L’ex-Vista Palace
change de dimension

Anne-Sophie Fontanet
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De vastes travaux de sécurisation et de réhabilitation vont remodeler l’hôtel 5 étoiles de Roquebrune-Cap-Martin. Racheté par des investisseurs qataris en novembre 2014, le Vista La Cigale devrait ouvrir en 2019.

Ne l’appelez plus Vista Palace. L’ancien émir du Qatar, Hamad bin Khalifa al-Thani, son nouveau propriétaire depuis fin 2014, l’a rebaptisé Vista La Cigale. L’hôtel cinq étoiles, avec vue plongeante sur la Principauté, va subir de gros travaux. « C’est la justice française qui a choisi le repreneur. La mairie ne peut qu’en prendre acte. Si ni la justice, ni l’Etat ne font de commentaire défavorable, la commune n’en a pas à faire non plus » met d’emblée en avant la municipalité Les Républicains (LR) de Roquebrune-Cap-Martin. Ce mythique palace de la Riviera française avait suscité les convoitises de plusieurs repreneurs après son placement en redressement judiciaire. Suite à la validation de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du rachat de 30,5 millions d’euros par un fonds d’investissement qatari, les nouveaux propriétaires avaient présenté un projet de réhabilitation. Un projet à 100 millions d’euros validé le 5 octobre dernier par le conseil municipal de Roquebrune-Cap-Martin. Une délibération qui faisait suite à l’enquête publique, ainsi qu’à la consultation du commissaire enquêteur et des services de l’État. Le 6 août, un avis favorable a été émis, à titre consultatif. « Ce projet est qualifié d’intérêt général, alors que c’est un intérêt purement privé », proteste Michelle Orengo, membre du conseil d’administration de l’association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin Menton et environs (ASPONA).

Craintes

La mairie s’attache à rappeler que le porteur de projet a dû faire les études permettant de répondre à toutes les questions de l’Etat. « Toutes ont été soumises à la démocratie locale. » Cela n’avait pas empêché l’Aspona d’inviter, pendant l’enquête publique, les riverains et les habitants à se mobiliser. Des problèmes de sécurité ainsi que des craintes pour l’environnement ont alors été soulevés. « La falaise du Vista, c’est comme un emblème. Un point de vue exceptionnel de la Côte d’Azur mais aussi un lieu vivant pour les animaux. Quelques espèces d’oiseaux de passage, des espèces nicheuses et des reptiles y vivent », insiste cette association. « Le volet environnemental n’a été ni ignoré ni sous-estimé par les porteurs de projet dans leur relation avec la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement », explique encore cette mairie LR. L’autorité environnementale avait émis un avis favorable le 25 mai. Elle avait tout de même recommandé des inventaires complémentaires, effectués en juillet. « Sous réserve de la bonne application des mesures de réduction d’impact et de l’apport des mesures de compensation, le projet ne nuira pas au maintien des populations locales des espèces concernées » a conclu la commission nationale des espèces protégées.

« Fragile »

La semaine dernière, le permis de construire a été délivré. Les travaux de sécurisation de la falaise, qui avaient débuté depuis plusieurs jours, se poursuivront jusqu’en février 2017. « La construction se déroule sur un site fragile. En 2005, un éboulement avait eu lieu, arrêté par les restanques. Plusieurs habitants avaient été évacués du quartier Bon voyage, se souvient Michelle Orengo. On a l’impression de ne pas avoir été entendu. » La municipalité défend encore la logique choisie par l’Etat, celle d’une sécurisation des abords. Sur les risques d’éboulements en aval de l’hôtel, la délibération du conseil municipal stipule que « des mesures ont d’ores et déjà été prises par le propriétaire de l’hôtel, afin de se conformer à l’ordonnance du tribunal de grande instance de Nice, laquelle mentionne l’obligation de faire exécuter les travaux et l’interdiction de procéder à tout creusement de la roche avec l’achèvement de la consolidation de la falaise ».

« Confiance »

Pour Roquebrune-Cap-Martin, les intérêts sont multiples. « Nous avons confiance en l’utilité du projet pour la réputation et le développement harmonieux de la ville. » Entre 110 et 130 emplois à l’année devraient être nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de cet hôtel. « Pour une commune comme la nôtre, c’est vraiment important », souligne la mairie. L’atout touristique est aussi avancé, tout comme la valorisation du site qui devrait pérenniser la vie économique locale. C’est en tout cas ce qu’espèrent les élus. Le projet de rénovation doit notamment améliorer le panorama depuis l’espace public et déplacer le belvédère actuel pour bénéficier d’un meilleur point de vue sur Monaco et la mer Méditerranée. Visuellement, le Vista La Cigale va changer de visage… et de surfaces. Les porteurs de projet avaient demandé une extension de 30 % de la surface de plancher pour passer de 7000 à 9500 m2. « Il faut que les conditions de l’exploitation de l’hôtel soient garanties » indique-t-on à la mairie.

30 % de surfaces supplémentaires

Ce manque d’espace serait l’une des raisons de l’échec du précédent propriétaire. « Sans attendre le plan local d’urbanisme, afin de rendre possible cette restructuration, la municipalité engage une procédure de mise en compatibilité du plan d’occupation des sols qui rendra constructibles des zones qui ne l’étaient pas » reproche l’Aspona. « Les propriétaires gagnent 30 % de surfaces sur la paroi où ils vont installer les nouvelles chambres. C’était déjà leur propriété privée », estime cette mairie LR. Après la sécurisation, ce sont des travaux de réhabilitation qui démarreront. L’opération a été confiée à l’architecte Jean-Michel Wilmotte. L’établissement passera de 70 à 90 chambres. Une quinzaine de suites luxueuses verront le jour, ainsi que quatre chambres dites « troglodytes ». Celles-ci ne seront pas creusées dans la roche, mais posées sur des dalles de béton existantes. Le programme immobilier prévoit enfin l’aménagement d’un parking souterrain, ainsi qu’un restaurant panoramique sur le toit en lieu et place des actuels bâtiments techniques.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet