Culture sélection de novembre

Raphael Brun
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Comme des bêtes

de Yarrow Cheney et Chris Renaud

Cohabitation. Que font les animaux quand on n’est pas là ? C’est sur cette question simple qu’est basé ce dessin animé. Imaginé par le studio Illumination Mac Guff à qui l’on doit notamment Les Minions (2015), Comme des bêtes multiplie les gags autour d’une étonnante galerie animale. Max est un chien qui mène une vie paisible à New York avec sa jeune maîtresse, Katie. Mais un jour, Katie ramène Duke, un chien abandonné et la cohabitation se passe mal. Duke et Max s’échappent de l’appartement, mais sont capturés par la fourrière. La rencontre avec une bande d’animaux dirigée par un lapin va tout changer. Pas très original, le scénario est essentiellement sauvé par le rythme et les clins d’œils cinématographiques variés, de Grease (1978) à Fenêtre sur cour (1954).

Comme des bêtes de Yarrow Cheney et Chris Renaud, avec Philippe Lacheau, François Damiens, Willy Rovelli (USA, 2016, 1h27), 14,99 euros (DVD), 24,99 euros (combo blu-ray +DVD +copie digitale).

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Conjuring 2,le cas Enfield

de James Wan

Classicisme. Les chasseurs de démons Ed et Lorraine Warren se rendent à Londres pour secourir une mère de famille qui vit seule avec ses quatre enfants dans une maison hantée. Très (trop) calibrée, cette suite n’atteint pas les sommets du premier épisode, Conjuring, les dossiers Warren (2013). Le Sino-Malaisien James Wan, auteur notamment de Saw (2004) et Insidious (2011), n’invente rien. Il se contente de rester fidèle à un classicisme qui a fait ses preuves. Si les ressorts sont connus, Conjuring 2, le cas Enfield remplit tout de même le cahier des charges. La photographie de Don Burgess, l’ambiance qui emprunte largement à L’Exorciste (1973) de William Friedkin ou le clin d’œil à Amityville, la maison du diable (1979) n’y sont pas étrangers.

Conjuring 2, le cas Enfield de James Wan, avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Frances O’Connor (USA, 2016, 2h13), 17,99 euros (DVD, vendu avec le DVD de Conjuring, les dossiers Warren), 24,99 euros (blu-ray, vendu avec le blu-ray de Conjuring, les dossiers Warren).

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Folles de joie

de Paolo Virzi

Dingues. Entre Beatrice et Donatella, ça colle tout de suite. La première est mythomane, excentrique et délurée. La deuxième est dépressive, quasi mutique et tatouée. Un jour, elles s’échappent de la Villa Biondi, quelque part en Toscane, où elles sont internées. C’est l’occasion pour elles de mieux se découvrir et de se lier d’amitié. La tornade Valeria Bruni Tedeschi est irrésistible et l’émotion gagne peu à peu ce road movie qui pourrait être vu comme une sorte de Thelma et Louise (1991) chez les dingues. C’est souvent très drôle, parfois un peu trop mélo, mais l’énergie dégagée par l’ensemble permet à Paolo Virzi d’emporter finalement l’adhésion.

Folles de joie (La pazza gioia) de Paolo Virzi, avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Bob Messini (ITA/FRA, 2016, 1h56), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

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La colline a des yeux

de Wes Craven

Barbarie. « Quel que soit l’angle sous lequel on appréhende ce film, il est repoussant. […] C’est horrible et abject. » C’est ce qu’écrivait Telerama à la sortie de ce film. Depuis, cette série B dans laquelle une famille américaine est prise en chasse par une bande violente alors qu’elle traverse une zone d’essais désertique de l’armée américaine, a été réhabilitée. Wes Craven (1939-2015) explore la psyché américaine et critique violemment ce que la société américaine peut avoir de plus barbare. Souvent centrale dans son œuvre, la famille américaine est malmenée. La parfaite famille américaine est opposée à la famille dégénérée. Et la barbarie ne tarde pas à faire exploser les conventions liées à la civilisation, pendant que « l’american way of life » de Dwight David Eisenhower (1890-1969) est massacré à coups de pioches (entre autres).

