Police, nouvelle génération

Anne-Sophie Fontanet
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Comment faire respecter la loi et protéger les citoyens quand l’environnement d’intervention évolue sans cesse ? Comment préparer les nouvelles recrues et leur permettre de s’adapter notamment à la menace terroriste ? Le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, explique à Monaco Hebdo son approche et ses ambitions pour cette police nouvelle génération.

Sûreté publique 2020, c’est le nom du rapport sur lequel planche depuis plusieurs semaines le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni. Ce document cherchera à établir les mutations indispensables au bon fonctionnement des services de police en principauté. « Il faut s’adapter en permanence, reconnaît le patron de la sûreté publique. Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Celui d’un basculement de la société. Il ne faut pas penser que nous sommes sur un îlot isolé du monde. » La vague d’attentats meurtriers dans le monde et particulièrement en France encourage le gouvernement princier à prendre de nouvelles mesures pour assurer la protection de la Principauté. C’est cet état des lieux qui a poussé le directeur à demander de nouveaux recrutements au gouvernement. Dix policiers supplémentaires sont venus compléter l’effectif monégasque le portant à 543 personnes, dont 484 en tenue. Les renforts sont attendus au sein du service de renseignement (2 policiers), ainsi que dans l’unité spécialisée d’intervention et de voie publique (8 policiers).

« Évolution »

Bientôt, il demandera à nouveau un budget ressources humaines pour couvrir les risques actuels et futurs, notamment pour la cybercriminalité, la police scientifique et la coopération internationale. Car l’environnement d’intervention ne ressemble plus à celui d’il y a 20 ans, voire 10 ans même. « Ce sont des pistes d’évolution que nous impose la situation internationale. Aujourd’hui, il n’y a pas de service dédié dans ces trois secteurs. Seulement des policiers qui interviennent ponctuellement sur le sujet. » Lié par une convention franco-monégasque, le premier chef de la police de nationalité monégasque fait travailler de nombreux Français attirés par le respect de l’uniforme et les bonnes conditions de travail. « En règle générale, en France, on ne peut pas dire que les choses évoluent bien… »

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Sur les 484 personnels actifs, seuls 14 sont monégasques. « Aujourd’hui, on a une centaine de candidatures pour l’école de police. Mais si on faisait diffuser les avis de recrutement dans toute la France, on en aurait peut-être 1000, imagine le patron de la sûreté. Ils viennent car la police de Monaco a une bonne image. Celle d’un lieu où l’on peut faire son travail et les moyens pour le faire. Ici, on peut exercer sa vocation dans les meilleures conditions, avec une population qui nous respecte. Et c’est très valorisant. » Le territoire monégasque serait donc réputé et attirerait grâce à sa tranquillité. Vidéosurveillance, faible taux de délinquance et tolérance zéro seraient les ingrédients de cette réussite. « Monaco est un pays apaisé. 140 nationalités, de toutes conditions sociales, y vivent ensemble. Mais on se doit d’anticiper pour pouvoir réagir. »

Tolérance zéro

L’autre force pour Richard Marangoni réside dans la cohésion d’équipe qui se dégage du corps monégasque. « Je suis fils de policier. Nous sommes trois générations à avoir servi à la sûreté publique dans ma famille. Quelque part, c’est ma vie. Donc à chaque fois qu’il y a un problème, ça me touche. » Alors quand plusieurs policiers, certains en retraite, sont accusés de corruption et de délivrance de titre de résident fictif (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 994), le directeur sanctionne. « Pour être respecté, il faut être respectable » se cantonne t-il à rappeler. La tolérance zéro, c’est donc valable pour les citoyens, mais aussi pour les policiers. « On a une affaire tous les 15 ans. C’est exceptionnel. La prévention, c’est notre déontologie. On fait le contrôle et le débriefing des affaires pour qu’elles ne se reproduisent pas. » Sous le regard de saint Georges terrassant le dragon, le protecteur des policiers, Richard Marangoni veut croire en la devise de la sûreté issue de la dynastie Grimaldi pour ses 700 ans et attribuée par le Prince Rainier III. : « Fides, diligenta virtus. » Ce qui signifie : « Loyauté, vigilance et courage. »

Corruption dans la police : l’image de la Sûreté écornée ?

C’est un des facteurs les plus forts de l’attractivité du territoire monégasque : sa police irréprochable et efficace. Mais depuis la révélation d’une affaire de corruption au sein des rangs de la sûreté (lire Monaco Hebdo n° 994), la belle image d’unité est ébranlée. Surtout que les investigations menées simultanément en Belgique et à Monaco n’ont pas encore dévoilé tous leurs secrets. Une situation qui inquiéterait jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, à Monaco. Depuis la révélation de l’affaire le 21 novembre, aucune autre communication de la part du parquet général n’a été organisée. Elle devrait intervenir dans les prochaines semaines. Pour rappel, au moins trois fonctionnaires de police, dont deux en retraite, sont soupçonnés d’avoir délivré contre rémunération des titres de résidents monégasques fictifs à une douzaine de Belges d’une même famille.

Police-justice : un duo qui fonctionne

« A chaque fois qu’il y a infraction contre un policier, il y a une réponse judiciaire » observe le directeur de la sûreté. En 2016, 12 affaires d’outrages et une affaire de violence ont été jugées devant le tribunal correctionnel de Monaco. Un an avant, ce sont 15 dossiers d’outrage et 8 de violence qui ont atterri sur les bureaux des juges. « Il pourrait y avoir des procédures d’outrage tous les jours… On demande donc au policier d’avoir un certain recul et de prendre sur lui. » Mais si les insultes sont répétées, on incite le fonctionnaire à déposer une plainte. Devant le tribunal, le prévenu, s’il est reconnu coupable, est systématiquement condamné. Des peines d’amende ou du sursis pour l’outrage et l’insulte. Et parfois des peines ferme pour des violences. La tolérance zéro est aussi appliquée par le patron de la sûreté publique si un policier s’est mal comporté : « Lorsqu’il y a un incident sur la voie publique, si ça dérape, je fais convoquer la personne. Pour être respecté, il faut être respectable. »

« La mobilisation des policiers a doublé en 5 ans »

La Sûreté évolue, ses moyens aussi. Le conseiller-ministre pour l’Intérieur Patrice Cellario explique à Monaco Hebdo les nouvelles dispositions prises par le gouvernement pour accompagner les forces de l’ordre.

Sûreté publique

© Photo Direction de la Sûreté publique

La demande de la Sûreté pour de nouveaux recrutements est vraiment justifiée ?

La sécurité représente l’une des composantes de l’attractivité en Principauté. Après une recherche d’optimisation des moyens, tant humains que matériels, procéder à de nouveaux recrutements apparait aujourd’hui presque incontournable pour pérenniser ce modèle.

Pour quelles raisons ?

Notamment au regard des très nombreuses manifestations organisées en Principauté qui mobilisent de plus en plus de fonctionnaires, avec des mesures de sécurité renforcées suite aux attentats perpétrés en France en 2015 et 2016. Cette mobilisation des fonctionnaires de police a ainsi quasiment doublé en 5 ans. Mais aussi de la situation internationale actuelle qui nécessite un accroissement des mesures de sécurité pour tous les établissements recevant du public, ainsi que la tenue des points frontières, de la gare ferroviaire et de l’héliport. De plus, la surveillance des lieux sensibles a été renforcée et les patrouilles en ville ont été intensifiées.

Quoi d’autres ?

La diversification et complexification des dossiers traités par la division de police judiciaire au niveau national mais aussi international (via les commissions rogatoires internationales), l’accroissement des vérifications entreprises par la division de police administrative dans le cadre de la procédure de l’autorisation préalable (permis de travail, carte de séjour). Ou encore, par exemple, le vote de la loi portant diverses mesures relatives à la préservation de la sécurité nationale et sa mise en œuvre, oblige la sûreté publique à revoir une partie de son organisation.

Une réorganisation des services et une formation spécifique des agents en place pourrait suffire ?

D’une façon globale, la prise en compte de la lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité, notamment avec les effets prévisibles de l’activité de l’agence monégasque de sécurité numérique, et la criminalité organisée a des répercussions importantes sur les différentes divisions de la direction de la sûreté publique.

Après la vague d’attentats en France, qu’est-ce qui a changé dans la politique intérieure de sécurité monégasque ?

Trois domaines ont été renforcés en priorité : la prévention, l’intervention et l’investigation. En parfaite collaboration avec les services de la direction générale de la sécurité intérieure, la section des informations générales, des études et du renseignement a développé un travail remarquable tenant à identifier les menaces et limiter les risques terroristes en Principauté. Cette coopération devrait encore se renforcer en 2017, avec les moyens donnés par la loi portant diverses mesures relatives à la préservation de la sécurité nationale. Sur le plan de l’intervention, la sûreté publique, notamment l’unité spécialisée d’intervention et de voie publique a été pionnière, dès janvier 2016, de la notion de primo-intervenants.

Et sur le terrain ?

Depuis plusieurs mois, des policiers du groupe d’intervention, l’équivalent du Raid français, dotés de matériels lourds, patrouillent en Principauté. Ces équipes monégasques sont capables d’intervenir en moins de 5 minutes sur la zone de crise et sont formées pour neutraliser dans les meilleurs délais d’éventuels assaillants. Une convention franco-monégasque organise la possibilité d’être renforcé par le Raid français en cas de crise grave. Par ailleurs, la sûreté publique a élaboré un plan d’intervention organisant l’intervention des policiers et des secours en cas de crise majeure.

Sur ce thème, comment la coopération avec la France a-t-elle été renforcée ?

Les enquêteurs de la sûreté publique et les fonctionnaires de la police technique et scientifique monégasque ont tous été formés aux nouvelles techniques de constatations de scènes en collaboration avec la sous-direction anti-terroriste (SDAT) française. Ainsi que ce soit en matière de renseignement, d’intervention ou d’investigation, la collaboration avec les autorités françaises peut être considérée comme exemplaire.

Depuis le vote de la loi sur la sécurité nationale, des écoutes administratives ont été lancées ?

Vous comprendrez que je ne peux apporter d’éléments réponses à ce sujet qui relève d’un domaine strictement confidentiel.

En séance publique, le conseiller national Thierry Poyet a évoqué l’hypothèse d’un armement des policiers en dehors de leurs heures de service : vous êtes pour ?

La question mérite une réflexion et une étude attentive.

Un concours difficile et fastidieux

En 2016, 23 agents et cinq officiers sont venus à bout du concours d’entrée. Épreuves multiples, notes éliminatoires et une parfaite condition physique font partie des obligations pour entrer dans l’école de police monégasque. Explications.

sûreté publique

« On essaie de détecter la sociabilité, l’humilité, le sang-froid ou la relation normale à la vérité du candidat. S’il est égocentrique, désespéré, menteur… c’est mal parti. » Régis Bastide. Commissaire. © Photo Direction de la Sûreté publique

Ils étaient 94 en avril 2016 à présenter le concours d’entrée à l’école de police. Premières obligations pour tenter sa chance : être âgé de 21 à 30 ans, détenir la nationalité française ou monégasque, mesurer au moins 1,80 m pour les hommes, 1,65 m pour les femmes et avoir un indice de masse corporel compris entre 18 et 28. Les annonces de recrutement publiées au Journal officiel (JO) stipulent également que les étudiants doivent avoir un niveau d’études de fin de second cycle pour les agents (baccalauréat) et être de bonne moralité. « Le niveau est tellement relevé qu’il n’est pas rare de recevoir des étudiants avec des bac +2, 3, 4, 5… », souligne Richard Marangoni, le directeur de la sûreté publique.

Psychologue

Chaque épreuve est éliminatoire, l’expérience peut donc s’arrêter à tout moment. « Le concours est composé de trois épreuves, résume le brigadier chef Laurent Pons. Une épreuve sportive pour commencer avec un parcours d’habileté motrice, une épreuve de natation et 1 000 m en marche à pied. Un minimum de 12/20 est exigé pour passer à la prochaine épreuve. » On passe ensuite aux tests psychotechniques et au commentaire de texte sur un fait-divers. « Les tests sont examinés par un psychologue. On essaie d’y détecter la sociabilité, l’humilité, le sang-froid ou la relation normale à la vérité du candidat. S’il est égocentrique, désespéré, menteur… c’est mal parti » avoue le commissaire Régis Bastide. Les jeunes poursuivent avec une dissertation de culture générale, un test de langue à l’oral et un de questions à choix multiples (QCM) sur les institutions monégasques et européennes.

Oral

Fin de la première grande phase. L’admission n’est toujours pas acquise. La dernière épreuve n’est pas simple. Pendant au moins 20 minutes, les candidats passent leur grand oral face à un jury impressionnant. « Il s’agit généralement de parler d’un sujet d’actualité. Mais l’enjeu de l’oral porte essentiellement sur la personnalité du candidat », résume le commissaire Bastide. Onze personnes, dont le directeur de la sûreté publique, celui des ressources humaines, des chefs de division, des représentants du département de l’Intérieur, un membre de la commission paritaire, un psychologue et un magistrat. « En dessous de 10, vous êtes éliminé », insiste le lieutenant Eric Gioanni. « Ce que l’on regarde avant tout, c’est qu’il s’agisse d’hommes et de femmes matures avec de l’expérience. Des profils montrant une solidité psychologique qui rentrent rapidement dans le moule. Toute leur carrière se fera ici. Il faut qu’il soit prêt à côtoyer les mêmes personnes pendant 30 ans » prévient le directeur Marangoni. Si tout est validé, vous pouvez enfin intégrer l’école de police. Mais attention, le bout du tunnel est encore loin. « On effectue un contrôle continu pendant les deux ans de formation. Pour être stagiaire, il faut un minimum de 12/20. A la fin de la scolarité, on passe un dernier examen qui vous permet d’exercer », conclut le capitaine Frédéric Romersi.

« Coller à l’actualité à 200 % »

Réformée en 2008, la formation suivie par les futurs policiers consiste en une approche par compétence. De la pédagogie à la simulation sur le terrain, les cours enseignés s’inscrivent dans un contexte de prévention et de risque intégré. Les professeurs demandent aux élèves discernement et retenue pour montrer l’exemple.

Ce sera la première promotion formée sous l’ère Marangoni, nommé directeur de la Sûreté en mars 2016. Après 32 ans de service sur le terrain, c’est le premier Monégasque à exercer cette fonction prestigieuse (lire son portrait publié dans Monaco Hebdo n° 962). Un petit chamboulement pour une institution majoritairement composée d’agents de nationalité française. Son mot de bienvenue aux futurs policiers doit donc « leur donner conscience de cette spécificité monégasque ». Trente-quatre semaines de cours théoriques, 70 semaines de stage en immersion. Un tuteur instructeur à chaque stage et un tuteur référent en deuxième année suivent la progression de l’étudiant. A Monaco, on privilégie l’approche par compétence. Le contenu pédagogique contient un socle inamovible : beaucoup de sport, du tir, l’apprentissage des techniques professionnelles, comme les règles d’intervention ou la manière de rendre compte. « On devra employer des techniques proportionnelles à la rébellion de l’individu. Il faudra faire preuve de discernement et de retenu », observe le lieutenant Eric Gioanni. Une large partie du temps des élèves est aussi consacrée à la connaissance du code pénal et aux institutions monégasques. Des cours d’éthique et de déontologie policière complètent ce planning.

Cohésion

Il y a aussi des cours d’anglais et d’italien, « indispensables pour renseigner à Monaco », explique le brigadier-chef Laurent Pons. De plus, chaque élève devra se soumettre à la connaissance intégrale de la topographie monégasque. « Hors de question qu’un policier ne connaisse pas le nom d’une rue » lance le commissaire Régis Bastide. Dans chaque promotion, environ un tiers à deux tiers de l’effectif est déjà passé en France par un corps constitué, c’est-à-dire la police ou la gendarmerie. « S’ils s’appuient uniquement sur leurs acquis, on les prévient qu’ils ne vont pas aller bien loin. Ils ont déjà adopté les règles comportementales. Ces élèves peuvent nous aider à montrer l’exemple pour la cohésion. Mais ça s’arrête là. Le reste est à reprendre à zéro » affirme le capitaine Frédéric Romersi. Il n’y a que les cadres qui sont détachés de France pour travailler à Monaco. Les agents doivent eux tout réapprendre. « Rentrer dans le corps monégasque, c’est tirer un trait sur son ancienne carrière, souligne Richard Marangoni. Le but de la formation est de leur apprendre qu’ils se trouvent désormais dans un pays souverain étranger qui a ses propres lois. Ils doivent oublier ce qu’ils ont appris en France. »

Tuerie de masse

Et parce que la police de demain se doit de suivre l’évolution d’une société changeante, des apprentissages spécifiques ont fait leur apparition ou ont été renforcés. A l’image du cours “tuerie de masse” ou “déminage”. Sans oublier une sensibilisation aux médias, avec la participation de la direction de la communication du gourvernement. « Nous sommes obligés de coller à l’actualité à 200 %. On insiste ainsi sur certains risques. A Monaco, nous nous trouvons dans un contexte de prévention et de risque intégré » développe le brigadier-chef Pons. Dans son rapport “Police 2020”, Richard Marangoni prend en compte ses nouveaux critères avec sérieux. « Nous ne devons pas penser que nous sommes sur un îlot isolé du monde. On assiste à un basculement de la société. Notre monde évolue mal. Il nous faut donc anticiper pour pouvoir réagir », estime le directeur.

Ce sont les policiers de demain

Christophe, Julia et Romain ont intégré en septembre la promotion 2016 de l’école de police de Monaco. Ces trois Français suivent une formation exigeante de deux ans qui devra leur permettre d’intégrer la Sûreté publique en tant qu’agent ou lieutenant en 2018. Après plusieurs semaines de cours, ils expliquent à Monaco Hebdo leur parcours, leurs motivations et leurs espoirs.

« Il faut la vocation »

Agent élève Christophe Martinerie, 29 ans, Français.

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Christophe Martinerie © Photo Monaco Hebdo.

Cela fait bien longtemps que le Roquebrunois Christophe Martinerie, 29 ans, a fait de la police de Monaco son objectif professionnel. En 2010, à la fin de son master 2 en sécurité intérieure à Nice, il présente le concours monégasque. Un premier essai non concluant qui ne l’empêche pas de poursuivre dans la voie des forces de l’ordre. A Montluçon, il intègre l’école de sous-officier de la gendarmerie nationale française. « Je suis resté pendant quatre ans dans la Garde républicaine en compagnie de sécurité et d’honneur. » Ses missions : la sécurité de l’Assemblée nationale ou du Sénat et de multiples cérémonies de commémoration. « Mais mon premier choix, ce qui avait conditionné mes études universitaires, c’était la Sûreté publique », affirme le jeune homme. Il sait que c’est peut-être sa dernière chance d’intégrer le cursus, le concours étant accessible jusqu’à 30 ans. « Le tronc commun de la formation présente des ressemblances. Mais il y a beaucoup d’autres choses à connaître notamment sur les institutions. Il faut la vocation. Ici, on trouve une dimension locale qui n’existe pas en gendarmerie. On a le temps de tisser des liens avec la population » souligne l’élève agent. Cette décision représente une prise de risque. Pour intégrer la sûreté, il doit renoncer à la gendarmerie. Tout cela, pour un pays qui n’est pas le sien. « La Principauté est incontournable. Même si on n’est pas un national, on a une volonté de servir, parce qu’elle nous apporte beaucoup » conclut-il.

