Bagarre autour d’un parking

Raphaël Brun
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Faut-il construire un parking aux Spélugues ? Ce sujet a donné lieu à des échanges musclés entre les élus.

Le 12 décembre, après 23 heures, le ton est monté autour du projet de construction d’un parking aux Spélugues. « Avons-nous vraiment besoin d’une telle volumétrie ? L’Etat dispose-t-il d’une étude pour le savoir ? », a questionné l’élu de la nouvelle majorité, Christophe Robino, qui a rappelé l’origine de ce dossier : « La décision de construire ce parking a été prise par l’ancien président du Conseil national, Laurent Nouvion, suite au refus de la Société des bains de mer (SBM) d’augmenter de deux étages le parking prévu dans le tréfonds du chantier de l’ancien Sporting d’hiver, pour ne pas prendre de retard dans ces travaux. » Ce nouveau parking devait offrir 400 places supplémentaires, coûter 40 millions d’euros au budget de l’Etat et rien à la SBM. « Il s’agissait pourtant d’une contrepartie, puisqu’en échange, une parcelle de terrain public située sur l’avenue Princesse Alice a fait l’objet d’une loi de désaffectation au profit de la SBM », a souligné Robino. Mais aujourd’hui, l’estimation de ce chantier est passé à 52 millions. « En plus, on doit rétribuer la SBM pour la cession du tréfonds, valorisé par ses soins à 20 millions. Tout en lui accordant la concession de 90 places de parking dont elle n’a pas vraiment besoin, puisque la SBM a restitué 150 places au parking des Boulingrins, à l’occasion du transfert de ses bureaux du Sporting d’hiver vers Fontvieille… », a ajouté cet élu. Avant de demander : « L’Etat doit-il vraiment engager cette dépense, sous prétexte qu’elle avait été actée ? »

« Crédibilité »

Le conseiller-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, a expliqué que le gouvernement travaillait sur des études pour identifier les liaisons mécaniques qui pourraient être lancées, mais aussi l’intérêt et l’efficacité de parkings de dissuasion autour de la Principauté, « plutôt que de multiplier les possibilités de parking en centre-ville ». Ce qui devrait permettre au gouvernement de prendre une décision d’ici la fin du premier trimestre 2017. « Les seuls frais engagés sont des frais de sondage que l’on a fait en interne et en amont de ce projet. Un appel d’offres a été lancé, mais on n’a rien signé avec l’éventuel gagnant », a promis Marie-Pierre Gramaglia. Mais cette intervention n’a pas calmé les esprits. « Pour M. Robino qui se demande si on a besoin de parkings à Monaco, je lui indique que l’on a à ce jour 3876 demandes de parkings en attente. À cela, il faut ajouter les plus de 3 500 places de parking en attente pour les pendulaires », a ironisé l’élu Horizon Monaco (HM), Alain Ficini. Béatrice Fresko-Rolfo, voit aussi dans ce projet de parking des Spélugues un « poumon pour le boulevard des Moulins » et ne croit pas dans les parkings de dissuasion, ni dans les navettes pour rejoindre le centre-ville. « Je ne vois pas pourquoi on revient sur cet engagement, a pesté le leader de HM, Laurent Nouvion. C’est une question de crédibilité institutionnelle. On peut remercier les générations précédentes qui ont construit 25 000 places de parkings qui rapportent à l’Etat 70 millions d’euros chaque année. Sinon Monaco étoufferait. »

« Pollution »

« M. Nouvion vous oubliez que les conditions ont changé : désormais le tréfonds n’est plus gratuit… », a répondu l’élu de la nouvelle majorité, Jean-Michel Cucchi. Ce qui change tout, estime aussi un autre élu de la nouvelle majorité, Thierry Poyet : « Rien ne nous interdit de nous remettre en cause. Et de revenir sur une décision, si elle n’a pas été prise dans des conditions éclairées. » Claude Boisson a insisté : « On ne s’est pas trompé ! On ne veut pas entendre parler des conditions qui ont changé. C’est le problème du gouvernement, pas le nôtre. Pour nous, les conditions n’ont pas changé. On a voté dans certaines conditions. On demande que ces conditions-là soient respectées. » Les temps ont changé, a avancé l’élu Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda : « C’était une autre époque M. Nouvion. À une époque où la circulation en Principauté n’était pas impossible et où la pollution n’était pas ce qu’elle est. Nous sommes au XXIème siècle. Les préoccupations ne sont plus les mêmes. Il n’est pas amoral de reconnaître que l’on s’est trompé. »

 

journalistRaphaël Brun