérique : hackers, big data, lanceurs d’alertes et surveillance globale des réseaux deviennent des enjeux sur fond de société fliquée qui font carburer ce film au super et qui lui donne une dimension nouvelle. Ce Jason Bourne là se pose donc en miroir de notre époque. Ce qui est déjà pas si mal.

Jason Bourne de Paul Greengrass, avec Matt Damon, Tommy Lee Jones, Alicia Vikander (USA, 2016, 2h04), 19,99 euros (DVD), 22,99 euros (blu-ray).

 

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Divines

de Houda Benyamina

Énergie. Dounia veut réussir. Avec l’aide de sa copine Maimouna, elle choisit de prendre pour modèle Rebecca, une dealeuse du quartier. Caméra d’or au festival de Cannes, Divines est un premier long-métrage imparfait, parfois un peu maladroit. Il faut dire que la dimension polar prise par le film n’est pas des plus originales. Mais l’énergie déployée par Houda Benyamina dans ce récit initiatique est appuyée par un casting formidable, qui emporte la décision. Oulaya Amamra est exceptionnelle. Au final, au-delà de l’énième film sur les banlieues que l’on pouvait craindre, on se retrouve face à un film social, humain où il reste toujours quelque chose d’essentiel : l’espoir.

Divines de Houda Benyamina, avec Oulaya Amamra, Kevin Mischel, Jisca Kalvanda (FRA/QAT, 2016, 1h45), 19,99 euros DVD, 19,99 euros blu-ray. Sortie le 3 janvier 2017.

 

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La taularde

d’Audrey Estrougo

Brutal. Quand on aime, on ne compte pas. Alors pour sauver celui qu’elle aime, Mathilde n’hésite pas. Elle l’aide à s’évader et se retrouve incarcérée à son tour. Mais pour avoir une chance de survie, Mathilde a besoin de lui. Du coup, lorsque son compagnon ne donne plus aucune nouvelle, tout se complique forcément. Le quotidien carcéral et une Sophie Marceau fatiguée et sans maquillage, c’est le menu proposé par Audrey Estrougo. Et il faut avouer que depuis Anthony Zimmer (2005) de Jérôme Salle, on n’avait pas vu une Sophie Marceau aussi convaincante. Le ton est dur, brutal même. Une ambiance à la fois lourde et réaliste se dégage de ce huis-clos tourné sous la forme d’un récit choral dans une prison désaffectée de Rennes.

La Taularde d’Audrey Estrougo, avec Sophie Marceau, Suzanne Clément, Anne Le Ny (FRA/2016, 1h40). 19,99 euros DVD (pas de sortie en blu-ray. Disponible en VOD également). Sortie le 17 janvier 2017.

 

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Marcello Mastroianni

de Jean-Antoine Gili

Mine. Le 19 décembre, cela fera 20 ans que Marcello Mastroianni est mort. Né le 28 septembre 1924 à Fontana Liri, cet immense acteur italien est aujourd’hui l’objet d’un très beau livre signé par un expert du cinéma italien, le Niçois Jean-Antoine Gili. Ce membre du comité de rédaction de la revue Positif et directeur du festival du cinéma italien d’Annecy revient sur une carrière exceptionnelle, pendant laquelle Mastroianni a pu travailler avec de très grands cinéastes. Notamment Federico Fellini et sa Dolce Vita (1960). Mais aussi Michelangelo Antonioni (1912-2007), Louis Malle (1932-1995), Luchino Visconti (1906-1976), Vittorio de Sica (1901-1974), Ettore Scola (1931-2016), Theo Angelopoulos (1935-2012), Bertrand Blier, Robert Altman (1925-2006), Manoel de Oliveira (1908-2015), John Boorman… Découpé par décennies, ce livre est une véritable mine d’informations.

Marcello Mastroianni de Jean-Antoine Gili (La Martinière),

192 pages, 35 euros.

 

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Les Revenants

de David Thomson

Comprendre. On l’a souvent présenté comme « l’homme qui parlait aux jihadistes ». Le journaliste David Thomson travaille depuis 2011 sur le jihadisme. Il vient de publier un livre à lire absolument. Les Revenants compile une série de témoignages édifiants sur de jeunes Français partis se battre pour Daech en Syrie ou en Irak et qui sont revenus. Journaliste au service Afrique de RFI, David Thomson est celui qui a avancé dès le 18 septembre 2015, soit deux mois avant les attentats du 13 novembre, que Daech pourrait viser une salle de concerts. Les Revenants raconte deux ans et demi d’entretiens : Bilel, Zoubeir, Yassin et les autres offrent d’importantes réflexions pour comprendre. « Le jihad répond au vide idéologique contemporain », avance ce journaliste dans Les Inrocks. Un vide hélas devenu vertigineux et mortel.

Les Revenants de David Thomson (Le Seuil/Les Jours.fr), 294 pages, 19,50 euros.

 

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Kurt

de Laurent-David Samama

MTV. Premier roman pour le journaliste Laurent-David Samama, connu notamment pour son travail auprès de L’Optimum, La Règle du Jeu ou Les Inrocks. Que les fans de Nirvana se rassoient, Kurt n’est pas un énième biopic sur le leader de ce groupe grunge des années 90. Il s’agit bien d’un roman qui part d’un postulat simple : et si Kurt Cobain s’était confié à son caméscope juste avant sa mort ? Qu’est-ce qu’il aurait bien pu raconter ? Narré à la première personne du singulier, Kurt se lâche sur à peu près tous les sujets. Sa passion pour Courtney Love, sa vision de la société américaine ou son goût pour l’héroïne… C’est souvent très drôle et parfois très lucide : « Ta gueule en une de Rolling Stone, ta gueule en boucle sur MTV, t’es baisé ! La voilà la célébrité qui vous fait tous bander : tu ne t’appartiens plus puisque tu appartiens à tout le monde. » On connaît la suite.

Kurt de Laurent-David Samama (Plon, collection Miroir), 208 pages, 15,90 euros.

 

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La famille Fun

de Benjamin Frisch

Désabusé. La famille américaine passée au Kärcher. C’est à peu près ce que propose Benjamin Frisch. À seulement 29 ans, il livre ici une BD désabusée et ironique, dans laquelle personne n’est vraiment épargné. Si le trait est rond et les couleurs plutôt chatoyantes, il ne faut pas s’y fier. Ce n’est qu’un écran de fumée derrière lequel se cache la noirceur la plus totale. Cette belle famille abrite en fait un père dessinateur privé d’inspiration, une mère sous l’influence d’un gourou et une fille perdue face à la religion. Seul le fils tente de surnager dans ce marasme. Frisch s’en donne à cœur joie. Dans une société rongée par une lénifiante crédulité, lorsque le fils dessine à la place de son père, il n’y a personne pour s’en rendre compte. La noirceur est partout. Cette famille Fun est vraiment moins fun que prévu.

La famille Fun de Benjamin Frisch (Ça et Là), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Touboul, 240 pages, 22 euros.

 

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Dessins Séquences

de Richard McGuire

Poétique. Le dessinateur américain Richard McGuire a été très largement publié dans des journaux comme Le Monde en France ou le New York Times et The New Yorker dans son pays d’origine. Il est aussi connu pour avoir été le bassiste du groupe post-punk Liquid Liquid, de 1979 jusqu’à la disparition de cette formation, en 1985. Après avoir décroché le Fauve d’Or du meilleur album à Angoulême en 2016 pour son roman graphique Ici, voici que Gallimard nous propose de retrouver une collection des petites vignettes muettes publiées dans le New Yorker de 2005 à 2015. Soit une somme précieuse de petites histoires construites autour d’un trait fin et délicat, toutes plus poétiques les unes que les autres.

Dessins Séquences de Richard McGuire (Gallimard), 588 pages, 23,50 euros.

 

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Starboy

The Weeknd

Punk. En cette fin d’année, Starboy s’impose in extremis comme l’un des grands moments musicaux de 2016. Il y a bien sûr le single événement Starboy, sur lequel la collaboration avec les Français de Daft Punk a fait beaucoup parler (en bien). Mais limiter ce disque à ce seul single serait faire injure à The Weeknd. Il suffit d’écouter et de regarder le clip ultraviolent signé Ilya Naishuller qui accompagne False Alarm pour comprendre que Starboy vaut beaucoup mieux qu’un jugement hâtif. Les 18 titres ne sont évidemment pas tous du même niveau, mais Stargirl Interlude avec Lana Del Rey, ou encore Sidewalks avec Kendrick Lamar captent aisément l’attention. Quant à l’efficacité de I feel it coming, un autre titre réalisé avec l’appui des Daft Punk qui vient clore cet album, elle se passe de tout commentaire.

Starboy, The Weeknd (DejJam/Universal), 13,99 euros (CD).

 

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Dialogues

Motorama

Sillon. Ils chantent en anglais, mais ils sont russes. Créé en 2005, Motorama a publié un magnifique premier album Alps cinq ans plus tard, en 2010. Souvent catalogué comme un groupe de cold-wave, ils ont parfois été comparés au groupe de Ian Curtis, Joy Division. Mais ils creusent leur propre sillon, à mi-chemin entre guitares et sons électroniques. Dialogues est d’ailleurs un disque très pop qui en à peine 30 minutes vous en met plein les oreilles. Aérien, mélancolique et terriblement beau, ce disque est porté par quelques titres d’une redoutable efficacité. On pense par exemple à I see you qui pourrait même devenir un joli single. La voix de Vladislav Parshin continue à faire des merveilles pour ce quatrième album, très recommandable.

Dialogues, Motorama (Talitres), 17 euros (CD avec version digitale incluse).

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Hedonism

Cakes da Killa

Plaisir. Cakes da Killa, Rashard Bradshaw à la ville, est un rappeur originaire de Teaneck, dans le New Jersey. Sa discographie est brève, puisqu’elle se résume à une remarquée mixtape publiée en 2011, Easy bake Oven, vol. 1, puis à un autre disque, The Eulogy (2013). En 2012, la presse avait salué l’avènement d’une scène hip-hop gay, dont Cakes da Killa serait l’un des étendards. Un étendard que l’intéressé ne renie pas, sans pour autant vouloir être résumé à ça. Son rap énergique est teinté de dance, comme sur l’excellent Up out my face. Cakes da Killa sait aussi se faire très sensuel sur des titres comme Frostin’. Ou beaucoup plus calme, sur Tru Luv. D’un dance-floor à un autre, on suit avec joie Cakes da Killa dans cette perpétuelle recherche du plaisir.

Hedonism, Cakes da Killa (Ruffians/Thirty Tigers), 19 euros (CD), 27 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun