Les Roca Girls côté vestiaires

Raphaël Brun
-

Dans le petit milieu du basket, elles commencent à se faire un nom. Depuis 2015, les Roca Girls animent les matches de Pro A de l’ASM Basket.

Derrière ce groupe de 8 jeunes femmes se cache en fait… 12 jeunes femmes. Et une entreprise : Elegance by M.A., comprenez « Elégance par Mandy Ayache », du nom de la responsable de cette compagnie de danse, créée en 2014. Née à Nice, Mandy Ayache a grandi à Monaco. Partie à Londres à 17 ans pour rentrer dans une école de « musical theater », elle étudie le chant, le théâtre et la danse. Après trois ans à Londres, et 5 heures de danse par jour, elle décroche quelques rôles dans des clips. « Je courrais les castings, à droite, à gauche, se souvient cette jeune femme de 25 ans. Londres est un véritable pôle artistique, où pour un job, il y a 300 personnes qui font la queue dans la rue, sous la neige. Cette expérience m’a endurcie. En France, la concurrence existe bien sûr. Mais elle est un peu moins dure. » Autre différence culturelle : l’ultra spécialisation en France et à Monaco, face au couteau suisse anglais. « Ici, il est très rare qu’une bonne danseuse sache chanter. En Angleterre, une même artiste sait tout faire : chanter, danser, jouer la comédie et même faire des claquettes… », raconte l’une de ses danseuses, Carine Seri.

cheerleaders-roca-girls-asm-basket-mandy-ayache-philippe-lombard-_dsc0385

© Photo Philippe Lombard

« Frustrée »

Rentrée en France en 2011, Mandy Ayache multiplie les petits boulots et revient à ce qu’elle aime viscéralement : le cabaret. Car avant de se diversifier dans le sport, c’est de là qu’elle vient : « Le cabaret, c’est un art très français. C’est le french cancan, les plumes, le strass, les paillettes… C’est le Lido, c’est le Moulin Rouge. À notre niveau, on essaie de garder cet esprit, cette essence. » En 2014, un constat s’impose : « J’étais trop souvent frustrée de ne pas pouvoir concrétiser mes idées artistiques. Or, il n’y a rien de mieux que de pouvoir donner vie à ses idées. J’ai donc décidé de lancer mon entreprise pour assouvir ce désir de direction artistique. » Le premier contrat décroché par Elegance by M. A. est signé en 2015 avec le Palm Beach à Cannes, où Mandy et ses danseuses proposent leur spectacle de cabaret pendant un an. D’un point de vue économique, les débuts ne sont pas simples. Et son entreprise n’est pas encore suffisamment rentable : « Mon conjoint me soutient beaucoup dans cette aventure. Ce n’est pas simple, mais j’espère qu’un jour je serai totalement autonome. »

Roca Girls

© Photo WSM-Colman

Contrôle

L’ASM Basket contacte Mandy Ayache en 2015. Le club effectue alors une fin de saison canon en Pro B, qui va déboucher sur une montée en Pro A. « J’ai rencontré le vice-président du club. Il m’a expliqué vouloir donner au public du spectacle en dehors du jeu, pour attirer encore plus de monde. » Après un test réussi, Mandy Ayache et son équipe assurent toute la fin de saison. Depuis, Elegance by M. A. signe avec l’ASM Basket des contrats saison par saison. Le club valide tout : les costumes portés par les danseuses, chaque musique. Une volonté de contrôle qui ne gêne pas Mandy Ayache : « C’est au contraire très agréable de travailler en étroite collaboration avec eux. Ils me donnent des idées, je leur en donne aussi. » Et en cas de désaccord, qui l’emporte ? « Le club ne me force jamais à faire quelque chose que je n’ai pas envie de faire. On ne fait que les chorégraphies pour lesquelles on est d’accord des deux côtés. » Pour l’ASM Basket, avant le début de la saison, Mandy Ayache travaille deux mois pendant l’été pour créer 12 chorégraphies. Du sur-mesure, car chaque chorégraphie est unique, spécialement conçue pour le basket. « Pour Noël et en janvier, je prépare quelques surprises qui viendront s’ajouter. Ça nécessite du temps, car il faut non seulement imaginer de nouvelles chorégraphies, mais aussi que je forme tout le monde ensuite. »

Contrôle

Le cahier des charges est clair : Mandy Ayache doit livrer deux chorégraphies de 1’30 obligatoirement réalisées à la fin du premier et du troisième quart-temps. À côté de ça, elle doit aussi produire 10 chorégraphies de 1 minute susceptibles d’être proposées en cas de temps mort demandé par les entraîneurs des deux équipes. « Chaque entraîneur peut proposer jusqu’à 5 temps morts. En trois ans, on a même eu une rencontre où il y a eu des prolongations. Du coup, on a dansé 14 fois dans ce match ! », se souvient Mandy Ayache. En moyenne, il y a 9 ou 10 passages par match. Pour que tout soit parfait, 5 jours de répétitions « intensives » ont lieu avant le début de chaque saison, et une répétition de trois heures avant chaque match. « Il n’y a pas d’erreur possible. Il faut que chaque détail soit parfait pendant 1 minute. Si on rate une chorégraphie, c’est la honte internationale ! » Car désormais, grâce aux bons résultats sportifs, de plus en plus de médias suivent l’ASM Basket, dont des chaînes de télévision bien sûr. Une exposition médiatique supplémentaire plutôt bien vécue du côté de la compagnie de Mandy Ayache : « On est d’ailleurs fières d’être passées dans le Zap Sport de Canal+ Sport alors qu’on portait Alice, l’une de nos danseuses, en grand écart, avec le drapeau de l’ASM Basket ». Une ambiance d’enceinte sportive qui change aussi du cabaret et qui permet de passer de « 50 ou 100 spectateurs à 2500 ».

cheerleaders-roca-girls-asm-basket-mandy-ayache-wsm_6362

© Photo WSM-Colman

Pompons

Pour coller à l’ambiance d’un match de basket de Pro A, il faut aussi imaginer un spectacle à 360°, « quelque chose de très visuel ». Alors qu’au cabaret, l’accent est davantage mis sur des détails qui seraient invisibles pour le spectateur installé dans une enceinte de plus de 2000 places. Pour plaire au public, pas question de risquer de déraper dans la vulgarité ou le mauvais goût. « Ma compagnie s’appelle Elegance. Je crois que ça résume tout… On a un public très familial. Et on est avant tout des danseuses. On n’est pas là pour gigoter ou pour passer pour des potiches qui se contentent d’agiter des pompons. D’ailleurs, dans mes chorégraphies, j’essaie de montrer que l’on est de véritables danseuses professionnelles. » Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier aussi en connaisseuse ce que peuvent faire les cheerleaders américaines, aussi appelées pom-pom girls (lire à ce sujet l’interview du journaliste des Inrockuptibles Olivier Joyard dans ce numéro). « J’adore les pompons car elles apportent une forme de dynamisme. C’est très visuel et très complémentaire avec la danse. Mais si je faisais 12 chorégraphies avec des pompons, les gens s’ennuieraient… » Du côté inspiration, Mandy Ayache avoue regarder davantage du côté des pays de l’Est « où les filles proposent des chorégraphies très variées », que du côté des Etats-Unis : « Même si les Américains sont imbattables pour tout ce qui relève du show et de l’ambiance. Les Américaines ne débranchent jamais le sourire, elles ont de l’énergie du début à la fin. Ce côté “showtime” non-stop, c’est ce que je retiens des Etats-Unis. Et puis souvent, là-bas, les filles sont entre 25 et 50 en scène. Elles peuvent donc jouer sur le nombre pour apporter autre chose. »

Exclusivité

Retour à la vie de chef d’entreprise. Sur 14 danseuses de sa compagnie, seulement deux sont salariées. Les 12 autres sont intermittentes du spectacles et donnent des cours de danse en complément. « Carine Seri et Jessica Pantieri sont tout le temps là. Jessica est une ancienne gymnaste, donc on met en avant ses capacités dès qu’on le peut. Mais il y a tellement de matches dans la saison, qu’au final, tout le monde peut danser. » Née en 1983 à Caen, Carine Seri est donc une fidèle. Cette danseuse explique qu’elle « travaille avec Mandy, principalement sur nos spectacles de cabaret. Mais je participe aussi aux spectacles pour l’ASM Basket. » Pour que tout soit parfaitement encadré, Mandy Ayache a signé une clause d’exclusivité avec l’ASM qui lui interdit de proposer ses services à un autre club de basket. En revanche, elle reste libre de travailler pour d’autres disciplines sportives. Du coup, elle a déjà vendu ses services pour d’autres sports, comme la boxe ou le handball par exemple. « On devait danser pour le meeting Herculis, l’été dernier. Malheureusement, suite à l’attentat de Nice, tout a été annulé. Mais on dansera pour l’édition 2017 de ce meeting d’athlétisme. » Si la jeune femme se dit « ravie » du partenariat signé avec l’AS Monaco Basket, elle explique aussi ne pas vouloir se spécialiser que dans le sport. « La partie sport n’était au départ pas destiné à représenter la majeure partie de notre activité. De toute façon, je veux garder nos spectacles de cabaret et la partie musique et chant que je propose aussi parfois. » D’ailleurs, son entreprise a débuté une nouvelle collaboration avec le casino de Menton. Avec à la clé, trois spectacles de cabaret en décembre et à partir de 2017 un spectacle tous les deux mois. « Ce contrat est signé jusqu’en décembre 2017, avec une clause liée au nombre de billets vendus. Si vraiment la salle ne se remplit pas, on arrêtera avant. »

cheerleaders-roca-girls-asm-basket-mandy-ayache-philippe-lombard-_dsc1472

© Photo Philippe Lombard

Internet

Aujourd’hui, l’essentiel de l’activité de la compagnie de Mandy Ayache se déroule à Cannes, Nice et Monaco. « Les costumes coûtent très chers, les charges sont lourdes aussi… Si je voulais faire tout ça uniquement pour l’argent, j’aurais abandonné depuis longtemps. De toute façon, sans mes parents et mon conjoint, je ne me serais pas lancé. Car là, si je me plante, je sais que je serai rattrapée. C’est une sécurité. Je leur suis donc très reconnaissante. Car tout ça demande énormément de temps et de l’argent aussi. » Combien coûte un spectacle de cabaret ? « Tout dépend du nombre de danseuses, des costumes, de la demande qui nous est faite. Donc donner un chiffre ne rimerait à rien… », avance Mandy Ayache, sans plus de précisions. Au-delà du business, il reste donc le plaisir. « Le basket c’est plus d’ambiance qu’au cabaret. Mais le cabaret apporte plus de rêve. » L’un ne va donc pas sans l’autre. Et Mandy Ayache a les deux.

 

« Deux expériences complémentaires »

cheerleaders-roca-girls-alice-gloton-victor-dourdan-l-9922

© Photo Victor Sainte Luce

Alice Gloton, 27 ans, est originaire de Troyes. Elle est l’une des 11 danseuses de Mandy Ayache. Enseignante en école primaire, elle a aussi été professeur de danse pendant plusieurs années dans sa région, en Champagne. Sur la Côte d’Azur depuis 2012, elle a dû faire un choix. « J’ai arrêté le métier de prof de danse en février 2016 pour me consacrer uniquement à mon métier d’enseignant », raconte Alice Gloton. Elle rejoint la compagnie de Mandy Ayache par l’intermédiaire d’une amie commune en 2013. Ce qui l’amène à travailler à la fois sur des spectacles de cabaret et pour l’ASM Basket. Soit deux expériences très différentes. Avec d’un côté une ambiance « cocooning » et environ 1h30 de spectacle, entrecoupé d’un entracte pour le cabaret. Et de l’autre un show à l’américaine à 360°, avec des prestations très punchy d’une minute, pas plus. Évidemment, « l’intensité n’est pas la même ». L’activité de pom-pom girl est en tout cas une première pour cette danseuse. Mais elle adhère. Au basket, elle a ressenti l’évolution, de la quasi-confidentialité des matches de Pro B aux salles pleines de Pro A. Et un passage de 6 à 8 danseuses. « C’est un métier. On ne peut pas arriver sur le terrain sans avoir répété », assure cette jeune femme, qui explique ressentir autant de plaisir sur une scène de cabaret que sur les parquets de Pro A : « Ce sont deux expériences complémentaires. »

 

journalistRaphaël Brun