La colline a des yeux de Wes Craven, avec Susan Lanier, Robert Houston, Martin Speer (USA, 1977, 1h29), 40 euros (édition 40ème anniversaire, combo blu-ray +DVD +livre de 200 pages, Wes Craven, le droit à l’horreur). Sortie le 7 décembre.

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Etats du monde

d’Onuma Nemon

« Cosmologique ». Né en 1948, Onuma Nemon (c’est un pseudo) vit en Ardèche. Il est un artiste à part entière. Plasticien au départ, marqué par les groupes utopistes qu’il a fréquentés dans sa jeunesse, il s’est ensuite tourné vers le dessin et la gravure. Passionné par la pensée chinoise, cet écrivain atypique s’est lancé en 1966 dans une œuvre « cosmologique » démesurée, constituée notamment par les milliers de pages d’OGR (1999), de Quartiers de ON ! (2004) ou de Roman (2009). Autant le dire tout de suite : Etats du monde ne plaira pas aux lecteurs les plus cartésiens. Ici, le délire et l’apparente absence de cohérence dans le récit sont érigés en norme. Les 840 pages de ce livre sont étonnantes à plus d’un titre. On y croise Staline, Hitler, Christophe Colomb et même Don Quichotte. C’est beau, hyper dense et poétique aussi.

Etats du monde d’Onuma Nemon (Mettray éditions), 840 pages, 29 euros.

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La maison hantée

de Shirley Jackson

Protéiforme. A l’occasion des 100 ans de Shirley Jackson (1916-1965), Monaco Hebdo vous propose de vous jeter sur La maison hantée. Publié en 1959, ce roman d’épouvante reste à ce jour l’un des récits fantastiques majeurs du XXème siècle. Il a d’ailleurs été porté à l’écran en 1963 par Robert Wise (1914-2005) sous le titre The haunting of hill house. L’histoire est construite autour de quatre personnages qui se rendent à Hill house, une maison supposée hantée, pour essayer de comprendre ce qu’il s’y passe vraiment. Shirley Jackson dépeint avec subtilité cette inquiétante maison protéiforme, capable de ressembler aux projections mentales de certains protagonistes. Près de 60 après sa sortie, cette maison hantée est toujours aussi délicieusement étrange.

La maison hantée de Shirley Jackson (Rivages/Noir), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Mols et révisé par Fabienne Duvigneau, 250 pages, 8,20 euros.

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Zigzag

de Ross Thomas

Vintage. Romancier et journaliste, Ross Thomas (1926-1995) est notamment l’auteur des Faisans des îles (1999) et de Voodoo, Ltd (1999). Trente-huit ans après sa publication, les éditions Sonatine ont décidé de ressortir Zigzag (1978), un polar publié sous le titre Chinaman’s chance, qui signifie « pas la moindre chance » en argot américain. L’arnaque montée par Artie Wu et Quincy Durant relève de cette analyse. Totalement surréaliste, leur escroquerie fantaisiste les fait plonger dans un tourbillon de problèmes, entre meurtres et disparitions. Ironie et humour noir sont au rendez-vous de ce polar vintage qui s’appuie sur une galerie de personnages tous plus déglingués les uns que les autres.

Zigzag de Ross Thomas (Sonatine, collection Sonatine +), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Raynal, 480 pages, 14 euros.

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La Petite Mort(e)

de Davy Mourier

Déception. Davy Mourier continue sa saga autour de la mort. Après les trois volumes de Petite Mort publiés entre 2013 et 2015, la famille Mort continue à faire des siennes. Cette fois, Papa Mort est très déçu. Alors qu’il espérait la naissance d’un garçon, c’est finalement une petite fille qui s’annonce. Papa Mort décide donc de mettre sa fille, La Petite Morte, dans une école privée, où les élèves sont tous des faucheurs issus du folklore d’autres pays, comme Hel la Scandinave, Mictlantecuhtli l’Aztèque ou Orcus le Romain. Cynisme et humour noir sont bien évidemment au rendez-vous de cette BD totalement irrésistible.

La Petite Mort(e) de Davy Mourier (Delcourt), 96 pages, 15,50 euros.

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Tulipe

de Sophie Guerrive

Philosophique. Très active, Sophie Guerrive livre une deuxième BD cette année, après Capitaine Mulet (2016). Âgée de 33 ans, cette diplômée des arts décoratifs de Strasbourg propose une réflexion sur le sens de l’existence à travers le quotidien d’animaux. Seul Tulipe, un ours très peu actif, semble se satisfaire de sa vie actuelle. Entre un caillou mort d’ennui et un serpent hyperactif, la plupart de ses amis s’interrogent sur des questions fondamentales, comme l’amour, la liberté, la solitude ou le temps qui passe. Ces questionnements sur le sens de l’existence auraient leur place aux Rencontres philosophiques de Monaco. Dépouillé, le trait de Sophie Guerrive laisse la place nécessaire à des dialogues incisifs, tout en jouant sur différents niveaux de lecture.

Tulipe de Sophie Guerrive (Editions 2024), 160 pages, 15 euros.

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Woman

Justice

disco. Le duo électro français Gaspard Augé et Xavier de Rosnay est de retour. Cela faisait cinq ans que les fans attendaient. Depuis Audio, video, disco (2011), Justice se faisait discret. Avec seulement trois albums depuis 2007, ce duo aime prendre son temps pour peaufiner chaque détail, que ce soit sur leurs disques, sur scène ou pour leurs visuels. L’ouverture de cet album avec Safe & sound est très groovy pour se poursuivre avec sensualité lorsque déboule Pleasure, ou encore Love SOS. Mais le décollage, le vrai, a lieu avec Alakazam !. Cette bombe disco évoque un Giorgio Moroder survitaminé, avec une nappe synthétique qui emporte absolument tout sur son passage.

Woman, Justice (Ed Banger Records/Because Music), 11,99 euros (CD), 22,99 euros (double vinyle+CD).

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Hero (EP)

Camp Claude

Sensuelle. Ce qui frappe à la première écoute du nouvel EP de Camp Claude, c’est la voix de Diane Sagnier. Incroyablement sensuelle, elle porte Hero, le premier single extrait de ce disque, qui est aussi à découvrir dans un clip d’inspiration roswellienne, dont elle est la réalisatrice. Car en plus d’être chanteuse et d’avoir fréquenté l’école des Gobelins, Diane Sagnier est également photographe et vidéaste. Quelque part entre pop minimaliste et électro, les quatre titres de cet EP sont une jolie suite au premier album de Camp Claude, Swimming Lesson (2016). Invitée en 2012 par le Britannique Mike Giffts et le Suédois Leo Hellden du groupe Tristesse Contemporaine à venir chanter sur l’un de leurs projets, Diane Sagnier a séduit tout le monde. L’essai a donné naissance à Camp Claude. On pourra voir Camp Claude le 9 décembre aux Passagers du zinc, en Avignon.

Hero (EP), Camp Claude (Believe Recordings/Artisan(s) Publishing), 5,16 euros (sur iTunes).

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Desillusion (EP)

Arnaud Rebotini

Hypnotique. Pour plonger dans ce nouvel EP d’Arnaud Rebotini, rien de tel que de visionner le clip réalisé par Joachim Olaya du collectif Scale. Parfaitement hypnotique, façon Kraftwerk et tourné à la Gaité Lyrique à l’aide de projections à 360° inspirées du constructivisme russe, le clip de Desillusion offre un écrin sur mesure à l’électro puissante et sombre d’Arnaud Rebotini. Depuis son dernier album solo, Someone gave me religion (2011), ce pilier de l’électro française n’a rien perdu de son efficacité. On a notamment pu le vérifier à travers le duo qu’il a récemment formé avec Christian Zanési, compositeur et directeur adjoint du groupe de recherches musicales de l’INA, pour publier l’album Frontières (2016). Cet EP le confirme : Arnaud Rebotini fait partie de ceux qui comptent sur la scène techno hexagonale.

Desillusion (EP), Arnaud Rebotini (Blackstrobe), 11,50 euros (maxi vinyle). Sortie le 9 décembre.

journalistRaphael Brun