Un progrès dans
le traitement du zona

Aymeric Brégoin
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Le docteur Philippe Brunner, chef du service de radiologie du centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG), vient d’être primé pour son travail concernant un nouveau traitement du zona et des douleurs qu’il engendre par une infiltration à la base du nerf.

C’est une innovation « made in Monaco », comme Philippe Brunner se plaît à dire, des étoiles dans les yeux. Dans son bureau du centre hospitalier Princesse-Grace (CHPG), devant ses deux internes, le chef du service de radiologie ne se lasse pas de raconter l’histoire de ce succès couronné du premier prix de la société française de radiologie. Une technique novatrice du traitement du zona par infiltration. Surtout une bonne nouvelle pour les nombreux patients se plaignant de « douleurs intenses et sévères » qui défilent dans son service. Des effets secondaires du zona, ce virus de la varicelle qui, « sous le coup du stress ou d’immunodépression », se réactive. « La varicelle est la primo-infection, le zona est la récidive », décrypte Philippe Brunner. Et cette récidive peut arriver des décennies plus tard. Le virus se réactive d’ailleurs souvent avec l’âge : le zona touche en majorité les plus de 60 ans. « En vieillissant, le système immunitaire s’affaiblit », explique le docteur. « L’évolution du zona est le plus souvent favorable, mais elle ne préserve pas de complications : les douleurs post-zostériennes. »

« Impasse thérapeutique »

Selon ce spécialiste en radiologie interventionnelle, les personnes peuvent garder des douleurs plusieurs mois après la fin du traitement, voire des années. Quelquefois toute leur vie. Et Philippe Brunner de citer un patient, dont un zona a abîmé le nerf ophtalmique, qui a des douleurs dix ans après. Des douleurs pour lesquelles il n’existait jusqu’à présent aucun traitement, à l’exception de la prescription de classiques antalgiques. « Une impasse thérapeutique pour laquelle il fallait trouver une solution », plaide-t-il, déplorant que cette maladie soit toujours mal traitée car considérée en parent pauvre. « C’est compliqué, pas très spectaculaire et cela touche surtout des personnes âgées », regrette-t-il. Les seuls symptômes visibles sont des plaques et boutons rouges — appelés « éruptions vésiculaires ». Or le zona suit vraiment le nerf, qui démarre dans la colonne vertébrale pour s’étendre, pour certains, jusqu’aux extrémités des membres. Et provoque des douleurs dont les sensations sont décrites comme des décharges électriques ou des brûlures. À la disparition de ces symptômes, le nerf est toujours irrité, voire endommagé. Traité avec des antidouleurs, ajoutés à des antiviraux pour les plus de 50 ans, « le zona est une maladie aiguë très douloureuse », insiste ce docteur, même si elle guérit spontanément en trois semaines.

Principe actif

Surtout, cette maladie peut toucher tout le monde. En France, on dénombre 300 000 cas chaque année. « 20 % des personnes qui ont eu la varicelle vont contracter le zona. Si la varicelle est immunisante, le virus reste à l’état latent, dans les ganglions sensitifs des nerfs rachidiens ou crâniens. » Après 80 ans, la probalité de faire un zona augmente pour passer à une sur deux. Le docteur Brunner a développé une technique de traitement en collaboration avec le professeur André Muller, du centre d’évaluation et de traitement de la douleur de Strasbourg — « référent en Europe de l’anti-douleur ». Il s’agit d’une infiltration sous scanner — le principe de la radiologie interventionnelle (lire ci-contre) — d’un « principe actif au contact des ganglions sensitifs » à l’origine du nerf concerné, à la base de la moelle épinière, zone où naît le zona. Une technique d’infiltration rendue possible « grâce à l’aiguille courbe que j’ai inventée », se félicite ce docteur. Elle seule permet de traiter à la base du nerf, au niveau de la colonne vertébrale. Dans le cas des nerfs qui touchent le visage, comme l’ophtalmique, l’infiltration se fait dans le nerf trijumeau, à la porte du cerveau. Une aiguille droite ne peut contourner les obstacles comme le fait l’aiguille courbe.

Brevet monégasque

Son aiguille courbe, c’est aussi le premier — et seul — brevet médical monégasque. Une idée que ce père de quatre enfants aurait eue alors qu’il était en train de courir. C’est surtout à force de regarder les animaux. « Chez eux, tout est courbe », explique le docteur Brunner. Et il prédit que chez nous, tout le sera aussi. Si elle nécessite un court apprentissage pour l’utiliser, elle est indispensable pour réaliser ses infiltrations. « Elle ne présente que des avantages ! » Certains hôpitaux commenceraient à s’en équiper. On a envie de le croire : avant le traitement du zona en 2016, son aiguille courbe — dans le cadre d’une biopsie sous contrôle scanner — a raflé le premier prix de radiologie interventionnelle en 2014. Une coutume pour Philippe Brunner : c’est la cinquième fois de sa carrière que ses avancées remportent cette prestigieuse distinction. « Toujours des innovations ! », se targue ce docteur. Un jour, on lui a révélé que la réussite tenait à 20 % d’intelligence, 40 % d’imagination et 40 % de chance. Un précepte qu’il applique quotidiennement. « L’imagination est une porte ouverte vers l’innovation. Il faut tous les jours de la magie dans la journée ! » Une magie qu’il a couchée sur papier : tous les articles décrivant ses succès, il les a compilés dans un ouvrage paru début octobre, Une aventure heureuse à Monaco.

 

journalistAymeric Brégoin