« Etre intègre et loyal »

Lieutenant stagiaire Julia Couloubrier, 28 ans, Française.

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Julia Couloubrier © Photo Monaco Hebdo.

C’est un de ces parcours qui rend fier le directeur de la sûreté publique Richard Marangoni. A la fin de ses études de droit à Nice, Julia Couloubrier intègre l’école de police après son concours réussi d’agent. « Pour une femme, c’est un double challenge » reconnaît cette jeune maman de 28 ans. Après six années sur le terrain dans les unités de police secours, à la simple police ou dans la section police de proximité, Julia Couloubrier se lance un nouveau défi en renouvelant deux années de formation pour cette fois devenir lieutenant de police. « C’était un de mes objectifs répondant à un désir personnel et professionnel. On sait très bien qu’on va mettre les pieds dans un monde d’homme. Mais ma décision était d’être policier », affirme la futur lieutenant. Si chaque promotion est mixte, le nombre de femmes à l’école de police se compte sur le doigt d’une main. Julia Couloubrier, c’est aussi le visage d’une sûreté qui se féminise petit à petit, selon le souhait de son directeur. Sur 484 personnels actifs, seuls 45 sont féminins. Qu’est-ce qui l’a poussée à intégrer ce corps ? « J’avais une image très prestigieuse de Monaco. Ce qui m’a décidé, c’est le service au public et de pouvoir lui porter assistance dans de bonnes conditions » réagit-elle. Et quand on l’interroge sur les qualités essentielles pour faire un bon policier : « Il faut être intègre, disponible et loyal tant envers la population que sa hiérarchie. »

« Respecter les gens »

Romain Duvivier, 24 ans, Français.

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Romain Duvivier © Photo Monaco Hebdo.

On vient parfois de très loin pour protéger et servir sous le drapeau rouge et blanc. Romain Vivier aspire à devenir agent de police à Monaco. De son Nord-Pas-de-Calais natal, il apprend à connaître la Principauté par des séjours de loisirs. Après un bac technologique option marketing, il devient d’abord aide-soignant à Valenciennes, sa ville d’origine. Puis intègre un laboratoire médical avant de dévier totalement de trajectoire et de devenir adjoint de sécurité à la police nationale française. Après l’école nationale de Roubaix, il est affecté au commissariat de cette ville de 94 000 habitants. Romain travaille à l’anti-délinquance et au maintien de l’ordre. En 2016, il est reçu au concours de gardien de la paix en France et à celui d’agent de police en Principauté. « Ce n’était pas forcément facile, mais c’est un choix de vie que j’ai fait. Pour moi, Monaco était attractif. On peut y exercer en toute sécurité avec des moyens. Il faut respecter les gens. Ayant l’expérience de la police nationale française, je peux dire qu’ici, on prévoit avant que le trouble n’ait lieu », assure ce jeune homme. Depuis plusieurs semaines, il a pu prendre la mesure de son choix : l’éloignement géographique, la rigueur et la discipline de l’école monégasque. Mais il pense « qu’il faut s’accrocher ». Il a aussi fait sienne la phrase d’accueil du directeur de la sûreté : « Pour être respecté, il faut être respectable. »

 

 

 

 

 

journalistAnne-Sophie Fontanet