Un tourisme chancelant ?

Sabrina Bonarrigo
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Dans un contexte sécuritaire et économique défavorable, la fréquentation touristique a baissé de 4 % en 2016 à Monaco. Pas de quoi inquiéter la direction du tourisme, qui mise sur de nouveaux marchés, et qui estime que la Principauté reste une destination très attractive pour une clientèle haut de gamme.

Suite à la vague d’attentats qui a frappé la France ces deux dernières années, les touristes étrangers ont particulièrement boudé le pays… Nice et Paris en tête. Si à Monaco, la situation n’est pas aussi alarmiste que dans de proches destinations, la direction du tourisme et des congrès (DTC) a tout de même enregistré une baisse de l’occupation hôtelière de 4 % en 2016. Un repli expliqué par un contexte sécuritaire et économique international, clairement défavorable : « Il y a en effet un peu moins de touristes cette année à Monaco, reconnaît Guy Antognelli, adjoint au directeur à la DTC. C’est le résultat de la crise économique en Russie, des problèmes sécuritaires qui affectent énormément les visiteurs asiatiques et d’Amérique du Nord. Sans oublier les Anglais qui perdent au change avec le Brexit… Nous avons donc chuté de 4 points par rapport à l’année dernière en termes d’occupation hôtelière ». Parmi les pays qui ont un peu tourné le dos à la Principauté, il y a les Etats-Unis (–6,5 %), l’Australie (–11 %), la Russie (–10 %), — qui reste malgré tout, selon la DTC, « la première clientèle de la Principauté au mois d’août dans les hôtels » — et enfin le Royaume-Uni, en baisse de 3 %. « Ce n’est vraiment pas alarmant. C’est une légère baisse conjoncturelle. Qui peut nous dire ce qui arrivera à l’avenir ? Nous verrons l’année prochaine en fonction de comment se négocie le Brexit, et quelle sera l’évolution du pound », poursuit Guy Antognelli. Pour la DTC, le tourisme monégasque n’est donc pas si « chancelant » que cela, et ne traverse « ni une mauvaise saison », ni « une mauvaise année ». Au contraire, « nos clients de qualité sont toujours là. Nous sommes toujours très attractifs sur de nombreux marchés », résume le numéro 2 de la DTC. Parmi les marchés européens proches « toujours fidèles » à la Principauté et même « en forte croissance », il y a la France, l’Italie, la Suisse, et l’Allemagne. Trois nouveaux pays sont également de plus en plus séduits par la Principauté : le Brésil, la Norvège et la Pologne.

Prospection

Pour attirer toujours plus de touristes à Monaco, la DTC mise bien sûr sur des opérations de prospection. En 2017, quatre nouvelles destinations sont dans son viseur : l’Australie, l’Espagne, l’Afrique du Sud « pays dans lequel nous ne sommes plus allés depuis 4 ans », et le Mexique. Pour faire le plein de touristes, la direction du tourisme dispose d’un réseau d’une dizaine de bureaux à travers le monde qui ont vocation à viser deux types de cibles. La première : les professionnels du tourisme. A savoir, les agences de voyage, les tours opérateurs et les « corporate », c’est-à-dire les grosses entreprises susceptibles d’organiser des évènements à Monaco. Et la deuxième cible : les journalistes intéressés par un déplacement en Principauté. Que ce soit la presse spécialisée dans le tourisme, la presse écrite, ou encore la presse audiovisuelle. « Tout notre défi est de faire exister la Principauté, soit dans les pays qui n’ont jamais entendu parler de nous. C’est un petit peu le cas en Chine, et en Asie du Sud-Est. Soit dans les pays qui nous connaissent bien, mais pas toujours sous le meilleur angle, et qui ne savent pas à quel point nous sommes dynamiques. Car nous sommes non seulement un lieu de luxe, mais aussi de tourisme d’affaires. Un parfait compromis entre des vacances de rêve et des vacances de travail », explique le directeur de la DTC Guillaume Rose, pour qui Monaco a un autre atout notoire dans ce contexte sécuritaire mondial très tendu : « Comme l’a déclaré Taleb Rifai, le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), « le tourisme est l’une des activités économiques les plus sensibles aux risques, qu’ils soient perçus ou réels. Aucune destination n’est à l’abri. » Nous avons tous en mémoire ce qui s’est passé le 14 juillet dernier à Nice. Mais Monaco a des atouts très forts en termes de sécurité de stabilité ».

Affaires

Pour booster le secteur touristique, la DTC peut aussi miser sur le tourisme d’affaires, toujours dynamique. Sur les neufs premiers mois de l’année 2016, cette activité est en effet en hausse de 2 % par rapport à la même période l’année dernière. « La part de marché du tourisme d’affaires en hiver a atteint 33 % du tourisme global. Probablement, un record depuis 10 ans », note la DTC, tout en précisant que « 27 manifestations » récurrentes, sont installées en Principauté. « La moitié accueille plus de 1 000 participants. » Preuve du dynamisme de ce secteur ? A lui seul, le Grimaldi Forum a accueilli 85 événements professionnels en 2016. Sur 365 jours, entre la culture et le tourisme d’affaires, le centre des congrès a été inoccupé seulement 10 jours dans l’année. Le chiffre d’affaires en 2016 — hors activités culturelles — a atteint d’ailleurs 17 millions d’euros, +8,5 % par rapport a l’année dernière. « C’est un record depuis l’ouverture du Grimaldi Forum », se félicite Sylvie Biancheri, la directrice des lieux. Le secteur de l’informatique et des télécommunications (IT) reste, loin devant, le secteur le plus porteur. Suivi par les événements culturels commerciaux comme l’exposition Robert Combas, ou encore le salon Art Monte- Carlo.

 

journalistSabrina Bonarrigo