Bretelle d’autoroute de Beausoleil : « C’est acté »

Anne-Sophie Fontanet
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François Hollande, le chef de l’Etat français, a décidé d’inclure au nouveau plan d’investissement autoroutier l’aménagement total de la bretelle de Beausoleil. Une satisfaction pour les élus locaux de France et de Monaco qui n’oublient pas qu’il ne s’agit que d’une solution temporaire pour améliorer la circulation.

C’est un dossier qui végétait depuis 7 ou 8 ans, empoisonnant la qualité de vie des habitants de La Turbie. Chaque matin, des embouteillages se forment dans cette commune de 3 000 habitants située sur les hauteurs de Monaco. Le 1er juin 2015, le maire Les Républicains (LR) Jean-Jacques Raffaele, épaulé par de nombreux élus locaux, avait organisé une manifestation pour montrer aux autorités françaises leur exaspération. La commune demandait surtout la réouverture immédiate de la bretelle d’autoroute de Beausoleil pour décongestionner la zone en heure de pointe. Un an et demi plus tard, une nouvelle réjouissante est tombée. La création d’une nouvelle bretelle a été actée par le président de la République française, François Hollande. Des travaux conséquents vont être entrepris, le projet ayant été retenu dans le nouveau plan d’investissement sur le réseau autoroutier concédé. « Un projet à 6,5 millions d’euros, selon la fourchette haute du budget pour l’instant. C’est acté, c’est même quasiment une priorité. Mais ça va être plus long et plus cher… », prévient Jean-Jacques Raffaele.

Financement

Une demi-satisfaction donc pour le premier édile de La Turbie qui continue de plaider pour une réouverture rapide, grâce à quelques aménagements, de la bretelle de Beausoleil. « Pour moi, c’est toujours trop long », réagit-il. Il se félicite tout de même d’avoir réussi à convaincre l’ancien préfet des Alpes-Maritimes, Adolphe Colrat, de venir sur place, ce qui a permis ensuite d’alerter les autorités compétentes au plus haut niveau de l’Etat français. « Ce qui bloquait ? La dure réalité de l’administration française qui travaille sur plan sans voir la configuration locale… Alors que c’est un site particulier, qui demande des dérogations. » Cet aménagement routier devrait permettre une baisse de 10 à 15 % du trafic aux heures les plus chargées. Son financement est actuellement en discussion. Autour de la table : Vinci Autoroutes, Monaco et la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF). « La part de la CARF sera de 3 %, soit à l’heure actuelle 195 000 euros. Les réunions vont maintenant se précipiter » indique le maire.

Attractivité

« L’inscription au nouveau plan d’investissements des travaux de la bretelle de Beausoleil est une excellente nouvelle et nous allons accompagner ce projet en participant en partie à son financement », explique, sans avancer de chiffres, le conseiller-ministre pour l’Equipement, Marie-Pierre Gramaglia. « Dès les premières séances privées et publiques de ce mandat, des élus d’Horizon Monaco (HM) ont demandé l’ouverture de cette bretelle. Le gouvernement monégasque s’est de son côté engagé à défendre une solution qui était auparavant considérée comme impossible… Mais combien d’années de perdues, de préjudice à l’attractivité et de conséquences environnementales, pendant que s’accroît toujours plus la circulation… », soupire l’élu HM, Claude Boisson. Il en profite pour demander à Serge Telle, ministre d’Etat de Monaco, où en est le projet d’horaires décalés. Union Monégasque (UM) se prononce aussi en faveur de ce chantier pour faciliter l’accès à Monaco des personnes qui viennent y travailler tous les jours. « Nous avons besoin d’eux. Les salariés sont l’un des facteurs les plus importants pour la prospérité du pays », estime le conseiller national UM, Bernard Pasquier. La nouvelle majorité, par la voix de Caroline Rougaignon-Vernin, vice-présidente de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (CISAD), approuve l’initiative. Mais elle alerte d’ores et déjà sur « une mise en cohérence du schéma de circulation qui passera par la commune de Beausoleil, au risque de se retrouver avec des embouteillages monstres ».

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Le 1er juin 2015, le maire LR de La Turbie, Jean-Jacques Raffael et plusieurs élus locaux ont organisé une manifestation. Objectif : montrer leur exaspération aux autorités françaises. © Photo Mairie de La Turbie

Projection

Cette élue interpelle la SNCF car elle attend aussi, et en parallèle, une amélioration de la fréquence et de la fiabilité des TER. « On se demande encore quel est le retour concret pour Monaco après le financement de nombreuses rames il y a quelques années. L’ouverture à la concurrence ne sera-t-elle pas l’occasion pour Monaco de rappeler son importance économique et sociale dans les Alpes-Maritimes ? A notre place, nous voulons des pistes concrètes, par la route ou par le train. C’est essentiel. Non pas pour l’avenir seulement, mais pour chaque jour qui passe », réagit à son tour Thierry Poyet, président de la CISAD au Conseil national, pour le compte de la nouvelle majorité. Caroline Rougaignon-Vernin espère surtout que le gouvernement princier réfléchira à « des solutions modernes de type téléphérique en provenance de vastes parkings de dissuasion pour donner de l’oxygène à tous ces flux de salariés, matin et soir ». Car ce dialogue avec les autorités françaises ne doit pas faire oublier la préparation de nouveaux grands projets d’avenir pour la circulation. « Cette bretelle, c’est une pièce du puzzle. Mais ça n’enlève pas toutes les problématiques, souligne Jean-Jacques Raffaele. Après des investissements massifs à l’intérieur de Monaco, il faut regarder ce qu’on peut faire à l’extérieur ensemble. » Un appel que semble entendre les élus locaux. « À mon sens, l’Etat doit engager des discussions pour un schéma de cohérence sur la circulation, quitte à prévoir des participations financières sur des ouvrages structurants. Il en va du bien-être de nos salariés » préconise Thierry Poyet. Pistes avancées : des parkings de désenclavement, puis des moyens aériens ou souterrains vers Monaco. Même son de cloche pour Jean-Jacques Raffaele : « Il faut se projeter à 8 ans. On n’a plus d’alternative, à part des améliorations marginales. Vu le développement de Monaco, on n’y arrivera pas. Cette situation était déjà prévisible il y a 30 ans. Mais on n’a rien fait… »

 

journalistAnne-Sophie Fontanet